Amnistie internationale joue au ping-pong pour les droits de l’Homme en Chine

Avant de pleinement mettre en marche, en janvier 2008, sa campagne pour les droits de l’Homme en Chine, Compte à rebours pour les Jeux olympiques, Amnistie internationale a organisé des joutes de ping-pong au carré Philips, au centre-ville de Montréal, le 29 septembre dernier. Une équipe était composée des «oppresseurs» et l’autre de «défenseurs des droits de l’Homme». Les membres de cette dernière équipe portaient des chandails avec les noms et photos de différents dissidents chinois renommés, comme Gao Zhisheng, Chen Guangcheng ou Shi Tao. Doit-on dire qu’ils gagnaient à coup sûr?

Le but de l’exercice était de dénoncer les nombreuses violations des droits de l’Homme en Chine : record d’exécutions, stérilisations forcées, persécution du Falun Gong, répression des minorités ethniques tibétaines et ouïghours, absence de liberté d’expression, etc.

La Grande Époque a interviewé les responsables de deux organisations qui oeuvrent pour plus de liberté et de respect des droits fondamentaux en Chine. Tout d’abord, François Bugingo, président et porte-parole de Reporters sans frontières Canada, et Béatrice Vaugrante, directrice générale de la section canadienne francophone d’Amnistie internationale.

Entrevue avec François Bugingo

La Grande Époque (LGÉ) : Vous avez dit, dans votre discours, que la Chine est derrière pratiquement tous les régimes répressifs. Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous disent que les États-Unis ne sont pas mieux?

M. Bugingo : Je répondrais qu’aux États-Unis, malgré tous les défauts qu’on peut trouver au régime actuel, la liberté d’expression existe, les médias s’expriment, les opposants à la guerre en Irak ou en Afghanistan s’expriment d’une manière assez libre. Les pressions d’organisations comme les nôtres, comme Amnistie internationale, peuvent s’exercer directement sur le terrain. Vous savez, qu’en Chine, on n’a même pas le droit d’avoir des organisations internationales de défense des droits civiques ou des droits de l’Homme qui coopèrent à partir de la Chine. Dans le meilleur des cas, on opère à partir de Hong Kong. Je crois que, oui, il n’y a pas de régime parfait dans le monde. Je pense que la question des droits de l’Homme est un combat de tout temps, de toute haleine, mais il faut se dire qu’il y a des proportions à considérer et, aujourd’hui, quand on regarde ce qui se passe au Darfour; quand on regarde un pays comme le Zimbabwe qui était le grenier de l’Afrique et qui, aujourd’hui, vous rappelle les images de l’Éthiopie en 1984 quand les enfants mourraient de faim; quand on regarde ce qui se passe en Birmanie, aujourd’hui, à l’abri du regard international; on a le choix entre se dire «de toutes les manières tous les régimes sont pourris, donc restons à la maison», ou alors s’indigner. Et je crois que ce qui est le plus difficile, aujourd’hui au 21e siècle, c’est de développer le sens de l’indignation. Et sans indignation, on n’a pas d’âme, on n’a pas de raison d’être sur terre.

LGÉ : Pendant un certain temps, Reporters sans frontières avait cessé ses pressions sur Pékin au sujet des Jeux olympiques pour négocier directement avec le régime afin d’obtenir la levée de restrictions ou la libération de journalistes. N’avez-vous pas été un peu dupes de croire que le régime allait tenir compte de vos demandes?

M. Bugingo : Non. Je crois qu’on y est allé de bonne foi et je pense que le but ultime est essentiel. Au-delà de toutes les crises d’ego, de toutes les volontés de gagner toutes les batailles, ce n’est pas ça le plus important. Par ailleurs, les discussions que nous avons eues avec les autorités chinoises ne concernaient pas la libération de tel ou tel autre journaliste. C’était sur une base de durabilité, parce que nous ne sommes pas intéressés de voir quinze journalistes libérés pour être ré-emprisonnés aussitôt que les Jeux olympiques seront terminés. On veut une base permanente, ça veut dire ouvrir des bureaux à Pékin, permettre la liberté totale d’Internet, permettre l’expression libre des droits religieux, que ce soit Falun Gong, que ce soit d’autres mouvements comme le mouvement tibétain. On voulait quelque chose de beaucoup plus pérenne. Moi et Reporters sans frontières sommes entièrement convaincus que si la Chine avait fait le choix de venir à la table des négociations, alors que la Chine n’avait jamais daigné nous adresser la moindre réponse à toutes les demandes qu’on lui avait faites – aucune réponse pendant 25 ans – et là, c’étaient eux qui avaient fait le premier pas vers nous. Ça traduisait une certaine fébrilité parce qu’il faut dire qu’aujourd’hui la Chine n’a absolument pas l’intention de rater cette grande messe que seront les Jeux olympiques de 2008. Pour cela, ils sont prêts à énormément de concessions. Mais ça, il faut que les politiciens le comprennent, il faut que le Comité [international] olympique le comprenne, il faut que les entreprises qui font des affaires avec la Chine le comprennent, et tant qu’ils n’auront pas compris, malheureusement, on n’ira pas très loin.

LGÉ : Mais là, vous êtes de retour en force. Vous demandez le boycott finalement?

M. Bugingo : Absolument pas. Au contraire. On demande qu’il y ait autant de monde que possible. On veut rappeler aux journalistes qui iront couvrir les Jeux qu’ils représentent l’esprit démocratique, l’esprit libre. La Charte olympique comporte un article qui stipule qu’il faut qu’il y ait une évolution sociale et culturelle. On espère qu’il y aura énormément de journalistes qui ne se contenteront pas de nous parler des records qui vont être battus, mais qui vont aussi sortir et qui vont apporter énormément de lumière sur la réalité chinoise. Au contraire, on veut qu’il y ait le plus de monde possible. Maintenant, nos prochaines cibles vont être le Comité olympique, les athlètes qui vont être sur place, les entreprises qui vont commanditer les Jeux olympiques. Il est important que tout le monde ait conscience qu’on n’ira pas en Chine pour célébrer, tant que les Chinois, eux, n’auront pas le droit de faire la même chose.

LGÉ : Qu’est-ce que vous pensez des restrictions sur la presse qui ont été assouplies pour la tenue des Jeux, est-ce que c’est de la poudre aux yeux ou bien est-ce qu’ il y a eu certaines améliorations?

M. Bugingo : Il n’y a aucune restriction qui a été levée pour la tenue des Jeux.

LGÉ : Mais pour les journalistes étrangers?

M. Bugingo : Un journaliste étranger en Chine s’il n’a pas d’interlocuteur chinois, qu’est-ce qu’il vaut? À moins que vous parliez chinois. Je ne connais pas beaucoup de journalistes occidentaux de grande facture qui s’intéressent aux enjeux politiques et sociaux et qui parlent chinois. Donc, forcément, on est obligé de travailler avec des traducteurs chinois, on est obligé aussi de se fier à nos collègues chinois pour avoir une nouvelle. Quand on vous envoie comme reporter spécial en Chine pour une semaine, vous ne pouvez pas arriver à comprendre toutes les réalités sociales, culturelles et politiques. Vous avez absolument besoin à ce moment-là d’un guide, d’un fixer, d’un stringer. Sans que nos collègues chinois soient libérés et qu’ils aient la capacité de nous apporter de vraies informations, on sera des aveugles en train de se balader dans un champ de mines. Et à partir de ce moment-là, qu’est-ce qu’on peut apporter vraiment comme information? Je ne crois pas qu’il y ait eu tant d’améliorations que ça.

Entrevue avec Béatrice Vaugrante

LGÉ : Croyez-vous que, d’ici août 2008, il y a un pays qui va prendre une position très ferme par rapport aux Jeux olympiques? Ou est-ce qu’il y aura seulement les ONG qui vont contester?

Mme Vaugrante : Politiquement, je ne sais pas s’il y a un pays qui pourrait commencer à faire vraiment pression. Je pense qu’il y a plusieurs cibles à avoir. C’est sûr qu’on a abandonné le CIO. C’est clair que ce n’est pas lui qui va changer le monde. Il faut faire pression sur le Canada. Le mouvement d’Amnistie va faire pression sur tous les autres gouvernements et s’ils entendent du bruit, oui, ensemble, ils pourront faire quelque chose. Il faut faire pression sur les entreprises, avec les millions de dollars qui sont en jeu, si on fait du bruit ça peut commencer à les chatouiller un petit peu qu’on dise qu’ils sont là-bas et qu’ils ne font rien.

LGÉ : Avez-vous des noms d’entreprises en particulier?

Mme Vaugrante : Pour l’instant, non, car il n’y a pas d’entreprise que nous avons commencé à cibler, mais il y a sûrement des gros noms qui vont participer là-bas.

LGÉ : Bombardier?

Mme Vaugrante : Des Bombardier ou autres, donc est-ce qu’on va les interpeller, est-ce qu’on va leur dire «qu’est ce que vous faites là-bas»? Ce sont sûrement des cibles possibles lors de la campagne de janvier que nous allons faire. Il faut cibler aussi les médias. Radio-Canada a acheté des droits importants comme chacun des pays participants là-bas. Comment vont-ils pouvoir à la fois être là-bas et ne pas se poser des petites questions sur l’environnement. Donc, il y a plusieurs cibles. Ce n’est pas un pays qui fera la différence.

LGÉ : Est-ce que vous croyez que nous sommes un peu dépourvus, au Québec, en informations par rapport à la Chine?

Mme Vaugrante : Nous sommes certainement dépourvus en informations, car nous avons souvent des idées déjà faites. Oui, on sait, à peu près, qu’il n’y a peut-être pas de liberté d’expression, etc. Évidemment, les articles portent beaucoup plus sur le développement économique que sur la violation des droits humains. Donc, c’est une excellente opportunité pour nous à saisir, pour faire du bruit, des activités innovantes, médiatiques, pour dire : «Hey, venez porter votre regard.» Les gens veulent être informés. Il n’y a personne qui veut se fermer les yeux d’une manière ouverte. Amenons-leur l’information d’une manière simple, avec des questions simples, pour qu’ensuite on aille plus loin dans les questions complexes, parce que c’est complexe. Amenons le sujet sur la table avec des activités comme ça, pour que ce soit plus simple pour les gens.

LGÉ : Est-ce que vous allez préparer des actions qui seraient un peu plus choc au fur et à mesure que la date butoir va approcher?

Mme Vaugrante : Nous ne sommes pas tellement dans les actions choc, nous sommes plutôt, pour le moment, dans des actions graduelles pour informer et sensibiliser, commencer à mettre les spots bien avant le 8 août. On verra ce qu’on va faire au mois de janvier, on verra ce qu’on va faire au mois de mars et on verra ce qu’on va faire le 7 août.

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TOGO : Quand la répression oblige à fuir

Koffi Antoine Nadjombé
Koffi Antoine Nadjombé, auteur du livre
Togo : Quand la répression oblige à fuir.
(Noé Chartier/La Grande Époque)

Puni pour sa participation à un rapport d’Amnistie internationale sur la situation des droits de l’homme dans son pays, Koffi Antoine Nadjombé doit quitter sa terre natale pour échapper à la mort. Quelques années plus tard, son aventure toute réelle se retrouve dans les pages d’un livre qui l’aide à se libérer des fantômes du passé.

Nous sommes en 1999. Le dictateur au pouvoir depuis 1967, Gnassingbé Eyadema, règne d’une main de fer sur le Togo, petit pays de l’Afrique de l’Ouest. Un rapport d’Amnistie internationale, qui documente et révèle les crimes du régime au monde entier, est publié. Les autorités sont nerveuses et veulent mettre la main sur les responsables. Koffi Antoine Nadjombé, professeur de philosophie, est au centre de la mire.

Commence alors une descente aux enfers, menée de mains d’hommes vils et corrompus. Koffi est détenu, interrogé, torturé, envoyé dans une prison surpeuplée… pour son travail de défense des droits de l’homme. Libéré par la «bonne grâce» du dictateur, le pouvoir essaie de le récupérer, de l’amadouer, tout en le surveillant de près à toute heure par des agents en civil. La situation devient insupportable, Koffi s’échappe, dans un scénario dépassant la fiction hollywoodienne. Puis vient l’exil, dans un pays qui n’a pas que la terre de froide : le Danemark. Environnement hostile et sentiments d’ostracisme qui le pousseront à «fuir» une deuxième fois pour se réfugier au Canada, à Montréal plus précisément.

Toutes ces péripéties sont racontées dans le livre qu’il vient de publier : Togo : Quand la répression oblige à fuir. Imprimé sans éditeur, il s’agit d’une œuvre qui représente une démonstration d’une force de caractère que même la torture n’a pu briser. C’est un cri du cœur pour mettre fin aux exactions, une action de libération qui ne peut attendre à jamais l’arrivée d’un preneur. Le livre se lit bien, pour certains d’un coup tellement il accroche, et est écrit dans un langage imagé qui va droit au but dans sa simplicité.

La Grande Époque a rencontré M. Nadjombé.

LGÉ : Vous avez dû fuir votre pays en raison d’un rapport d’Amnistie internationale. Maintenant, vous avez écrit un livre qui, vraisemblablement, vous empêchera d’y retourner…

M. Nadjombé : Oui, on peut le dire ainsi. Mais, moi, je ne vois pas les choses de la même manière. La plupart de ceux qui ont quitté leur pays – suite à des répressions, des peines d’emprisonnement – n’ont pas voulu écrire pour des raisons de sécurité personnelle, mais je pense qu’il faut rompre avec la loi de l’omerta, la loi du silence. Dans mon esprit, c’est qu’il faut rendre compte de ce qui se passe, il faut le dire et de façon claire et nette, afin de pouvoir aider des gens qui peuvent ou qui pourront faire des enquêtes là-dessus et qui pourraient aussi donner plus de lumière pour ceux qui sont encore là-dedans.

LGÉ : Est-ce que vous pensez que le rapport a eu un impact positif sur le régime ou cela a-t-il simplement mené à plus de répression?

M. Nadjombé : Dans un premier temps, il y a eu plus de répression, mais au fur et à mesure que le temps avance, aujourd’hui des régimes ne peuvent plus se permettre de prendre le peuple en otage, donc ce qui fait que le Togo, comme tout autre pays, s’ouvre aujourd’hui, parce qu’il y a la Charte des droits de l’homme qu’il faut respecter, il y a la Déclaration universelle des droits de l’homme qu’il faut respecter. Le Togo a ratifié ces conventions, donc il est obligé de suivre et de se soumettre aux exigences de ces conventions.

En 2005, le grand dictateur est mort, en occurrence Eyadema Gnassingbé, et il a été remplacé par son fils. Son fils n’a pas pour le moment (on ne sait pas si c’est parce qu’il n’a pas encore pris le goût du pouvoir)… ça semble donner quelque chose ni figue ni raisin, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de répression systématique des opposants qui sont là; certains des opposants sont rentrés dans le gouvernement.

Le grand hic qui a été le grand problème, c’est comment Faure [Gnassingbé] est arrivé au pouvoir. Ce n’était pas une élection, il a été placé au pouvoir par des militaires et à coup de sacrifices humains, près de 800 Togolais ont été tués pour que Faure puisse être sur son trône. On espère qu’à travers lui de bons moyens seront pris pour que les droits humains soient respectés. Jusqu’alors, on peut au moins le dire, il n’y a pas encore une répression massive comme on en a connu dans le temps de son papa.

On espère que les élections législatives qui vont venir prochainement puissent donner de bons résultats, que ce soit des élections pures et limpides. Il a l’habitude de féliciter les autres qui ont organisé des élections pures et démocratiques; cette fois, ce doit être lui qui soit félicité d’avoir organisé des élections sans tache, sans bavure. Et, après ces élections législatives, il sera obligé de se resoumettre à une autre élection présidentielle pour être sûr d’être président ou pas. Pour le moment, on ne le considère pas comme président. On l’appelle Monsieur Faure. Il n’est pas encore le président des Togolais, et le président des Togolais tout le monde le connaît.

LGÉ : C’est qui?

M. Nadjombé : C’est Bob-Akitani [Emmanuel Bob-Akitani, chef de l’opposition durant les élections de 2005 jugées non transparentes, ndlr].

LGÉ : Donc vous dites que la situation est un peu moins pire. Est-ce que ça veut dire que vous pourriez retourner au Togo?

M. Nadjombé : Dans mon cas, non, je ne pense pas. Pour moi, les conditions ne sont pas encore réunies. Il doit vraiment y avoir un changement politique clair et net, un changement politique qui pourrait apporter des améliorations, qui accepterait des organisations de défense des droits humains sur le terrain au Togo. À ces conditions-là, avec un président démocratiquement élu, un Parlement élu, on pourrait commencer le processus de retour.

LGÉ : Dans votre livre, vous vous échappez d’une manière totalement rocambolesque, extravagante, courageuse, on voit les agents du régime qui, sans répit, vous poursuivent… Est-ce qu’ici, même au Canada, vous pouvez être l’objet d’intimidations?

M. Nadjombé : Oui. Le régime a toujours des gens ici qui surveillent nos activités, nos allées et venues. Mais le Canada ne permet pas qu’il y ait une atteinte directe à notre vie, à notre personne physique, mais il y a toujours des manières de se défaire des opposants du régime. On connaît des gens ici qui sont des étudiants permanents. Ce sont des gens qui sont toujours étudiants et qui n’évoluent pas, qui n’avancent pas, et qui trouvent des moyens de vivre et, ces personnes, nous connaissons le travail qu’elles font au Canada.

LGÉ : Des espions?

M. Nadjombé : Oui. On pourrait les appeler des espions, des hommes du régime. Ils sont là, on les connaît. Il y en a à Montréal, à Québec, à Toronto… Partout où il y a des Togolais, il y a de ces personnes-là.

LGÉ : Votre livre n’est pas tendre envers le Danemark et sa politique sur l’immigration, malgré que ce pays a été le premier à vous accueillir…

M. Nadjombé : J’en profite pour remercier le Danemark de nous avoir sauvé la vie. Nous en sommes très, très, très reconnaissants. En tant que quelqu’un ayant fui l’oppression, quand on rentre dans un pays où l’on trouve ces mêmes formes d’oppressions, d’infantilisation des gens…, les étrangers, les réfugiés qu’ils accueillent deviennent des non-désirables. Nous n’étions pas les bienvenus finalement. Nous comprenions dans la population que nous n’étions pas les bienvenus. Nous étions de trop, nous étions des voleurs d’emplois, nous étions des tricheurs «parce que nous ne voulions pas travailler» mais, du travail, il n’y en avait pas. Les étrangers, surtout les réfugiés d’origine africaine, sont considérés comme des faiseurs d’enfants. Tout ça, jumelé dans une politique intentionnellement organisée, fait que je n’ai pas d’excuse pour cet état des choses au Danemark. C’est comme ça jusqu’à ce jour.

Je ne fais pas de la propagande pour qui que ce soit, mais quand les sociaux-démocrates étaient au pouvoir lorsque nous sommes arrivés, la situation était autre. Les réfugiés, les étrangers, étaient les bienvenus. Tout était fait pour nous accueillir, les centres étaient là. Mais dès les élections de 2001 qui ont fait venir la droite au pouvoir, c’était fini. C’était vraiment le retour à l’enfer : les réfugiés devaient se cacher, nous n’avions plus droit à quoi que ce soit, ce qui fait que je ne peux être tendre envers un pays qui a été qualifié pendant longtemps de champion de la défense des droits de l’homme.

Une grande partie de la population est raciste.

LGÉ : Nous voyons beaucoup de préjugés ressortir avec la commission Bouchard-Taylor… Est-ce que vous sentez que la situation pour les immigrants est meilleure au Canada?

M. Nadjombé : Oui, la situation est mieux au Canada.

LGÉ : Votre livre n’a pas encore d’éditeur. Vous avez décidé de le publier quand même. Pourquoi?

M. Nadjombé : J’ai décidé de le publier et de ne pas attendre un éditeur parce que j’ai essayé de prendre un temps maximum pour écrire – près de trois ans pour écrire ce livre – et ne pas le publier serait une sorte de blessure que je porterais. Alors, pour moi, le publier était nécessaire, c’était comme une thérapie. Il faut faire connaître sa douleur, il faut faire connaître ses souffrances, si on les étouffe, alors c’est nous qui porterons les revers. Donc, pour moi, c’est vraiment une thérapie, c’est vraiment un soulagement, une libération de publier ce livre, quoi qu’il m’ait coûté… Je suis toujours dans l’espoir de trouver un éditeur sous peu.

LGÉ : En quelques mots, qu’est-ce que vous souhaitez au Togo, à l’Afrique, au monde?

M. Nadjombé : Au Togo, je souhaite la venue d’une république démocratique meilleure, que les bandits qui sont au pouvoir actuellement – des filous qui sont en train de voler le pays avec leurs copines – qui n’ont d’autre forme de gouvernement que la «cleptocratie», que toutes ces personnes s’évincent et que l’Afrique renaisse dans ses droits et ses devoirs face à l’humanité, face au monde. Et que l’Afrique puisse jouer le rôle qui lui revient et que l’on ne connaisse pas l’Afrique que par les guerres, les famines, les atrocités inimaginables, c’est mon souhait le plus ardent. Je pense que la nouvelle génération est prête à ce que ce rêve devienne réalité. Ça peut prendre du temps, mais ça va se réaliser.

Le livre Togo : Quand la répression oblige à fuir de Koffi Antoine Nadjombé est disponible à la section canadienne francophone d’Amnistie internationale à Montréal, 6250, boul. Monk. Téléphone : 514 766-9766.

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Birmanie: la contestation prend de l’ampleur

Les yeux et les oreilles de la planète sont rivés sur la Birmanie. Un regard détourné et les mêmes massacres de 1988 pourraient se reproduire, apportant une grande tristesse à tous les défenseurs de la démocratie et des droits de l’Homme. Dans un scénario totalement hors du commun, les milliers de moines bouddhistes qui manifestent depuis plusieurs jours contre la junte militaire ont pu, le 22 septembre dernier, passer devant la résidence dans laquelle est prisonnière la leader du mouvement démocratique et Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi.

Habituellement, l’avenue où se trouve la résidence de Mme Suu Kyi, dont elle est prisonnière depuis 2003, est bloquée par des militaires. À l’occasion de la procession des moines, des policiers auraient soulevé la barrière, les laissant passer.

Selon des témoins, Aung San Suu Kyi serait alors sortie de chez elle pour voir les moines et, à la clôture qui garde sa maison et derrière un cordon de policiers antiémeute, aurait éclaté en sanglots. Les moines ont alors prié pour elle, et on pouvait y entendre des vœux de bonne santé et de prompte libération. Environ 2000 bonzes auraient participé à cette action, selon Radio Free Asia (RFA). Ils étaient accompagnés par bon nombre de civils également, dont certains se sont donnés pour tâche de faire un cordon de sécurité pour protéger les moines contre des agressions des policiers ou des milices proches du pouvoir.

«Nous sommes satisfaits et nous nous réjouissons d’avoir pu lui donner notre prière alors qu’elle est sous surveillance et qu’elle n’a pu la recevoir [plus tôt]», a commenté un moine dans une entrevue à RFA. «Elle est le symbole de notre pays ainsi que de la paix et elle est reconnue comme leader de notre peuple. C’était très satisfaisant de voir cette scène. Nous n’avons pas eu la chance de parler avec elle, car elle est sous de sévères restrictions. Nous avons travaillé très dur pour atteindre ce point.»

Les manifestations des moines n’ont fait qu’aller en augmentant ces derniers jours. Selon le site Internet The Irrawaddy, qui couvre particulièrement les événements, il y avait 20 000 personnes dans les rues de Rangoon, le 23 septembre dernier, y compris environ 5000 moines et nonnes bouddhistes, elles qui se sont jointes pour la première fois au mouvement de contestation contre la dictature militaire. Sur l’une des banderoles des moines, on pouvait y lire : «La bonté l’emportera chaque fois», selon l’AFP.

Les protestations ont commencé au mois d’août pour critiquer l’augmentation du coût de la vie et de l’essence, et étaient seulement le fait de petits groupes isolés. Malgré une répression faisant plusieurs arrestations, elles se sont maintenant répandues dans plusieurs villes du pays et rejoignent plusieurs couches de la population.

Les moines se sont peu à peu joints au mouvement, et leur présence a un impact déterminant dans un pays qui est bouddhiste à environ 89 %. Ce sont maintenant eux qui mènent le bal. La répression d’une de leurs marches par les militaires n’a fait qu’aiguiser leur détermination. L’Alliance des moines de toute la Birmanie, le groupe qui semble organiser les actions des bonzes, a émis la directive de ne plus recevoir d’aumônes des militaires ou des gens qui leur sont proches, ni de conduire des services religieux pour eux.

Le 23 septembre, AFP a rapporté qu’un petit groupe de manifestants, comprenant environ 120 moines, a tenté de retourner devant la résidence de Mme Suu Kyi mais, cette fois, ils n’ont pu s’avancer sur l’avenue. Les événements de la veille ont certainement envoyé une onde de choc partout dans le pays et leur symbolisme pourrait être un facteur crucial dans l’augmentation de la contestation.

La junte militaire est au pouvoir depuis 1962. En 1988, les moines avaient participé à un soulèvement populaire pour la démocratie, mais la répression avait été terrible, laissant des centaines, sinon des milliers de personnes mortes. En 1990, le parti de Mme Suu Kyi avait remporté les élections haut la main, mais la junte a refusé de céder le pouvoir. Aung San Suu Kyi a été en résidence surveillée de 1989 à 1995, de 2000 à 2002 et de mai 2003 à aujourd’hui.

La Grande-Bretagne a annoncé qu’elle soulèverait la question de la Birmanie lors de l’Assemblée générale des Nations Unies qui se déroule cette semaine à New York. Les États-Unis devraient faire de même, eux qui avaient déjà critiqué le régime militaire lors du sommet de l’APEC, en Australie, plus tôt en septembre. Mais pour qu’une action concrète soit prise, le Conseil de sécurité doit se prononcer. Or, toutes les résolutions favorables à la démocratie en Birmanie sont systématiquement bloquées par l’allié indéfectible de la junte, soit la Chine.

Avec AFP et RFA.

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9/11 - Six ans après, l’Amérique n’est pas plus sûre

Le triste anniversaire du 11-septembre est maintenant devenu un rituel pour évaluer les progrès réalisés depuis les attaques contre le World Trade Center (WTC). D’année en année, les Américains se posent la même question: est-ce que notre pays est plus sûr? S’ils peuvent déclarer qu’aucun autre acte terroriste d’envergure n’a été perpétré depuis, grâce à une sécurité intérieure renforcée, le portrait à l’extérieur des frontières est des plus sombres et la menace toujours aussi élevée.

Faillite annoncée
La déclaration de «guerre à la terreur» du président américain, George W. Bush, quelques heures après les attentats contre le WTC, était un présage des années de chaos à venir : une solution militaire contre un ennemi non défini. Les résultats concrets de cette stratégie après six ans parlent d’eux-mêmes.

Philip H. Gordon, analyste senior chez le think tank de Washington Brookings Institution et ex-membre du Conseil de sécurité nationale américain, trace un portrait clair et cinglant des échecs ou défaillances des politiques de l’administration Bush dans son livre récemment paru, Winning the Right War: The Path to Security for America and the World.

«Six ans après le début de la “guerre contre la terreur”, les Américains sont moins en sécurité, nos ennemis sont plus forts et le point focal géographique du champ de bataille – le Moyen-Orient – est dangereusement instable», écrit-il.

Pour illustrer son point, il mentionne la guerre en Irak, qui coûte 300 millions de dollars par jour, où les pertes de tous les côtés montent toujours en flèche et où les États-Unis doivent maîtriser une insurrection en plus d’une guerre civile; le régime fondamentaliste en Iran est toujours bien en place, cherchant à se doter d’armes nucléaires, alimentant les conflits irakien et afghan et commanditant des groupes terroristes; la bande de Gaza est sous le contrôle du Hamas, organisation islamiste radicale; le Hezbollah est populaire au Liban, ayant déclaré sa «victoire» sur Israël à l’été 2006; la Syrie est dominée par une dictature antiaméricaine, alliée de l’Iran; et Israël n’a pas amélioré les relations avec aucun de ses voisins, les possibilités de paix étant bien loin.

À travers tout cela, M. Gordon remarque la faillite de l’autorité morale des États-Unis, qui sont de moins en moins respectés partout dans le monde, même par leurs alliés, et de plus en plus viscéralement détestés dans le monde arabo-musulman.

Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, respectivement ex-président et ex-vice-président de la commission américaine sur le 11-septembre, arrivent aux mêmes conclusions dans un article publié, le 9 septembre 2007, dans le Washington Post.

Ils écrivent : «Le progrès à domicile – dans notre capacité de détecter, prévenir et répondre aux attaques terroristes – a été difficile, incomplet et lent, mais il a été réel. À l’extérieur de nos frontières, toutefois, la menace d’un échec pèse [sur nous]. Nous faisons face à une vague de radicalisation et de rage dans le monde musulman, une tendance à laquelle nos propres actions ont contribué. La menace continuelle ne vient pas d’Oussama Ben Ladena, mais des jeunes musulmans sans travail ni espoir, qui en ont contre leurs propres gouvernements et qui voient de plus en plus les États-Unis comme un ennemi de l’Islam.»

Autorité morale
La perte d’autorité morale est aussi abordée par MM. Kean et Hamilton dans leur essai. Pour eux, elle a un nom : Guantanamo. «Aucun mot n’est plus empoisonné pour la réputation des États-Unis que Guantanamo», estiment-ils. Les deux hommes affirment que la prison devrait être fermée immédiatement et qu’une politique légale et viable internationalement devrait être instaurée pour restaurer la crédibilité américaine.

Mais au-delà de Guantanamo, il y a la guerre d’Irak déclenchée sans l’accord de la communauté internationale, le scandale de la prison d’Abu Ghraïb pour lequel aucune justice réelle n’a été accomplie et d’autres dérapages moindres ou inconnus.

Pour les critiques plus sévères, c’est un demi-siècle de politique étrangère questionnable, avec le soutien de régimes totalitaires en Amérique du Sud et ailleurs.

L’Amérique est-elle devenue «faible», comme le prétend Oussama Ben Laden dans sa dernière vidéo?

L’Irak draine
Une chose est certaine, l’Irak est en train de drainer les ressources américaines. Ces derniers jours ont été particulièrement périlleux, alors que tous attendaient le bilan du général Petraeus, en charge des forces américaines en Irak, supposé être déterminant dans la planification de la prochaine marche à suivre.

On se bat à Washington et dans les pages des grands quotidiens pour déterminer si la surge (surtension, augmentation drastique) de troupes à Bagdad a réussi à réduire les pertes de la coalition et les attaques interconfessionnelles. Car il s’agissait d’un tour de force, ou d’une obstination, que d’envoyer des milliers de soldats en plus en Irak alors qu’un mouvement très fort demande une réduction planifiée ou un retrait total.

On commence à critiquer aussi cette stratégie de mettre tous les œufs dans le même panier, tandis que des foyers terroristes comme l’Afghanistan sont aux prises avec un manque d’effectifs. L’importance accordée à l’Irak est aussi en train de rendre les États-Unis aveugles ou impuissants face à d’autres facteurs pouvant leur causer problème.

Par exemple, la politique de détente avec la Chine est peut-être ce qui pourrait faire le plus grand tort aux États-Unis. Le déficit commercial entre les pays est immense (200 milliards en 2005), en faveur de la Chine, et cette dernière possède un surplus de devises américaines d’environ 700 milliards. Non seulement l’économie américaine se voit-elle fragilisée, ou même projetée dans un état de dépendance, mais les investissements américains en Chine financent le réarmement de Pékin, elle qui vend massivement du matériel militaire aux pays ennemis des États-Unis, l’Iran en tête. Ces armes se retrouvent ensuite dans les mains d’insurgés qui tuent les soldats américains ou de l’OTAN.

Le fantôme Ben Laden
À la veille du 11-septembre, Ben Laden a refait surface pour donner la frousse aux Américains. Est-il vraiment l’homme le plus recherché de la planète? Si c’est le cas, plusieurs questions se posent et certaines d’entre elles se rapportent à l’éternelle question pakistanaise. Selon certaines informations, il serait réfugié dans les zones tribales de l’ouest du Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan. Les États-Unis considèrent toujours le régime du général Musharraf comme un allié.

Il y a division sur la mesure de la sincérité de ce pays, aux prises avec une panoplie de problèmes politiques et sociaux dont la montée de l’intégrisme radical est le plus sérieux.

Certains pourfendent le Pakistan, l’accusant d’immobilisme et critiquent sévèrement l’approche américaine. C’est le cas du journaliste britannique Robert Fisk, expert du Moyen-Orient et interviewé dans la dernière édition de la revue L’Actualité. Il avance que le Pakistan représente une bien plus grande menace que l’Iran, car il a déjà la bombe atomique, pourrait être victime d’un coup d’État islamiste et ces services secrets (l’ISI) devraient se retrouver sur la liste des organisation terroristes en raison de ses liens étroits avec les talibans et son appui d’actions politiques violentes à l’étranger.

Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton sont à peu près du même avis. Ils ont écrit dans leur rapport pour la Commission du 11-septembre qu’il était «impératif d’éliminer les sanctuaires de terroristes». «La plus grande menace à la jeune démocratie afghane vient de l’autre côté de la frontière pakistanaise, d’une résurgence des talibans. Le Pakistan devrait mener le bal dans la fermeture des camps et déraciner Al-Qaïda. Mais les États-Unis doivent agir si le Pakistan ne le fait pas», ont-ils écrit dans le Washington Post.

Mais il existe des avis contraires. Anthony C. Zinni, un général des Marines à la retraite, a écrit une lettre d’opinion dans le Washington Post également, intitulée Stand by Our Man in Pakistan. Il insiste qu’on devrait être moins rudes à l’égard du général Musharraf et reconnaître ses efforts déjà accomplis pour combattre le terrorisme. Selon lui, malgré les déficiences du régime, les États-Unis devraient continuer d’entretenir des bonnes relations avec ce pays et même d’en faire plus pour l’aider dans sa difficile tâche.

Et pour en revenir à Ben Laden, est-il autant dangereux qu’avant? Il est évident que l’organisation terroriste qu’il a mise sur pied continue à prospérer, mais certains analystes affirment qu’il n’a plus le même poids. La vraie menace proviendrait davantage de l’Égyptien Ayman Al-Zawahiri, lui qui a aidé à renflouer les coffres de l’organisation et qui mène une campagne de relations publiques beaucoup plus soutenue que «l’homme le plus recherché de la planète», qui doit vivre dans la clandestinité absolue.

Changement de cap
Comment les États-Unis pourront-ils gagner la guerre «juste», comme l’appelle M. Gordon, et ainsi réellement éliminer les menaces terroristes qui pèsent sur eux? Il entrevoit, dans son livre, une série d’actions loin d’être farfelues, mais qui nécessiteraient un leadership politique hors du commun.

Selon lui, l’Amérique a plus de chance de gagner cette guerre en «conservant sa force, sa cohésion et son attrait qu’en détruisant ses ennemis par les armes».

Il n’élimine pas la nécessité de continuer à mener des opérations militaires, mais pour lui aussi la question morale est centrale. Puis vient la question du pétrole : «La guerre juste demandera une réduction dramatique de la dépendance de l’Amérique au pétrole importé, qui en retour ne va pas seulement réduire le financement de ceux qui appuient le terrorisme, mais aussi promouvoir la démocratie au Moyen-Orient en retirant les pétrodollars qui permettent aux régimes de cette région d’opprimer leur population.»

Ajoutez à cela une médiation sincère au Proche-Orient. Essentiellement, M. Gordon avance que le combat doit se faire davantage dans le champ idéologique, prenant exemple sur la défaite du bloc soviétique de l’intérieur. L’idéologie terroriste prend racine dans des contextes particuliers qui ne sont pas du tout indépendants des événements et politiques locaux et internationaux.

Conspirations
Le 11-septembre est également l’occasion de rappeler que les théories de conspirations sur l’événement vont toujours bon train. Un bon nombre de gens croient que ces attentats ont été perpétrés par l’administration Bush elle-même, dans le but de se donner des raisons pour renforcer son contrôle sur la population et mener des guerres à l’étranger.

Quoi qu’il en soit, Ben Laden semble croire que c’était bel et bien une œuvre de son camp, comme mentionné dans sa dernière vidéo : «Bien que l’Amérique détienne la plus grande puissance économique et qu’elle possède l’arsenal militaire le plus grand et le plus sophistiqué […], dix-neuf jeunes ont réussi, avec la volonté de Dieu, à dévier sa boussole.» Quoique certains disent que Bush et Ben Laden sont copains…

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