Vietnam : de la colonisation à la dictature

Les luttes d’indépendance ne mènent pas toujours à la liberté, même lorsqu’elles réussissent. Le 20e siècle a produit nombre d’exemples, et la région asiatique a probablement fourni les plus pertinents. Résultat : des centaines de millions de gens vivent sous la dictature de régimes communistes qui se présentent toujours comme des «libérateurs». La victime qui devient le bourreau? Le Vietnam est un cas typique.

Le nationalisme et le communisme vietnamien sont nés sous domination française. Plus la France exploitait et réprimait l’Indochine, plus la population se radicalisait. Les meneurs du mouvement qui, dans bien des cas, ont pu étudier à l’étranger – surtout en France – ont solidifié leurs bases théoriques avec les idées occidentales de démocratie et de révolution. De retour dans leur pays natal, ils avaient les outils idéologiques pour réfléchir à la condition de leur peuple et organiser ce dernier.

L’un d’eux, le «père» de l’indépendance, Ho Chi Minh (communiste), se plaignait à l’époque : «Nous ne pouvons nous réunir librement, ni former des associations.» La France «a conquis notre pays [Vietnam] par la force pour la poursuite de ses intérêts égoïstes. Depuis lors, nous avons été non seulement honteusement opprimés et exploités, mais aussi impitoyablement torturés et empoisonnés».

Et qu’en est-il depuis la victoire des communistes sur la France en 1954? Le Vietnam est bien entendu passé par de dures années de guerre contre les États-Unis, eux qui voulaient freiner l’avancée du communisme dans un contexte de guerre froide. Si on peut blâmer cette catastrophe humanitaire pour les retards qu’a accusés le Vietnam en termes de développement, on ne voit pas l’intention des dirigeants communistes d’apporter au pays le «paradis sur terre» promis aux masses paysannes qui ont payé de leur vie pour les porter au pouvoir.

Aujourd’hui, les communistes vietnamiens n’ont pas à avoir de complexe d’infériorité par rapport au colonisateur dans le domaine de l’exploitation et de la répression. Les lourdes peines de jadis, attribuées par l’administration coloniale aux simples distributeurs de pamphlets politiques, sont les mêmes peines d’aujourd’hui. Sauf que, cette fois, c’est Vietnamien sur Vietnamien.

Associated Press rapporte qu’un Américain, d’origine vietnamienne, et deux Vietnamiens seront en procès cette semaine pour avoir eu l’intention de distribuer des pamphlets antigouvernement. Ils sont accusés de terrorisme et pourraient écoper de sept ans de prison.

La relance économique

Le Parti communiste vietnamien a sensiblement emprunté la même voie que son homologue chinois, avec quelques années de retard. Dans les deux cas, une faillite de l’économie planifiée a incité les élites dirigeantes à se tourner vers l’économie de marché et les investissements étrangers, afin d’éviter une déconfiture et d’assurer leur propre pérennité. L’effondrement de l’Union soviétique, principal allié du Vietnam, a également été un accélérateur important.

Les États-Unis ont aussi joué un rôle de premier plan dans la relance du Vietnam depuis le milieu des années 1990. En 1995, sous l’administration Clinton, les deux pays ont normalisé leurs relations et établi leurs ambassades respectives. En 2000, ils ont signé un accord commercial bilatéral et, en 2007, le Congrès a approuvé pour le Vietnam le statut de «Relations commerciales permanentes normales». Cette même année, ce pays a rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Avec la guerre froide terminée, l’heure est au triomphe du capitalisme. Pour Washington, le communisme comme «virus» n’a plus besoin d’être endigué, et l’absence de démocratie et du respect des droits de l’homme fondamentaux n’est pas un obstacle au commerce. La politique dite de l’engagement, favorisée par bon nombre de pays occidentaux, se marie parfaitement à la recherche de profit des entreprises et des financiers. Mais dans le cas du Vietnam, comme celui de la Chine, on tarde encore à voir les retombées positives de cette politique qui, en théorie, suggère qu’un rapprochement amical avec une dictature peut finir par l’assouplir.

Dans plusieurs cas, ce qui en ressort est plutôt le contraire, soit que les tendances autoritaires influencent les politiques des pays dits démocratiques. Puis l’argument en faveur du commerce avec les régimes totalitaires estime qu’une libéralisation économique entraîne nécessairement une libéralisation politique. Encore une fois, il est très pénible d’énumérer des exemples sérieux. Malgré toutes les bonnes opportunités d’affaires au Vietnam, le pays demeure une vaste prison gérée par un régime brutal.

Un document du Département d’État américain note que : «Malgré la répression continuelle de la liberté d’expression, le Vietnam a fait des progrès significatifs dans le domaine de la liberté religieuse. En 2005, le Vietnam a adopté une vaste loi sur la liberté religieuse, interdisant les renonciations forcées et permettant la reconnaissance officielle de nouvelles dénominations.» Suite à cela, les États-Unis ont retiré le Vietnam de la liste des «pays d’inquiétude particulière», jugeant qu’il «n’était plus un violateur sérieux des libertés religieuses».

Mais ce geste de Washington est survenu seulement quelques jours avant une visite du président américain, George W. Bush, au Vietnam, comme quoi le statut de «violateur» peut servir de monnaie d’échange dans le jeu diplomatique.

Liberté religieuse

En fait, il ne revient pas aux États-Unis ou à un autre pays quelconque de déterminer quelle sera la situation de la liberté religieuse au Vietnam. Des organisations de défense des droits de l’homme se spécialisent dans ce domaine et jouissent d’une aura d’impartialité plus étendue.

Human Rights Watch (HRW) dénonce la tenue des prochaines célébrations bouddhistes de la Journée du Vesak des Nations Unies au Vietnam. Le Vesak est une fête importante pour les bouddhistes qui commémorent la vie du Bouddha Sakyamuni. Il s’agit d’une fête reconnue par l’ONU depuis 1999, et elle devrait attirer 3500 délégués de 80 pays au Vietnam, du 13 au 17 mai, selon HRW.

Ironiquement, le thème de la Journée du Vesak de l’ONU cette année est la «contribution bouddhiste à construire une société civile juste et démocratique». Or, tous les efforts des bouddhistes pour accomplir justement cela au Vietnam sont sévèrement réprimés.

«C’est une farce qu’on ait permis au Vietnam d’accueillir une célébration bouddhiste internationale majeure alors que sa politique d’État est le contrôle politique de toutes les organisations religieuses – le Vietnam continue d’emprisonner et de persécuter systématiquement les bouddhistes indépendants, de même que les adeptes d’autres religions», déplore Elaine Pearson, vice-directrice Asie chez HRW.

L’organisation, en plus de presser le régime communiste vietnamien à respecter ses engagements internationaux, demande aux États-Unis de remettre le Vietnam sur sa liste noire des pays interdisant la liberté de religion.

Le communisme, avec ses théories athées, a toujours voulu s’imposer comme religion d’État, cherchant à monopoliser l’idéologie et à soumettre les consciences. La foi est perçue comme une dissidence, en plus d’un égarement superstitieux, et son potentiel rassembleur représente encore une autre peur pour ces régimes totalitaires où «nous ne pouvons nous réunir librement, ni former des associations».

Liberté de presse

La liberté de religion étant inexistante, il est normal que la liberté de presse soit, elle aussi, inexistante. Dans son Rapport annuel 2008, Reporters sans frontières (RSF) trace un bilan plutôt obscur de la situation au Vietnam.

«La police politique a poursuivi, en 2007, ce qu’elle avait entamé à la fin de 2006 : une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Un journaliste et une dizaine de cyberdissidents ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Une journaliste française, travaillant pour une radio d’opposition, a été arrêtée pour “terrorisme”», écrit RSF.

Pour mater la liberté d’expression, l’ONG note l’utilisation de procès de type «stalinien» de même que des tribunaux populaires, une forme toute communiste de dénonciation par la population visant à terroriser les dissidents.

Le Vietnam «est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet», selon RSF.

Le statu quo

Malgré ce dossier abyssal, le 8 % de croissance annuelle fait pencher la balance du côté de l’indifférence. Le ministère des Affaires étrangères du Canada se félicite du renforcement des relations avec le Vietnam. «J’encourage fortement les sociétés canadiennes à considérer ce marché qui est en constante évolution et prometteur de succès», invite l’ambassadeur du Canada au Vietnam, Gabriel-M. Lessard.

Les relations internationales ne jouissent pas de la réputation de faire prévaloir l’éthique ou la moralité. Certains chefs de gouvernement se disent sensibles aux questions de bonne gouvernance et de droits de l’homme, mais même s’ils sont sincères, d’autres facteurs peuvent les réduire à l’inaction.

Quelle politique les personnes sincères devraient-elles essayer d’adopter pour gérer leurs relations bilatérales? Une politique d’engagement amical, même si l’ami commet des crimes contre l’humanité? Ou une politique critique, qui met certaines conditions sur la table avant de s’engager à quoi que ce soit?

La Corée est actuellement un laboratoire en action. Après plusieurs années de gouvernements de centre-gauche en Corée du Sud visant à apaiser la tension sur la péninsule avec la sunshine policy, le régime communiste nord-coréen s’est tout de même doté de l’arme nucléaire et a procédé à un test en 2006. Puis, la situation à l’interne, avec le gouvernement très probablement le plus sanguinaire de la planète, ne s’est aucunement améliorée. Actuellement, les conservateurs sont au pouvoir à Séoul et veulent mettre des conditions à l’aide apportée à la Corée du Nord, soit la dénucléarisation et des avancées en matière de droits de l’homme. Nous verrons ce qu’il en résultera.

Il est certain que les régimes communistes comme le Vietnam et la Chine se réjouissent de leur admission au sein des institutions internationales comme gage de légitimité. Puis les investissements étrangers garantissent depuis une vingtaine d’années le renforcement des systèmes de contrôle tout en moussant les fortunes des dirigeants. Combien de temps encore pourront-ils s’accrocher? Malheureusement pour eux, l’histoire de leurs pays démontre qu’une dynastie corrompue est toujours appelée à chuter. Après colonisation et dictature, qu’est-ce qu’il y aura?

Mise en garde sur les vols d’organes en Chine

Lors d’un forum, qui a eu lieu à Montréal le 9 mai dernier, sur le prélèvement illégal d’organes et les violations des droits de l’homme en Chine, deux experts ont partagé leurs connaissances du sujet et ont dénoncé cette pratique qui aurait, jusqu’à maintenant, coûté des dizaines de milliers de vies.

Plus de 40 000 transplantations dont la source des organes est non documentée auraient été pratiquées ces dernières années en Chine, a révélé David Kilgour, ex-député fédéral. Selon une enquête qu’il a réalisée avec David Matas, avocat spécialiste des droits de l’homme, les pratiquants de la discipline spirituelle Falun Gong feraient largement les frais de ces vols d’organes, en raison de leur état de santé au-dessus de la moyenne et de la persécution dont ils sont victimes.

Le régime chinois veut éradiquer le Falun Gong depuis 1999. Ainsi, des centaines de milliers de pratiquants de la discipline ont été envoyés dans des prisons, des centres de détention, des centres de lavage de cerveaux et des camps de travail forcé.

Un survivant du système répressif chinois était présent à ce forum et a livré son expérience personnelle. M. Wang a été arrêté plusieurs fois et envoyé dans ces différents lieux où l’on tente de briser l’esprit humain tout en exploitant la force de travail. Il aurait lui-même été forcé de fabriquer des articles composés de produits chimiques dangereux pour la santé et d’autres produits destinés à l’exportation, comme des objets décoratifs.

M. Wang a également raconté comment lui, et les autres pratiquants de Falun Gong incarcérés, avait subi des examens médicaux approfondis. Pourquoi se souciait-on de notre santé alors que, innocents, nous étions emprisonnés, se demandait M. Wang à l’époque.

M. Wang a dit que c’est après avoir pris connaissance du rapport d’enquête Prélèvements meurtriers de Kilgour-Matas, publié en 2006, qu’il a compris que les tests médicaux servaient à établir une base de données pour d’éventuelles transplantations. C’est ce qui explique la rapidité avec laquelle on peut obtenir une transplantation d’organe en Chine. Alors que plusieurs mois, voire des années, sont nécessaires dans les autres pays, le temps d’attente en Chine peut être aussi court que deux semaines.

Un reportage de CNN a démontré ce fait. Un Américain s’est rendu en Chine pour une transplantation. L’hôpital où il faisait affaire lui a remis un téléavertisseur. Lorsqu’on trouverait un organe compatible, le téléavertisseur sonnerait. En attendant l’organe, il pouvait aller prendre du bon temps, visiter les lieux, magasiner, etc. Seulement quelques jours ont suffi. «Organe sur commande», mais le «donneur» en est probablement mort et de gros sont encaissés par les hôpitaux qui participent à cette histoire d’horreur.
Selon M. Kilgour, ces atrocités sont imputables à la «combinaison meurtrière d’un gouvernement totalitaire et du capitalisme sauvage».

Dr Gerry Koffman, responsable canadien de l’organisation Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH) – une organisation qui regroupe des médecins contre les prélèvements d’organes sans consentement – a également élaboré sur le sujet, notant que la «plupart des organes en Chine proviennent de donneurs non consentants». En effet, le don d’organe ne fait pas partie de la culture du peuple chinois. Selon Dr Koffman, les prélèvements forcés sur les pratiquants de Falun Gong équivalent à un génocide. «Je suis Juif et de nombreux membres de ma famille sont morts dans les camps de concentration nazis. Face à de telles atrocités, ma conscience m’interdit de rester silencieux», explique-t-il.

DAFOH a pour mission de sensibiliser le corps médical aux problèmes éthiques des transplantations en Chine. Parmi ses revendications, il insiste qu’on ne devrait pas permettre à des chirurgiens chinois d’étudier la transplantation à l’étranger, de peur qu’ils n’utilisent leurs techniques pour commettre ces crimes contre l’humanité. Aussi, l’organisation demande un accès, sans restriction, aux prisons et hôpitaux chinois pour enquêter.

M. Kilgour juge qu’avec les Jeux de Pékin en août, le moment est idéal pour faire pression sur le régime chinois.

Il a aussi souligné que les autorités chinoises ont été incapables de contrer un seul des 32 éléments de preuve documentant les prélèvements d’organes forcés dans son rapport d’enquête (http://organharvestinvestigation.net/)

Parodie de démocratie en Birmanie

La junte militaire au pouvoir en Birmanie se pose comme le défenseur des intérêts de la nation. Sans elle, tout s’effondrerait. Un discours que l’on retrouve chez n’importe quelle dictature. Mais comme elle n’est pas une puissance économique et politique de taille, elle est frappée de sanctions par différents gouvernements occidentaux. Puis à l’interne, des décennies de répression ont poussé la population dans l’opposition. Pour démontrer leur «grande latitude», mais surtout pour contrer les dilemmes ci-haut mentionnés, les généraux birmans ont promis d’engager le pays qu’il dirige sur le chemin de la «démocratie».

Notons tout d’abord que leur emploi du mot «démocratie» peut être adéquatement remplacé par «dictature». Le projet de Constitution, sur lequel voteront par référendum les Birmans le 10 mai prochain, ne fait que fortifier la position des militaires dans la structure étatique. Un fait que condamnent les organisations des droits de l’homme et pour la démocratie.

Le 1er mai, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport dédié à la question et intitulé Vote to Nowhere: The May 2008 Constitutional Referendum in Burma (Vote vers nulle part : le référendum constitutionnel de mai 2008 en Birmanie). Elle note que les «Conditions pour la tenue d’un référendum juste et libre sont inexistantes en Birmanie en raison d’une répression étendue, incluant l’arrestation de militants de l’opposition; la censure des médias; l’interdiction sur les rencontres et rassemblements politiques; l’absence d’une commission référendaire indépendante et de tribunaux pour superviser le vote et la présence d’un climat de peur omniprésent créé» par la junte au pouvoir, écrit HRW dans un communiqué.

«Les généraux birmans montrent leurs vraies couleurs en continuant d’arrêter quiconque s’oppose à leur faux référendum et ils refusent le droit à la population de discuter publiquement des mérites du projet de constitution», déplore Brad Adams, directeur Asie chez HRW. «L’acceptation internationale de ce processus sera un grand pas en arrière.»

Le référendum se tiendra quelques mois après la sanglante répression du mouvement démocratique dans lequel les moines bouddhistes ont joué un rôle de premier plan.

Le projet de constitution est le fruit de plusieurs années de la Convention nationale, une conférence noyautée par l’armée et les gens proches du pouvoir. Selon HRW, la critique même de la Convention était passible de vingt ans de prison. Il en ressort donc normalement que la constitution proposée laisse une place dominante aux militaires et contienne même une clause empêchant à la chef de la Ligue nationale pour la démocratie et Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, de se présenter. Cette dernière est toujours en résidence surveillée, car sa force d’attraction, autant en Birmanie qu’à l’étranger, représente une menace pour la dictature.

Au Canada
Les 25 et 26 avril, les Birmans au Canada pouvaient se rendre à leur ambassade à Ottawa pour voter au référendum. Des réfugiés birmans, qui n’ont pas le droit de vote parce qu’ils ont fui leur pays, en ont profité pour manifester leur opposition au processus «démocratique» antidémocratique.

«Nous voulons dire non au régime militaire birman. Nous ne voulons pas d’un gouvernement militaire dans notre pays. Nous voulons seulement des gens élus au Parlement», déclare Yé Yint, arrivé au Canada il y a dix ans comme réfugié, après s’être d’abord enfui en Thaïlande. Ses parents, toujours en Birmanie, se font encore harceler par les autorités qui leur demande : «Où est votre fils?»

Un autre Birman présent sur les lieux, Htun Htun Oo, est d’accord. «Nous voulons envoyer un message au peuple birman, venant des peuples démocratiques à travers le monde, que le gouvernement militaire va tenir un référendum tout en écrivant une constitution qui n’est pas basée sur la démocratie ou les droits de l’homme. Alors nous exhortons les gens en Birmanie à voter “non” dans le référendum. Le gouvernement militaire essaie toujours de légitimer la militarisation de la Birmanie.»

Du côté du gouvernement canadien, on avait voté, en 2007, l’attribution des plus grands honneurs à Aung San Suu Kyi. Elle a rejoint Nelson Mandela, le Dalaï-lama et Raoul Wallenberg en recevant la citoyenneté canadienne honoraire. C’est le lundi 5 mai que Sein Win, premier ministre du gouvernement birman en exil, a reçu le titre au nom de Mme Suu Kyi.

Campagne médiatique
En même temps que la junte militaire essaie de se donner un semblant de légitimité par référendum, une campagne internationale est en branle pour faire libérer Aung San Suu Kyi, comme cela avait réussi avec Nelson Mandela.

Plusieurs acteurs hollywoodiens se sont rassemblés autour de ce thème. Une campagne de 30 jours, qui a débuté le 1er mai, présente quotidiennement un nouveau clip avec une vedette plaidant pour libérer Suu Kyi et pour la démocratie en Birmanie. Jusqu’à ce jour, on a pu voir le comique Will Ferrell, mélangeant humour et sérieux, de même que Jennifer Aniston et Woody Harrelson. Dans le clip de ces derniers, Woody refuse de sortir de sa loge, au grand dam de la régisseuse et de Jennifer. Cette dernière demande à Woody : «Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu sortes?» Et Woody de répondre : «Je ne sortirai pas d’ici tant que la Birmanie ne sera pas libre!»

Les clips peuvent être visionnés sur le site [www.burmaitcantwait.org]. D’autres gros noms sont en lice, comme Forrest Whitaker, Steven Segal, Eva Longoria et Silvester Stallone. Le militantisme prononcé de Stallone en faveur de la Birmanie a été porté au grand écran avec Rambo IV dernièrement, alors que son personnage éradique à lui seul une division de l’armée birmane impliquée dans différents crimes contre l’humanité.

À l’ONU
Le Conseil de sécurité des Nations Unies, habituellement silencieux sur la Birmanie, s’est prononcé le 2 mai en faveur d’un processus référendaire respectant les «libertés politiques fondamentales». Mais Associated Press rapporte que la Chine s’est opposée à deux versions précédentes de la déclaration qui faisaient référence à Aung San Suu Kyi et à la liberté d’expression. C’est donc une déclaration diluée qui a été émise.

Quant à l’implication de l’ONU en Birmanie même, elle semble de plus en plus critiquée. Le magazine spécialisé sur la Birmanie et l’Asie du Sud-Est, The Irrawaddy, indique que les Birmans ont perdu confiance dans l’ONU suite à son incapacité d’aider à régler la crise et à l’impotence de son envoyé spécial, Ibrahim Gambari. Ce dernier est accusé de se soucier davantage de sa carrière et de vouloir maintenir le statu quo. Le fait qu’il n’ait même pas été en mesure de rencontrer les dirigeants lors de sa dernière visite démontre, selon le magazine, qu’il ne sert plus à rien.

Pam McLennan à Ottawa a contribué à cet article.

Falun Gong : appel à l’aide sur la Colline parlementaire

OTTAWA – La persécution de la discipline spirituelle Falun Gong dure depuis bientôt dix ans en Chine, mais la tenue des Olympiques à Pékin en août prochain serait devenue un prétexte pour accélérer son élimination. C’est le message qu’ont livré une centaine de manifestants sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 2 mai dernier. Amnesty International, un député libéral et un ex-diplomate canadien ont appuyé les allégations, tout en demandant une action du gouvernement canadien et de la communauté internationale.

Selon un communiqué diffusé par l’Association du Falun Dafa [Falun Gong] du Canada (AFDC), au moins 1878 pratiquants de Falun Gong auraient été arrêtés en Chine depuis janvier 2008. Cette vague d’arrestations massives serait alimentée par un système de récompenses mis en place par le régime : les individus livrant de l’information sur les pratiquants de la discipline recevraient une somme d’argent allant jusqu’à 650 $.

Un de ces cas d’arrestation a été rapporté par le journal britannique Times. Le pratiquant de Falun Gong et populaire musicien folk Yu Zhou a été arrêté après un concert et torturé à mort en janvier dernier. Les autorités ont dit à sa famille qu’il était mort du diabète, alors qu’il n’avait pas cette maladie, et ont insisté pour incinérer sa dépouille rapidement.

Le prétexte olympique

Les Jeux olympiques ont été octroyés à la Chine en 2001, soit à un moment où la persécution contre le Falun Gong était à son paroxysme. Tandis que Pékin promettait l’amélioration des droits de l’homme, ses dirigeants maintenaient leur objectif d’éliminer la discipline spirituelle pour nettoyer le pays des «ennemis de l’État».

La campagne de propagande massive dont sont victimes les Tibétains et le Dalaï-lama dernièrement, visant à les marginaliser et à les diaboliser, est très semblable à ce que les pratiquants de Falun Gong subissent depuis 1999. «Des millions de pratiquants ont perdu leur emploi, leur domicile, leur éducation et leurs droits fondamentaux, on les a incarcérés et torturés pour les forcer à abandonner leur croyance. Aucun avocat n’a le droit de les représenter et ceux qui sont intervenus en leur faveur croupissent dans les goulags chinois», écrit l’AFDC dans son communiqué.

Malgré cette répression, «l’esprit humain ne peut être écrasé», estime le député libéral à Ottawa Borys Wrzesnewskyj. Dans son allocution prononcée lors du rassemblement, il a fait remarquer que les protecteurs actuels de la torche olympique, les paramilitaires chinois en vêtements bleus, sont de la même unité responsable du massacre sur la place Tiananmen en 1989. Le climat est donc malsain et imprégné de totalitarisme. M. Wrzesnewskyj espère que les Jeux seront un catalyseur pour la liberté en Chine.

Ce député a récemment présenté un projet de loi privé ayant pour objectif de contrer le trafic d’organes. Un geste visant, entre autres, à assurer que les Canadiens ne puissent aller en Chine pour recevoir une transplantation d’organe, car des prisonniers y sont exécutés – y compris des pratiquants du Falun Gong – pour alimenter le marché.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, a tracé un sombre portrait de la situation des droits de l’homme en Chine depuis 2001 et, particulièrement, dernièrement. Selon lui, les «améliorations ont été minimales» et, «en général, c’est extrêmement inquiétant». Il note les violations qui ont lieu directement à cause des Olympiques, comme l’emprisonnement de militants des droits de la personne et des personnes déplacées brutalement pour la construction des installations. Il déplore également «les efforts très minimes de la communauté internationale» pour faire avancer les choses.

M. Neve met aussi en cause les responsables du Comité olympique canadien qui ont fermé toutes les portes à une discussion au sujet des droits de l’homme, se défendant que ce n’est pas leur tasse de thé. Puis les responsables du Comité international olympique se terrent dans la position que «les Olympiques ne devraient pas être mélangées à la politique.» Mais Alex Neve estime qu’il faut faire la différence entre droits de l’homme et politique et il rappelle que les principes de respect de la dignité humaine sont à la base du mouvement olympique et de sa Charte.

De Berlin 1936 à Pékin 2008

Différents analystes et politiciens ont souligné des similitudes entre les Olympiques de Berlin 1936 et ceux de Pékin 2008. Régimes totalitaires de propagande massive, persécutions internes de toutes sortes visant minorités ethniques, groupes religieux et dissidents, mouvement de militarisation effréné, etc.

Un député conservateur, Rob Anders, a fait la comparaison dernièrement et s’est fait vilipender par différents défenseurs du régime chinois et des relations commerciales que le Canada a avec lui.

Brian McAdam, un ex-diplomate canadien posté à Hong Kong ayant perdu son poste pour avoir dénoncer la corruption de la mission canadienne, juge la comparaison d’Anders «absolument exacte». Selon lui, l’attitude complaisante du Canada envers le régime chinois provient d’une «longue histoire de premiers ministres» tissant des liens avec le Parti communiste chinois (PCC) et de médias ne rapportant pas la vérité. Il souligne que Mao Zedong a tué beaucoup plus de gens que Hitler et Staline ensemble. L’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau n’avait-il pas cette admiration pour Mao, ayant fraternisé avec lui durant ses années au pouvoir?

Selon le site de Federal Accountability Initiative for Reform, la «carrière de 30 années de M. McAdam aux Affaires étrangères s’est terminée brusquement en 1993 après qu’il a exposé la corruption au consulat canadien à Hong Kong et l’infiltration du crime organisé et des espions chinois au Canada.»

Pour Xun Li, président de l’AFDC, la persécution actuelle est une «violation de l’esprit olympique». Quant aux messages du PCC disant qu’un accent mis sur les droits de l’homme «politise les Jeux», M. Li dit qu’il faut «cesser d’être trompés par une telle propagande». Il a fait remarquer qu’en 1936, la communauté internationale s’est défendue en disant qu’elle ne savait pas ce qui se préparait en Allemagne nazie, tandis qu’aujourd’hui, on sait fort bien ce qui se passe en Chine mais on refuse d’agir. «Le Canada ne doit pas porter la honte d’échouer de voir à travers le mal», a-t-il déclaré en conférence de presse.

MM. Li et Neve croient que le Canada devrait prendre les devants dans ce dossier. «Pas un jour ne devrait passer sans que nous fassions pressions sur la Chine sur la question des droits de l’homme», suggère Alex Neve. Selon lui, il s’agit d’un geste politique que de demeurer silencieux sur la question.

Investiture démocrate : la lutte fratricide appelée à se poursuivre

John McCain, sénateur républicain de l’Arizona et candidat de son parti à l’élection présidentielle américaine de novembre prochain, prend du bon temps. Il n’est pas trop perturbé, pas trop importuné : il relaxe et observe le spectacle. Un spectacle sur lequel beaucoup de démocrates aimeraient voir tomber le rideau. Un spectacle qui se poursuit depuis plusieurs mois et qui trouve toujours un second souffle lorsque l’increvable ex-première dame et sénatrice de l’État de New York, Hillary Clinton, trouve les moyens de remporter la primaire décisive. Mais plus elle s’accroche, plus ils, le sénateur de l’Illinois Barack Obama et elle-même, s’épuisent et perdent des plumes.

La victoire de Hillary Clinton en Pennsylvanie la semaine dernière a maintenu en vie l’espoir présidentiel de celle que certains ont commencé à appeler le «lapin Energizer». Puis la défaite d’Obama a soulevé certaines questions quant à sa capacité d’aller chercher le vote du travailleur moyen blanc qui l’aurait boudé autant en Pennsylvanie qu’en Ohio. Malgré cette fragmentation de l’électorat, les stratèges d’Obama n’annoncent aucun changement majeur dans le plan de match qui a porté leur candidat jusqu’ici.

Avec le prolongement de la lutte chez les démocrates, on commence à noter certains signes d’épuisement. Outre les cheveux gris d’Obama qui seraient plus nombreux qu’en début de campagne, on le sent moins pétillant et frais qu’auparavant. On a noté dernièrement un manque de tact lorsqu’il a tenu des propos jugés condescendants envers les habitants des petites villes et des campagnes. Il les a qualifiés d’«amers», se rabattant sur les «armes à feu et la religion».

Autant John McCain que Hillary Clinton ont sauté sur ce dérapage pour taxer Obama d’élitiste. Ce dernier s’est défendu en rappelant qu’il est d’origine beaucoup plus modeste qu’eux, ayant été élevé par une mère monoparentale. Mais il est vrai que le style d’Obama, ancré dans la rhétorique imagée plutôt que dans l’apport de solutions politiques et économiques concrètes, a jusqu’à maintenant résonné avec plus de force chez les universitaires que chez les travailleurs.

Au début de la lutte Clinton-Obama, on sentait un enthousiasme certain devant cette première historique, soit la possibilité que la présidence soit remportée par une femme ou un homme de couleur. Mais il semble que l’accent mis sur cette distinction ait justement transformé le débat en une question de race et de genre. On remarque effectivement qu’entre les deux candidats, il y a peu de différences notables sur le plan politique, et elles ont été révélées lors de certains débats où les deux candidats se félicitaient mutuellement plutôt que d’opposer leurs points de vue.

Mais tandis qu’on joue la carte raciale du côté des Clinton, faisant remarquer qu’Obama est incapable de recueillir un vaste appui chez l’électorat blanc, des tensions émergent normalement du côté afro-américain qui ne peut accepter de voir son importance reléguée à un second plan. Sur ce point, l’Afro-Américain le plus haut placé du Congrès américain, le démocrate James E. Clyburn, a sonné l’alarme. Selon lui, si Clinton maintient sa ligne d’attaque sur Obama, essayant de le tailler en pièces, le dommage sera «irréparable». En effet, si les super délégués choisissent Clinton alors que le public a choisi Obama, l’électorat noir sera complètement désillusionné et perdra tout intérêt dans la campagne présidentielle. Ceci propulserait très probablement McCain à la présidence.

Mauvaise stratégie
Beaucoup d’électeurs démocrates ont, tôt dans la campagne, été déçus par le style agressif de Hillary Clinton. Des basses tactiques et des attaques sournoises personnelles contre Obama ont finalement joué en sa faveur, lui qui se présente comme quelqu’un voulant se détourner de ces pratiques.

L’approche forte de Hillary Clinton a été qualifiée de «dégueulasse» par le très influent réalisateur Michael Moore qui a donné son appui à Obama. Et selon la chroniqueuse du Globe and Mail Judith Timson, certaines femmes commenceraient à trouver que Clinton en met un peu trop. Timson estime qu’Obama aurait besoin d’une injection de testostérone pour rivaliser avec la fougue de Hillary Clinton. «À quel point est-elle macho?», demande Timson. «À côté d’elle, George W. Bush a l’air d’une mauviette, John McCain a l’air d’être un cœur tendre et son adversaire principal, Barack Obama, ressemble à un chien battu.»

Pour attaquer Obama
On l’a remarqué, Obama ne paraît plus si invincible qu’en début de campagne. Outre ses discours jugés sans substance par ses détracteurs, l’homme a plusieurs squelettes dans le placard. La controverse autour de son pasteur de Chicago, Jeremiah Wright, est toujours vivante et peut revenir le hanter à tout moment. Wright prêche une sorte de théologie de la libération afro-américaine et est accusé d’avoir tenu des propos anti-Blancs. Cela représente surtout une faille de choix que les républicains pourront exploiter advenant un duel avec McCain.

Mais il y a autre chose. Selon le site Internet Politico, la raison pour laquelle Clinton n’abandonne pas la course, c’est qu’elle craint qu’Obama ne détruise le Parti démocrate. Les positions ultralibérales d’Obama sont connues de tous, mais ses liens de jeunesse avec des radicaux et des communistes sont perçus dangereusement et n’ont pas été largement rapportés dans les médias. Certains craignent peut-être qu’Obama n’ait certaines intentions cachées par rapport à l’Amérique… Le site Accuracy in Media rapporte également que le mentor d’Obama dans sa jeunesse était Frank Marshall Davis, soit un important militant communiste américain.

Que tout cela soit exact ou pertinent a peu d’importance. Advenant une lutte McCain-Obama, les républicains seront sans pitié et exploiteront le passé mystérieux de leur adversaire.

Aux yeux des conservateurs, Obama est un menteur en raison du NAFTA-Gate, un scandale impliquant le gouvernement canadien. Puis son message d’espoir est qualifié d’essentiellement sans substance. Quant à Clinton, ça fait des dizaines d’années qu’ils ont appris à la détester, elle, ainsi que son mari.

Mais pour l’instant, ils peuvent apprécier leur déchirement, apprendre à connaître leurs points faibles et préparer tout un bagage de faits pour les démonter.

Après huit ans avec George W. Bush à la présidence, on aurait cru à une victoire haut la main de n’importe quel candidat démocrate. Maintenant, ce n’est plus sûr. Puis, John McCain n’est pas un républicain «normal», du moins sur des questions comme l’immigration, la torture et l’environnement. Il n’est donc pas très chéri des ultraconservateurs. Mais sa position sur la guerre en Irak est sans équivoque : il ne veut pas d’un retrait humiliant «à la Vietnam», lui-même vétéran de cette guerre; et se désengager mettrait en péril la sécurité de la région, tout en laissant l’Iran tirer avantage du vide.

Au centre et à gauche, on apprécie Obama pour sa position toujours ferme contre la guerre, un point qu’il ramène sans cesse. Mais sa politique étrangère, qu’il n’explicite pas tellement souvent, serait de retirer les troupes américaines d’Irak pour les envoyer sur d’autres fronts comme en Afghanistan. C’est-à-dire qu’aucun candidat ne semble en mesure de se désengager de l’actuelle «guerre à la terreur». Et quel président pourra se défaire de l’influence des lobbyistes, des multinationales, des courants religieux et des pétrolières?

L’Amérique devait changer en novembre prochain. Voyons si ceux qui rêvaient d’espoir verront leur rêve s’exaucer.

En attendant, Clinton et Obama seront à nouveau sur le ring pour l’importante primaire de l’Indiana, le 6 mai prochain.

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La haine anti-France en Chine motivée par une mise en scène?

L’athlète chinoise en chaise roulante, Jin Jing, porte la torche olympique durant le relais parisien,
L’athlète chinoise en chaise roulante, Jin Jing, porte la torche olympique durant le relais parisien, le 7 avril 2008. Sur les vidéos et photos la concernant, aucun paramilitaire chinois n’est visible, eux qui normalement constituent la barrière ultime entre les manifestants et la torche. Aussi, le dispositif policier français est extrêmement poreux, permettant à plusieurs protestataires de s’approcher très près de Jin Jing. Les images de cet évènement servent actuellement à alimenter le patriotisme en Chine et dans les communautés chinoises à l’étranger. Avec succès, car un mouvement anti-France est en branle. (Thomas Coex/AFP/Getty Images)

Des manifestations patriotiques ont eu lieu dans plusieurs grandes villes de Chine dernièrement. Elles sont à peu près identiques en substance à celles que nous avons vues au Canada. Sauf que la cible privilégiée, en plus du Tibet et des médias occidentaux, est la France.

La France, en raison du comportement de certains Français lors du passage de la torche olympique dans les rues de Paris le 7 avril. Avec Londres, c’est l’endroit où les manifestations contre le régime chinois ont été les plus importantes.

Mais un évènement en particulier a créé une véritable tempête, alimentée par les internautes et les médias chinois. Il s’agit des images de l’athlète chinoise en fauteuil roulant, Jin Jing, devant résister à des vagues d’assaillants essayant de lui arracher la torche des mains alors qu’elle portait l’objet dans une partie du relais parisien.

Jin Jing est devenue le symbole de la résistance de la Chine à tous les «délinquants» qui critiquent son dossier des droits de l’Homme. Car les vrais «délinquants», selon la propagande officielle, sont les «violents séparatistes tibétains qui ont essayé d’arracher le plus pur symbole de l’olympisme des mains d’une personne en fauteuil roulant».

Un athlète non identifié porte la torche olympique à Paris,
Un athlète non identifié porte la torche olympique à Paris, protégé par la police française et des paramilitaires chinois. (Patrick Kovarik/AFP/Getty Images)

Mais une observation des différentes vidéos et photos ayant capté l’évènement laisse planer plusieurs doutes. En effet, la protection autour de Jin Jing est minimale, ce qui est louche, considérant son handicap. Aucun des «hommes en bleu», ces paramilitaires chinois ayant pour mission de protéger la torche, n’est présent pour se porter à la défense de l’athlète en détresse. Pourtant, tous les autres porteurs de la torche à Paris, selon les archives d’images, étaient entourés des «hommes en bleu». Puis lors du relais de Londres, on les a vus intervenir directement contre un manifestant ayant réussi à mettre sa main sur la torche olympique.

Ces faits, jumelés à la manière avec laquelle les autorités chinoises ont récupéré l’évènement, montrent qu’il y a anguille sous roche.

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Zimbabwe : Mugabe s’accroche, la violence déferle

Ce qui se dessine au Zimbabwe est de plus en plus clair. Les résultats de l’élection présidentielle du 29 mars dernier n’ont toujours pas été dévoilés. Au niveau des élections législatives, le mouvement d’opposition avait été donné gagnant, mais un recomptage des voix est en cours. Tous les observateurs estiment qu’une fraude est organisée pour faire balancer le décompte en faveur du vieux dictateur, Robert Mugabe. Mais ce ne sont pas ces manoeuvres qui inquiètent le plus : une campagne de terreur a été lancée contre l’opposition et toute personne susceptible de l’avoir appuyée dans les urnes.

Le chef du Movement for a Democratic Change (MDC), Morgan Tsvangirai, ayant revendiqué la victoire, a quitté le Zimbabwe dix jours après les élections. Il est actuellement accusé de trahison et un retour dans son pays pourrait lui faire revivre un épisode de torture comme en 2007. Quant au reste du leadership de son parti, il est soit exilé, terré dans la clandestinité ou ciblé et attaqué par les gens du pouvoir.

Le Zimbabwe est exsangue et la fraude électorale ne semble pas suffisante pour assurer à Mugabe un contrôle adéquat. Un plan militaire aurait été mis sur pied à l’échelle du pays pour surtout garantir la survie du parti au pouvoir, le ZANU-PF. Des militants de ce dernier, ayant fait ses armes dans la lutte anticoloniale, avec des soldats et des groupes de jeunes, formeraient actuellement des forces de frappe visant à terroriser la population. Mugabe souhaite un second tour aux élections présidentielles et les électeurs doivent être soumis violemment à voter pour lui.

Le secrétaire-général du MDC, Tendai Biti, a estimé depuis l’Afrique du Sud que le Zimbabwe est actuellement en «situation de guerre», rapporte la BBC. Selon lui, une dizaine de personnes seraient mortes; des centaines, blessées; et des milliers, déplacées. Il craint un embrasement de la violence, car il ne sait pas combien de temps une population si abusée et appauvrie pourra endurer. «Si la démocratie échoue au Zimbabwe, quelles options laissez-vous à la population du Zimbabwe?»

L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a de son côté publié des informations troublantes sur la situation actuelle. Dans un communiqué du 19 avril, elle indique que le ZANU-PF a mis sur pied des «camps de torture» pour mater l’opposition.
«La torture et la violence augmentent en flèche au Zimbabwe», affirme Georgette Gagnon, directrice Afrique pour (HRW). «Les membres du ZANU-PF mettent sur pied des camps de torture pour systématiquement cibler, battre et torturer des gens suspectés d’avoir voté pour le MDC dans l’élection du mois passé.»

L’organisation dit avoir interrogé une trentaine de personnes ayant subi le même traitement. Elle déplore également le peu d’efforts des gouvernements régionaux pour aider à régler la crise.
«Le SADC [Communauté de développement du Sud de l’Afrique] et le président Mbeki [Afrique du Sud] ont complètement abandonné les Zimbabwéens et ont permis au ZANU-PF de commettre d’horribles abus», estime Mme Gagnon. «L’Union africaine devrait assumer la responsabilité de protéger les civils de la violence croissante et mettre un terme à l’impasse politique avant que le Zimbabwe ne sombre dans un plus grand désastre.»

Mugabe veut des armes
La semaine dernière, un drôle de cargo est arrivé dans le port de Durban, en Afrique du Sud. Un cargo tellement controversé que les ouvriers du port ont refusé d’en décharger le contenu. Il s’agissait d’un navire, le An Yue Jiang, rempli de 77 tonnes d’armes chinoises destinées au Zimbabwe.

La justice sud-africaine a finalement également refusé un déchargement et, avant qu’elle ne puisse confisquer la cargaison, le bateau a levé l’ancre à la recherche d’un autre port en Afrique australe, et ce, malgré la position initiale du porte-parole du gouvernement sud-africain, Themba Maseko, qui avait prévenu ne pas être en «position d’agir de façon unilatérale ni d’interférer dans un accord commercial entre deux pays».

À bord du navire : 3 millions de balles de AK-47, 1500 roquettes et 3500 obus de mortier. La commande de ce matériel militaire serait survenue, selon le Sunday Times, seulement trois jours après les élections du 29 mars dernier, considérées comme perdues par le dictateur Mugabe.

Toujours selon le Sunday Times, cet achat d’armes aurait été motivé par une demande grandissante de l’armée et de la police après les élections. Après plusieurs tentatives échouées, en raison de fonds insuffisants, d’acheter du matériel antiémeute, des shotguns et autres outils de répression, Mugabe n’aurait eu d’autre choix que de s’en remettre à des armes chinoises de basse qualité, d’une valeur de 200 000 $. Elles auraient été achetées à la compagnie d’État chinoise Poly Technologies, accusée aux États-Unis de trafic illégal d’armes.

Quant au navire An Yue Jiang, on ne savait pas, le 20 avril dernier, où il allait tenter de décharger sa cargaison. On croyait, au début, qu’il irait au Mozambique, mais les autorités de ce pays ont plutôt dit qu’il se dirigeait vers l’Angola.

Le régime chinois est, avec l’Afrique du Sud, l’Iran et le Venezuela, un des plus importants soutiens de Robert Mugabe. Ces relations datent de l’époque où, à la fin des années 1970, l’Union soviétique avait choisi Joshua Nkomo plutôt que Robert Mugabe dans la lutte pour l’indépendance. Mugabe s’était alors tourné vers la Chine de Deng Xiaoping. Dans un article de juillet 2005, le International Herald Tribune indiquait que le nouveau palais de 25 chambres de Mugabe est couvert de tuiles bleues, rappelant la Cité interdite de Pékin, offertes par le gouvernement chinois.

Le régime chinois lorgne, de son côté, sur les mines de platine du pays, qui sont les deuxièmes plus importantes au monde, tout comme il vise, entre autres, le pétrole en Angola et le bronze en Zambie. La Chine, premier investisseur étranger au Zimbabwe, a également obtenu 1000 km2 de terres cultivables prises aux fermiers blancs.

Enfin, les deux régimes ont signé, en 2005, un accord selon lequel les forces chinoises formeront leurs homologues zimbabwéens à l’organisation des prisons. «L’organisation de leurs prisons [en Chine] est très avancée», expliquait alors le ministre de la Justice du Zimbabwe, Patrick Chinamasa, cité par le Herald. «Nous voulons bénéficier de cette expertise.»

Avec Aurélien Girard.

Une guerre médiatique anti-Chine?

De grands médias québécois ne vont pas dans ce sens

«La guerre médiatique a bel et bien commencé.» Telle est l’analyse du politologue Loïc Tassé par rapport à la question du Tibet et de la République populaire de Chine (RPC) qui a ressurgi dernièrement. Selon sa lettre du 8 avril publiée dans La Presse, la Chine serait victime d’une campagne visant à la discréditer.

«La campagne médiatique antichinoise actuelle est déjà parvenue à entacher l’image que le gouvernement chinois veut donner des Jeux de Pékin. Où s’arrêtera-t-elle?», se demande M. Tassé, professeur à l’Université de Montréal (UdeM).

Ce dernier avait fortement critiqué le premier ministre Stephen Harper lorsqu’il avait décidé de recevoir le chef spirituel tibétain, le Dalaï-lama, l’automne dernier. Des critiques similaires étaient venues des milieux d’affaires, eux qui craignent qu’une position forte du Canada sur les droits de l’Homme nuise à leurs intérêts économiques. M. Tassé, en plus de ses tâches d’enseignant à l’UdeM, agit également comme consultant auprès d’entreprises voulant s’implanter en Chine.

Il mentionne qu’à côté des tentatives de ne pas froisser la Chine pour, entre autres, des raisons commerciales et obtenir son appui sur des questions comme la dénucléarisation de la Corée du Nord, une certaine animosité couve.

«Un véritable courant d’opinion publique contre la Chine ressurgit périodiquement en Occident, avec de plus en plus de force. Au-delà de la question du Tibet et des droits de la personne, le gouvernement chinois est accusé d’espionnage, de dumping, de soutien à des régimes extrémistes, de spoliation des ressources naturelles en Amérique latine et en Afrique ainsi que de manipulation de l’information. La liste des récriminations est longue», écrit M. Tassé, qui s’est retrouve à quelques reprises sur les ondes de Radio-Canada dernièrement pour donner son point de vue sur la question tibétaine.

On s’entend pour dire que le Tibet et le sujet des droits de l’Homme reçoivent une attention particulière en raison des derniers massacres et de l’approche des Jeux olympiques. Quant à l’espionnage, un tel constat avait été fait en avril 2007 par le chef du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Jim Judd, qui affirmait que 50 % des ressources de l’agence étaient destinées à contrer les espions chinois en sol canadien. En ce qui concerne le soutien à des régimes dictatoriaux, la répression du mouvement démocratique en Birmanie par la junte militaire l’automne dernier avait mis Pékin sous les projecteurs, en raison de l’appui inconditionnel qu’elle offre aux dirigeants militaires.

Pour soutenir son argument de «guerre médiatique» contre la RPC, M. Tassé note l’épisode récent des raviolis, fabriqués en Chine, qui ont empoisonné des gens au Japon. Une crise était survenue entre les deux pays, et tout un battage médiatique avait eu lieu au sujet de la sécurité des aliments provenant de Chine.

Pris hors contexte, tel que décrit par M. Tassé, cela peut en effet paraître comme une «vulgaire affaire». Si on l’ajoute à tous les autres problèmes ayant affligé l’empire du Milieu dans ce domaine dernièrement, particulièrement le cas des jouets contenant une dose de plomb trop élevée, le dentifrice chinois contenant de l’antigel ou la nourriture pour animaux empoisonnée, l’affaire est moins «vulgaire». Au moment de mettre sous presse, M. Tassé n’avait pas répondu à notre courriel demandant des éclaircissements.

M. Tassé n’est pas le seul à favoriser une approche plus ouverte vis-à-vis le régime chinois. La chroniqueuse de La Presse, Lysiane Gagnon, dont les articles se retrouvent toujours dans la page opposée aux éditoriaux, a publié des textes récemment qui se portent à la défense de Pékin. Son dernier s’en prend à l’organisation Reporters sans frontières (RSF) qu’elle accuse de manquer d’objectivité en critiquant trop la répression des journalistes en Chine.

Elle déplore surtout les actions chocs du groupe, auxquelles le président, Robert Ménard, a activement pris part. «Pourquoi monter ce genre d’actions à l’encontre de la Chine spécifiquement, alors qu’il y a des dizaines d’autres dictatures qui emprisonnent et torturent les journalistes?» Toutes les actions de RSF mentionnées concernaient les Jeux de Pékin, qui se tiendront en août. La Chine est le pays qui emprisonne le plus de journalistes et de cyberdissidents.

«Le mandat de RSF n’est pas de prendre parti pour la cause du Tibet, c’est de promouvoir la liberté de la presse et la sécurité des journalistes indépendants d’esprit», ajoute-t-elle.

La Grande Époque
a demandé à François Bugingo, président de RSF Canada, de réagir à l’article de Mme Gagnon. «Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi mal écrit», déplore-t-il. «Elle n’a même pas pris le temps de nous contacter» au sujet de cette affaire, enchaîne M. Bugingo. Ce dernier insiste pour rappeler que le Tibet est actuellement zone interdite pour les journalistes étrangers. Il est donc normal pour son organisation de demander une levée du blocus. «Reporters sans frontières ne s’est jamais ingéré dans les affaires politiques de la Chine», affirme-t-il.

La Presse a récemment publié deux gros cahiers spéciaux sur la Chine, orientés essentiellement sur les starlettes, le shopping, la bouffe, le sexe et le sport. Un genre de portrait idyllique, supposé offrir aux lecteurs une compréhension profonde de cette «puissance émergente».

Le régime chinois et des Chinois installés à l’étranger ont beaucoup critiqué la couverture médiatique occidentale des récents événements au Tibet. Mais la cause pro-Pékin a une place de choix dans plusieurs médias québécois. Selon M. Bugingo, cette situation n’est pas unique au Québec. Il y a, d’après lui, deux écoles de pensée principales pour interpréter ou interagir avec la Chine, sans compter celle des droits de l’Homme.

L’une d’elles se ferme les yeux sur les violations, ou les défend en citant des traits culturels. Un laisser-faire qui ne veut pas critiquer parce que d’autres pays sont aussi violateurs. Selon ce point de vue, il «faudrait être un saint pour critiquer, ce qui n’a pas de sens», estime M. Bugingo.

L’autre école veut que la stratégie de critiquer le régime chinois n’est pas payante et qu’il vaut mieux laisser la Chine évoluer à sa vitesse. Cette avenue est préconisée par le magazine L’actualité, qui a aussi publié dernièrement une édition spéciale sur la Chine (c’est à la mode), promettant également aux lecteurs de «mieux comprendre les Chinois». L’éditorial de Carole Beaulieu donne le ton dès les premières pages, avec le titre Non au boycottage des Jeux.

«Plus la Chine tisse des liens commerciaux internationaux – de l’Afrique à l’Amérique latine – plus sa politique étrangère se nuance. Wen Jiabao, le premier ministre chinois, a publiquement demandé à la junte du Myanmar [Birmanie] de se démocratiser! Pékin a aussi cessé récemment de s’opposer au déploiement de forces des Nations Unies au Darfour», écrit-elle.

Que le premier ministre de la plus grande dictature du monde demande à une junte militaire amie de se démocratiser, voilà qui devrait laisser perplexe. Le chef-adjoint du Parti libéral canadien, Michael Ignatieff, avait déclaré l’automne dernier que pour régler la question de la répression en Birmanie, il fallait «directement aller à Pékin», comme quoi le régime chinois a une grande part de responsabilités dans le maintien au pouvoir de dictatures dans son arrière-cour.

«La Chine n’est pas le premier colonisateur à violer les droits de la personne. Pensons à la France à l’époque où elle colonisait l’Indochine», écrit-elle pour qu’on lâche du lest sur la RPC.

Le général à la retraite Roméo Dallaire ne partage pas l’optimisme de Carole Beaulieu sur l’implication de la Chine au Darfour. C’est «le pays [Chine] le plus rapace. Je les considère comme des vautours de l’Afrique, pires que les empires colonisateurs. Ils n’ont absolument aucun respect pour aider à développer, à soutenir, à améliorer ces pays-là. Ils ne sont là que pour prendre», a dénoncé M. Dallaire sur les ondes de la radio de Radio-Canada. «Au Darfour, ils ont besoin de [pétrole]. Ils leur vendent des armes en sachant qu’elles vont être utilisées contre les Darfouriens et ça ne leur fait rien», a-t-il renchéri. Le gros du matériel militaire du Soudan et de la Birmanie est fourni par la Chine.

Quant à Radio-Canada, on rapporte les propos tendancieux de certains animateurs radio dernièrement, dont un citant Mao Zedong et un autre s’offusquant que le Canada et le Québec sont en train de «manquer le bateau» en ce qui concerne les opportunités d’affaires en Chine.

Selon Loïc Tassé, en entrevue à la radio avec Christiane Charette la semaine dernière, l’inaptitude des Canadiens et des Québécois à saisir l’opportunité proviendrait d’une «ignorance crasse de ce qui se passe en Asie de l’Est».

C’est vrai que peu de médias parlent du meurtre et du vol d’organes de pratiquants de Falun Gong en Chine, des femmes stérilisées de force au Tibet et ailleurs, des moines torturés parce qu’ils sont trouvés en possession d’une photo du Dalaï-lama. Aucun média ne parle des centaines de milliers de gens enfermés dans les goulags, dont le nom officiel est camp de «rééducation par le travail». Quel média parle de la Corée du Nord sous un autre angle que la question nucléaire? N’y a-t-il pas une famine là-bas, la terreur, l’oppression inimaginable? Qui parle du Vietnam autrement que pour le voyage ou les opportunités d’affaires? Puis, tout le monde a oublié la Birmanie…

Sommes-nous ignorants, mal informés ou amnésiques?

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Le mystère est levé sur l’origine des « hommes en bleu »

Les gardiens de la flamme sont des paramilitaires chinois
Les gardiens de la flamme sont des paramilitaires chinois qui ont jeté la consternation par leurs actions à Londres et à Paris. (Warren Little/Getty Images)

Nous les avons vus pour la première fois en action à Londres, le 6 avril dernier. Tous habillés d’un vêtement sportif bleu et blanc et portant la casquette, ils effectuaient le cordon ultime entre les porteurs de la flamme olympique et les vagues de manifestants anti-régime chinois. Le lendemain à Paris, ils ajoutaient un autre élément à leur tenue commune : des lunettes fumées noires. Si leur attirail ne pouvait qu’attirer l’attention, c’est plutôt leur comportement puis les doutes sur leur origine qui ont commencé à soulever des questions.

Pour un habitué des tactiques de Pékin, il n’y avait aucun doute. Ces hommes n’étaient pas de simples «bénévoles», comme le laissait entendre les autorités olympiques chinoises. Il ne s’agissait pas non plus de simples étudiants chinois à l’étranger. Trop identiques, trop en forme, trop organisés. Il restait deux options : soit des agents spéciaux, soit des militaires.

Après la diffusion publique des propos de deux porteurs de la flamme à Londres concernant les mystérieux «hommes en bleu», différents groupes médiatiques ont commencé à chercher qui ils étaient en réalité. Car les critiques ne venaient pas de n’importe qui. Le plus haut responsable olympique britannique, Lord Sebastian Coe, a été choqué par leur comportement lorsqu’il a porté la flamme. Un journaliste de la chaîne Channel 4 s’est fait brancher par mégarde à une conversation téléphonique privée entre Lord Coe et un autre individu, dans cette conversation, les gardiens de la flamme ont été qualifiés de «brutes», tout en souhaitant que Paris n’aille pas à les accueillir. Un porte-parole de M. Coe a par la suite confirmé que ses propos reflétaient bel et bien son opinion.

Alors, agents spéciaux ou militaires? Compte tenu de la situation actuelle au Tibet, ça n’aurait pas pu tomber plus mal pour les organisateurs olympiques chinois. Mi-agents spéciaux, mi-militaires, les «hommes en bleu» font partie de la Police armée du peuple, soit l’unité paramilitaire déployée actuellement au Tibet pour réprimer la population.

Non seulement sont-ils de cette unité, ils en représentent la crème de la crème. Selon le quotidien britannique Telegraph, ils ont tous le rang de lieutenant, sauf leur commandant qui est major. Pour accomplir leur «mission» actuelle, ils ont été spécialement sélectionnés selon leur taille, leur «beauté» et leur aptitude à suivre la ligne idéologique du régime. On rapporte que leur entraînement a été très rigoureux, comprenant de longues courses en montagne pour, bien entendu, coller la flamme de près et faire le ménage de toute interférence.

À ce titre, ils poursuivent un rôle identique à celui de leurs camarades qu’ils ont laissés derrière, en Chine. Mais ils peuvent se conforter d’avoir été épaulés par des policiers étrangers prêts à appliquer des tactiques autoritaires. Images et vidéos ont montré la police française confisquant les drapeaux tibétains, puis même interdisant de filmer à un caméraman de la chaîne publique France 2 (le reportage de France 2 est disponible sur [www.dailymotion.com]).

Les «gardiens de la flamme sacrée», leur nom officiel, ne seront pas bienvenus pour le relais de Canberra, en Australie. Le premier ministre australien, Kevin Rudd, a déclaré que son pays pouvait assurer lui-même la sécurité. Même son de cloche du côté du Japon.

Alors que les relais de Buenos Aires et San Francisco se sont déroulés sans trop de problèmes pour la flamme, le relais de Delhi, en Inde, le 17 avril, pourrait s’avérer problématique. L’Inde abrite environ 200 000 exilés tibétains, dont le plus célèbre, le Dalaï-lama.

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Tibet : blocus des monastères, les moines risquent de mourir de faim

Un individu tué par les autorités chinoises au Tibet.
Un individu tué par les autorités chinoises au Tibet. Visage tuméfié et trous de balles sur le flanc droit du corps. (Tibet Solidarity Committee)

Tandis que l’on débat du bien-fondé du relais de la flamme olympique, des manifestants qui s’y opposent et des Jeux de Pékin en général, la situation au Tibet ne s’est guère améliorée. L’absence d’informations nous provenant de la région n’indique en rien un retour à la normale, alors que même «la normale» est condamnable du point de vue des droits de l’homme. Des représentants du gouvernement tibétain en exil indiquent que des militaires encerclent depuis des jours les monastères où il y a eu des protestations, afin de les soumettre.

Les moines ne pourraient donc pas sortir, et il n’y aurait aucun ravitaillement en nourriture ou en eau.

«Ils ciblent les monastères où les manifestations ont eu lieu», expliquent Karma Chophel, président du Parlement tibétain en exil, dans une entrevue au quotidien australien The Age. «Dans une semaine, les moines pourraient commencer à mourir de faim et de soif. C’est une nouvelle alarmante pour nous.»

Selon Yeshi Dolma, membre du gouvernement en exil, «certains seraient déjà morts de faim». Si ça se poursuit, ce pourrait être un massacre.

Selon Chophel, le régime chinois veut les forcer à se soumettre à sa domination en renonçant, entre autres, à leur chef spirituel, le Dalaï-lama. Mais les moines pourraient choisir de mourir plutôt que de renoncer à leur foi et à leur culture, fait-il remarquer.

Dans une région tibétaine de la province du Sichuan, on a rapporté dernièrement plusieurs blessés par balle durant une manifestation. Il est impossible de savoir combien sont morts. Des sources ont indiqué à Radio Free Asia que tous les hôtels de la région étaient maintenant occupés par les soldats et qu’ils y demeureraient jusqu’après les Olympiques.

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