La flamme pour la liberté du Tibet visite Montréal

Une semaine après le passage du Relais mondial de la Flamme des droits de l’Homme à Montréal, une autre flamme y a fait escale le 16 mai dernier toujours dans le but de demander qu’il y ait justice en Chine avant les Jeux de Pékin. Le relais officiel de la torche olympique en a décidément inspiré plus d’un et, cette fois, c’était place à la Flamme tibétaine de la liberté.

Le parcours montréalais de cette flamme a débuté dans l’extrême ouest de l’île, à Sainte-Anne-de-Bellevue, alors que des cyclistes l’ont transporté jusqu’au parc Lafontaine. De là, Tibétains – certains en habits traditionnels – et sympathisants ont entrepris un relais à pied jusqu’au Stade olympique. Transportée le long de la rue Sherbrooke à l’heure de pointe, la flamme a reçu un accueil sonnant des automobilistes, klaxonnant et saluant au passage les porteurs.

La Flamme tibétaine de la liberté a été allumée à Olympie, en Grèce, le 10 mars dernier, jour de commémoration du 49e anniversaire du soulèvement tibétain. Elle devrait arriver à la frontière du Tibet la veille des Jeux olympiques (JO) et peut-être tentera-t-elle de traverser la frontière à partir du Népal. Selon les organisateurs, cette Flamme symbolise les «espoirs et les aspirations du peuple tibétain pour la liberté et la justice» et se veut en opposition au relais officiel de la torche olympique, jugé politisé et injurieux de par son plan de passer par le Tibet et le mont Everest.

Le relais officiel est actuellement en Chine, après avoir traversé plusieurs pays. À certains endroits, comme Londres et Paris, on lui a opposé une franche hostilité, tandis qu’ailleurs, comme en Australie et en Corée du Sud, des étudiants chinois mobilisés par les missions diplomatiques de la Chine ont violenté et lynché des manifestants pro-Tibet pour «protéger la torche».

Avec une pression internationale accrue en raison de la répression sanglante au Tibet, qui a débuté en mars dernier, les autorités chinoises ont fait un geste de bonne volonté dernièrement en acceptant de rencontrer des émissaires du chef tibétain en exil, le Dalaï-lama. Les réponses à ce développement ont été mitigées. Certains ont affiché de l’optimisme, soulignant que le gouvernement chinois avait répondu aux pressions en s’assouplissant. D’autres y ont plutôt vu un stratagème visant à amenuiser les critiques à son égard.

«C’est un premier pas, mais c’est un moyen de levier des autorités chinoises», estime Kelsang Palden, Tibétain d’origine dans la vingtaine participant au relais. «C’est une monnaie d’échange pour le bon déroulement des JO.» Il souligne que depuis longtemps le gouvernement tibétain en exil est ouvert au dialogue, mais il se bute à l’intransigeance de Pékin. «Négocier avec un bourreau, c’est très difficile», déplore-t-il.

Les récents évènements ont causé des frictions au sein du mouvement tibétain, car certaines des organisations représentatives ne trouvent plus efficace la «voie du milieu» d’inspiration bouddhiste prêchée par le Dalaï-lama. Pour les plus radicaux, le salut du Tibet passe par l’indépendance en bonne et due forme, tandis que les modérés cherchent à obtenir une autonomie réelle au sein de la Chine.

Un des participants au relais, Alexis de son prénom, démontre en quelque sorte l’ambiguïté qu’on peut retrouver chez les partisans de la cause tibétaine. Se décrivant comme pratiquant bouddhiste, il reconnaît pour maître le Dalaï-lama. Mais sondé sur sa position par rapport à l’autonomie ou l’indépendance, il tranche : «Moi, je suis Basque!»

Des drapeaux de prière tibétains avaient été accrochés au coin des rues Sherbrooke et Pie-IX pour l’arrivée de la Flamme au Stade olympique. S’y sont enchaînés discours, minute de silence, prière et hymne national tibétain. Certains participants ont même prêté serment de travailler de toutes leurs forces pour la cause du Tibet.

Un résumé des récents évènements au Tibet a été effectué, soulignant les arrestations massives, le climat de terreur et les meurtres. Selon Radio Free Asia, il y aurait encore des gestes sporadiques de protestation dans les régions tibétaines, mais la répression serait foudroyante, avec un grand nombre de soldats déguisés en gens ordinaires prêts à répondre à toute revendication.

Si beaucoup d’encre a coulé sur l’atmosphère préolympique en Chine, avec diverses campagnes de «nettoyage» visant à emprisonner les éléments jugés «indésirables», il y a eu peu de spéculations sur ce qui pourrait survenir une fois que l’attention sur le pays s’évanouira après les Jeux. Le régime chinois sera-t-il tenté de se venger contre les individus et les groupes ayant «nui» à son image?

«La vengeance a déjà commencé», assène Kelsang Palden, membre du Comité Canada-Tibet et d’Étudiants pour un Tibet libre. Selon lui, 5175 Tibétains se seraient volatilisés. Comme la région est fermée aux médias étrangers et aux organisations qui pourraient enquêter indépendamment, le régime chinois a pratiquement le feu vert pour gérer la question en catimini. Il a également entrepris une campagne massive d’«éducation patriotique», visant essentiellement à forcer les Tibétains récalcitrants – par le lavage de cerveau et, si nécessaire, la torture – à renier le Dalaï-lama au profit du Parti communiste chinois.

Népal
Avec l’arrivée au pouvoir des maoïstes au Népal, rien de bon n’augure pour les exilés tibétains qui s’y trouvent. Arrestations massives et répression sont devenues choses courantes dans le pays himalayen coincé entre deux géants. Le pays devrait se rapprocher de la Chine aux dépens de l’Inde.

Kesang Doma Dhonling, Tibétaine d’origine au Canada depuis douze ans, est revenue dernièrement du Népal où elle a passé deux mois. S’exprimant aussi bien en français qu’en anglais, la dame d’une quarantaine d’années a détaillé à La Grande Époque le climat malsain régnant dans ce pays où habite des membres de sa famille.

Elle dit avoir participé à des manifestations et à des vigiles qui ont été réprimées violemment à coups de matraque par la police népalaise. Elle-même n’a pas été blessée. Elle rapporte aussi qu’à Boudhanath, la ville où elle était, la police empêchait les moines bouddhistes d’aller à la capitale, Katmandu, pour qu’ils ne puissent pas participer aux manifestations protibétaines

Pour elle, la Flamme de la liberté est un évènement très significatif. «C’est bon, au moins ici nous avons la liberté. Nous pouvons nous exprimer pour les gens au Tibet.»

Médias
Le gouvernement chinois a accusé les médias occidentaux d’être biaisés en faveur des Tibétains. Ces accusations ont fait écho dans les communautés chinoises d’outre-mer où les médias sont largement contrôlés par Pékin.

Une analyse du contenu de certains grands médias québécois au niveau des éditoriaux et des spécialistes invités, qui a été publiée dans La Grande Époque dernièrement (Une guerre médiatique anti-Chine?), a toutefois démontré qu’un biais pro-Pékin est aussi présent.

La chroniqueuse de La Presse Lysiane Gagnon a consacré plusieurs articles au Tibet et ils ne sont pas passés inaperçus par le Comité Canada-Tibet. Si bien que son directeur exécutif, Dermod Travis, a jugé bon de répliquer.

«Durant les dernières semaines, il y a eu ceux qui, incluant Madame Gagnon, argumentent que le soulèvement actuel au Tibet et les manifestations à travers le monde ne servent qu’à humilier la Chine. Mais l’appel à la liberté démocratique, à la justice et aux droits de l’Homme est un objectif qui ne doit jamais se soucier d’heurter les sentiments de ceux qui privent leurs citoyens des droits de l’Homme fondamentaux.»

M. Travis, lors de l’activité au Stade olympique, a suggéré plusieurs avenues pour venir en aide au Tibet, notamment faire pression sur les politiciens d’ici et participer aux activités organisées par son organisation. Il a également profité de la tribune pour présenter ses condoléances aux victimes du récent tremblement de terre en Chine, qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Vietnam : de la colonisation à la dictature

Les luttes d’indépendance ne mènent pas toujours à la liberté, même lorsqu’elles réussissent. Le 20e siècle a produit nombre d’exemples, et la région asiatique a probablement fourni les plus pertinents. Résultat : des centaines de millions de gens vivent sous la dictature de régimes communistes qui se présentent toujours comme des «libérateurs». La victime qui devient le bourreau? Le Vietnam est un cas typique.

Le nationalisme et le communisme vietnamien sont nés sous domination française. Plus la France exploitait et réprimait l’Indochine, plus la population se radicalisait. Les meneurs du mouvement qui, dans bien des cas, ont pu étudier à l’étranger – surtout en France – ont solidifié leurs bases théoriques avec les idées occidentales de démocratie et de révolution. De retour dans leur pays natal, ils avaient les outils idéologiques pour réfléchir à la condition de leur peuple et organiser ce dernier.

L’un d’eux, le «père» de l’indépendance, Ho Chi Minh (communiste), se plaignait à l’époque : «Nous ne pouvons nous réunir librement, ni former des associations.» La France «a conquis notre pays [Vietnam] par la force pour la poursuite de ses intérêts égoïstes. Depuis lors, nous avons été non seulement honteusement opprimés et exploités, mais aussi impitoyablement torturés et empoisonnés».

Et qu’en est-il depuis la victoire des communistes sur la France en 1954? Le Vietnam est bien entendu passé par de dures années de guerre contre les États-Unis, eux qui voulaient freiner l’avancée du communisme dans un contexte de guerre froide. Si on peut blâmer cette catastrophe humanitaire pour les retards qu’a accusés le Vietnam en termes de développement, on ne voit pas l’intention des dirigeants communistes d’apporter au pays le «paradis sur terre» promis aux masses paysannes qui ont payé de leur vie pour les porter au pouvoir.

Aujourd’hui, les communistes vietnamiens n’ont pas à avoir de complexe d’infériorité par rapport au colonisateur dans le domaine de l’exploitation et de la répression. Les lourdes peines de jadis, attribuées par l’administration coloniale aux simples distributeurs de pamphlets politiques, sont les mêmes peines d’aujourd’hui. Sauf que, cette fois, c’est Vietnamien sur Vietnamien.

Associated Press rapporte qu’un Américain, d’origine vietnamienne, et deux Vietnamiens seront en procès cette semaine pour avoir eu l’intention de distribuer des pamphlets antigouvernement. Ils sont accusés de terrorisme et pourraient écoper de sept ans de prison.

La relance économique

Le Parti communiste vietnamien a sensiblement emprunté la même voie que son homologue chinois, avec quelques années de retard. Dans les deux cas, une faillite de l’économie planifiée a incité les élites dirigeantes à se tourner vers l’économie de marché et les investissements étrangers, afin d’éviter une déconfiture et d’assurer leur propre pérennité. L’effondrement de l’Union soviétique, principal allié du Vietnam, a également été un accélérateur important.

Les États-Unis ont aussi joué un rôle de premier plan dans la relance du Vietnam depuis le milieu des années 1990. En 1995, sous l’administration Clinton, les deux pays ont normalisé leurs relations et établi leurs ambassades respectives. En 2000, ils ont signé un accord commercial bilatéral et, en 2007, le Congrès a approuvé pour le Vietnam le statut de «Relations commerciales permanentes normales». Cette même année, ce pays a rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Avec la guerre froide terminée, l’heure est au triomphe du capitalisme. Pour Washington, le communisme comme «virus» n’a plus besoin d’être endigué, et l’absence de démocratie et du respect des droits de l’homme fondamentaux n’est pas un obstacle au commerce. La politique dite de l’engagement, favorisée par bon nombre de pays occidentaux, se marie parfaitement à la recherche de profit des entreprises et des financiers. Mais dans le cas du Vietnam, comme celui de la Chine, on tarde encore à voir les retombées positives de cette politique qui, en théorie, suggère qu’un rapprochement amical avec une dictature peut finir par l’assouplir.

Dans plusieurs cas, ce qui en ressort est plutôt le contraire, soit que les tendances autoritaires influencent les politiques des pays dits démocratiques. Puis l’argument en faveur du commerce avec les régimes totalitaires estime qu’une libéralisation économique entraîne nécessairement une libéralisation politique. Encore une fois, il est très pénible d’énumérer des exemples sérieux. Malgré toutes les bonnes opportunités d’affaires au Vietnam, le pays demeure une vaste prison gérée par un régime brutal.

Un document du Département d’État américain note que : «Malgré la répression continuelle de la liberté d’expression, le Vietnam a fait des progrès significatifs dans le domaine de la liberté religieuse. En 2005, le Vietnam a adopté une vaste loi sur la liberté religieuse, interdisant les renonciations forcées et permettant la reconnaissance officielle de nouvelles dénominations.» Suite à cela, les États-Unis ont retiré le Vietnam de la liste des «pays d’inquiétude particulière», jugeant qu’il «n’était plus un violateur sérieux des libertés religieuses».

Mais ce geste de Washington est survenu seulement quelques jours avant une visite du président américain, George W. Bush, au Vietnam, comme quoi le statut de «violateur» peut servir de monnaie d’échange dans le jeu diplomatique.

Liberté religieuse

En fait, il ne revient pas aux États-Unis ou à un autre pays quelconque de déterminer quelle sera la situation de la liberté religieuse au Vietnam. Des organisations de défense des droits de l’homme se spécialisent dans ce domaine et jouissent d’une aura d’impartialité plus étendue.

Human Rights Watch (HRW) dénonce la tenue des prochaines célébrations bouddhistes de la Journée du Vesak des Nations Unies au Vietnam. Le Vesak est une fête importante pour les bouddhistes qui commémorent la vie du Bouddha Sakyamuni. Il s’agit d’une fête reconnue par l’ONU depuis 1999, et elle devrait attirer 3500 délégués de 80 pays au Vietnam, du 13 au 17 mai, selon HRW.

Ironiquement, le thème de la Journée du Vesak de l’ONU cette année est la «contribution bouddhiste à construire une société civile juste et démocratique». Or, tous les efforts des bouddhistes pour accomplir justement cela au Vietnam sont sévèrement réprimés.

«C’est une farce qu’on ait permis au Vietnam d’accueillir une célébration bouddhiste internationale majeure alors que sa politique d’État est le contrôle politique de toutes les organisations religieuses – le Vietnam continue d’emprisonner et de persécuter systématiquement les bouddhistes indépendants, de même que les adeptes d’autres religions», déplore Elaine Pearson, vice-directrice Asie chez HRW.

L’organisation, en plus de presser le régime communiste vietnamien à respecter ses engagements internationaux, demande aux États-Unis de remettre le Vietnam sur sa liste noire des pays interdisant la liberté de religion.

Le communisme, avec ses théories athées, a toujours voulu s’imposer comme religion d’État, cherchant à monopoliser l’idéologie et à soumettre les consciences. La foi est perçue comme une dissidence, en plus d’un égarement superstitieux, et son potentiel rassembleur représente encore une autre peur pour ces régimes totalitaires où «nous ne pouvons nous réunir librement, ni former des associations».

Liberté de presse

La liberté de religion étant inexistante, il est normal que la liberté de presse soit, elle aussi, inexistante. Dans son Rapport annuel 2008, Reporters sans frontières (RSF) trace un bilan plutôt obscur de la situation au Vietnam.

«La police politique a poursuivi, en 2007, ce qu’elle avait entamé à la fin de 2006 : une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Un journaliste et une dizaine de cyberdissidents ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Une journaliste française, travaillant pour une radio d’opposition, a été arrêtée pour “terrorisme”», écrit RSF.

Pour mater la liberté d’expression, l’ONG note l’utilisation de procès de type «stalinien» de même que des tribunaux populaires, une forme toute communiste de dénonciation par la population visant à terroriser les dissidents.

Le Vietnam «est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet», selon RSF.

Le statu quo

Malgré ce dossier abyssal, le 8 % de croissance annuelle fait pencher la balance du côté de l’indifférence. Le ministère des Affaires étrangères du Canada se félicite du renforcement des relations avec le Vietnam. «J’encourage fortement les sociétés canadiennes à considérer ce marché qui est en constante évolution et prometteur de succès», invite l’ambassadeur du Canada au Vietnam, Gabriel-M. Lessard.

Les relations internationales ne jouissent pas de la réputation de faire prévaloir l’éthique ou la moralité. Certains chefs de gouvernement se disent sensibles aux questions de bonne gouvernance et de droits de l’homme, mais même s’ils sont sincères, d’autres facteurs peuvent les réduire à l’inaction.

Quelle politique les personnes sincères devraient-elles essayer d’adopter pour gérer leurs relations bilatérales? Une politique d’engagement amical, même si l’ami commet des crimes contre l’humanité? Ou une politique critique, qui met certaines conditions sur la table avant de s’engager à quoi que ce soit?

La Corée est actuellement un laboratoire en action. Après plusieurs années de gouvernements de centre-gauche en Corée du Sud visant à apaiser la tension sur la péninsule avec la sunshine policy, le régime communiste nord-coréen s’est tout de même doté de l’arme nucléaire et a procédé à un test en 2006. Puis, la situation à l’interne, avec le gouvernement très probablement le plus sanguinaire de la planète, ne s’est aucunement améliorée. Actuellement, les conservateurs sont au pouvoir à Séoul et veulent mettre des conditions à l’aide apportée à la Corée du Nord, soit la dénucléarisation et des avancées en matière de droits de l’homme. Nous verrons ce qu’il en résultera.

Il est certain que les régimes communistes comme le Vietnam et la Chine se réjouissent de leur admission au sein des institutions internationales comme gage de légitimité. Puis les investissements étrangers garantissent depuis une vingtaine d’années le renforcement des systèmes de contrôle tout en moussant les fortunes des dirigeants. Combien de temps encore pourront-ils s’accrocher? Malheureusement pour eux, l’histoire de leurs pays démontre qu’une dynastie corrompue est toujours appelée à chuter. Après colonisation et dictature, qu’est-ce qu’il y aura?

Mise en garde sur les vols d’organes en Chine

Lors d’un forum, qui a eu lieu à Montréal le 9 mai dernier, sur le prélèvement illégal d’organes et les violations des droits de l’homme en Chine, deux experts ont partagé leurs connaissances du sujet et ont dénoncé cette pratique qui aurait, jusqu’à maintenant, coûté des dizaines de milliers de vies.

Plus de 40 000 transplantations dont la source des organes est non documentée auraient été pratiquées ces dernières années en Chine, a révélé David Kilgour, ex-député fédéral. Selon une enquête qu’il a réalisée avec David Matas, avocat spécialiste des droits de l’homme, les pratiquants de la discipline spirituelle Falun Gong feraient largement les frais de ces vols d’organes, en raison de leur état de santé au-dessus de la moyenne et de la persécution dont ils sont victimes.

Le régime chinois veut éradiquer le Falun Gong depuis 1999. Ainsi, des centaines de milliers de pratiquants de la discipline ont été envoyés dans des prisons, des centres de détention, des centres de lavage de cerveaux et des camps de travail forcé.

Un survivant du système répressif chinois était présent à ce forum et a livré son expérience personnelle. M. Wang a été arrêté plusieurs fois et envoyé dans ces différents lieux où l’on tente de briser l’esprit humain tout en exploitant la force de travail. Il aurait lui-même été forcé de fabriquer des articles composés de produits chimiques dangereux pour la santé et d’autres produits destinés à l’exportation, comme des objets décoratifs.

M. Wang a également raconté comment lui, et les autres pratiquants de Falun Gong incarcérés, avait subi des examens médicaux approfondis. Pourquoi se souciait-on de notre santé alors que, innocents, nous étions emprisonnés, se demandait M. Wang à l’époque.

M. Wang a dit que c’est après avoir pris connaissance du rapport d’enquête Prélèvements meurtriers de Kilgour-Matas, publié en 2006, qu’il a compris que les tests médicaux servaient à établir une base de données pour d’éventuelles transplantations. C’est ce qui explique la rapidité avec laquelle on peut obtenir une transplantation d’organe en Chine. Alors que plusieurs mois, voire des années, sont nécessaires dans les autres pays, le temps d’attente en Chine peut être aussi court que deux semaines.

Un reportage de CNN a démontré ce fait. Un Américain s’est rendu en Chine pour une transplantation. L’hôpital où il faisait affaire lui a remis un téléavertisseur. Lorsqu’on trouverait un organe compatible, le téléavertisseur sonnerait. En attendant l’organe, il pouvait aller prendre du bon temps, visiter les lieux, magasiner, etc. Seulement quelques jours ont suffi. «Organe sur commande», mais le «donneur» en est probablement mort et de gros sont encaissés par les hôpitaux qui participent à cette histoire d’horreur.
Selon M. Kilgour, ces atrocités sont imputables à la «combinaison meurtrière d’un gouvernement totalitaire et du capitalisme sauvage».

Dr Gerry Koffman, responsable canadien de l’organisation Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH) – une organisation qui regroupe des médecins contre les prélèvements d’organes sans consentement – a également élaboré sur le sujet, notant que la «plupart des organes en Chine proviennent de donneurs non consentants». En effet, le don d’organe ne fait pas partie de la culture du peuple chinois. Selon Dr Koffman, les prélèvements forcés sur les pratiquants de Falun Gong équivalent à un génocide. «Je suis Juif et de nombreux membres de ma famille sont morts dans les camps de concentration nazis. Face à de telles atrocités, ma conscience m’interdit de rester silencieux», explique-t-il.

DAFOH a pour mission de sensibiliser le corps médical aux problèmes éthiques des transplantations en Chine. Parmi ses revendications, il insiste qu’on ne devrait pas permettre à des chirurgiens chinois d’étudier la transplantation à l’étranger, de peur qu’ils n’utilisent leurs techniques pour commettre ces crimes contre l’humanité. Aussi, l’organisation demande un accès, sans restriction, aux prisons et hôpitaux chinois pour enquêter.

M. Kilgour juge qu’avec les Jeux de Pékin en août, le moment est idéal pour faire pression sur le régime chinois.

Il a aussi souligné que les autorités chinoises ont été incapables de contrer un seul des 32 éléments de preuve documentant les prélèvements d’organes forcés dans son rapport d’enquête (http://organharvestinvestigation.net/)

Parodie de démocratie en Birmanie

La junte militaire au pouvoir en Birmanie se pose comme le défenseur des intérêts de la nation. Sans elle, tout s’effondrerait. Un discours que l’on retrouve chez n’importe quelle dictature. Mais comme elle n’est pas une puissance économique et politique de taille, elle est frappée de sanctions par différents gouvernements occidentaux. Puis à l’interne, des décennies de répression ont poussé la population dans l’opposition. Pour démontrer leur «grande latitude», mais surtout pour contrer les dilemmes ci-haut mentionnés, les généraux birmans ont promis d’engager le pays qu’il dirige sur le chemin de la «démocratie».

Notons tout d’abord que leur emploi du mot «démocratie» peut être adéquatement remplacé par «dictature». Le projet de Constitution, sur lequel voteront par référendum les Birmans le 10 mai prochain, ne fait que fortifier la position des militaires dans la structure étatique. Un fait que condamnent les organisations des droits de l’homme et pour la démocratie.

Le 1er mai, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport dédié à la question et intitulé Vote to Nowhere: The May 2008 Constitutional Referendum in Burma (Vote vers nulle part : le référendum constitutionnel de mai 2008 en Birmanie). Elle note que les «Conditions pour la tenue d’un référendum juste et libre sont inexistantes en Birmanie en raison d’une répression étendue, incluant l’arrestation de militants de l’opposition; la censure des médias; l’interdiction sur les rencontres et rassemblements politiques; l’absence d’une commission référendaire indépendante et de tribunaux pour superviser le vote et la présence d’un climat de peur omniprésent créé» par la junte au pouvoir, écrit HRW dans un communiqué.

«Les généraux birmans montrent leurs vraies couleurs en continuant d’arrêter quiconque s’oppose à leur faux référendum et ils refusent le droit à la population de discuter publiquement des mérites du projet de constitution», déplore Brad Adams, directeur Asie chez HRW. «L’acceptation internationale de ce processus sera un grand pas en arrière.»

Le référendum se tiendra quelques mois après la sanglante répression du mouvement démocratique dans lequel les moines bouddhistes ont joué un rôle de premier plan.

Le projet de constitution est le fruit de plusieurs années de la Convention nationale, une conférence noyautée par l’armée et les gens proches du pouvoir. Selon HRW, la critique même de la Convention était passible de vingt ans de prison. Il en ressort donc normalement que la constitution proposée laisse une place dominante aux militaires et contienne même une clause empêchant à la chef de la Ligue nationale pour la démocratie et Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, de se présenter. Cette dernière est toujours en résidence surveillée, car sa force d’attraction, autant en Birmanie qu’à l’étranger, représente une menace pour la dictature.

Au Canada
Les 25 et 26 avril, les Birmans au Canada pouvaient se rendre à leur ambassade à Ottawa pour voter au référendum. Des réfugiés birmans, qui n’ont pas le droit de vote parce qu’ils ont fui leur pays, en ont profité pour manifester leur opposition au processus «démocratique» antidémocratique.

«Nous voulons dire non au régime militaire birman. Nous ne voulons pas d’un gouvernement militaire dans notre pays. Nous voulons seulement des gens élus au Parlement», déclare Yé Yint, arrivé au Canada il y a dix ans comme réfugié, après s’être d’abord enfui en Thaïlande. Ses parents, toujours en Birmanie, se font encore harceler par les autorités qui leur demande : «Où est votre fils?»

Un autre Birman présent sur les lieux, Htun Htun Oo, est d’accord. «Nous voulons envoyer un message au peuple birman, venant des peuples démocratiques à travers le monde, que le gouvernement militaire va tenir un référendum tout en écrivant une constitution qui n’est pas basée sur la démocratie ou les droits de l’homme. Alors nous exhortons les gens en Birmanie à voter “non” dans le référendum. Le gouvernement militaire essaie toujours de légitimer la militarisation de la Birmanie.»

Du côté du gouvernement canadien, on avait voté, en 2007, l’attribution des plus grands honneurs à Aung San Suu Kyi. Elle a rejoint Nelson Mandela, le Dalaï-lama et Raoul Wallenberg en recevant la citoyenneté canadienne honoraire. C’est le lundi 5 mai que Sein Win, premier ministre du gouvernement birman en exil, a reçu le titre au nom de Mme Suu Kyi.

Campagne médiatique
En même temps que la junte militaire essaie de se donner un semblant de légitimité par référendum, une campagne internationale est en branle pour faire libérer Aung San Suu Kyi, comme cela avait réussi avec Nelson Mandela.

Plusieurs acteurs hollywoodiens se sont rassemblés autour de ce thème. Une campagne de 30 jours, qui a débuté le 1er mai, présente quotidiennement un nouveau clip avec une vedette plaidant pour libérer Suu Kyi et pour la démocratie en Birmanie. Jusqu’à ce jour, on a pu voir le comique Will Ferrell, mélangeant humour et sérieux, de même que Jennifer Aniston et Woody Harrelson. Dans le clip de ces derniers, Woody refuse de sortir de sa loge, au grand dam de la régisseuse et de Jennifer. Cette dernière demande à Woody : «Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu sortes?» Et Woody de répondre : «Je ne sortirai pas d’ici tant que la Birmanie ne sera pas libre!»

Les clips peuvent être visionnés sur le site [www.burmaitcantwait.org]. D’autres gros noms sont en lice, comme Forrest Whitaker, Steven Segal, Eva Longoria et Silvester Stallone. Le militantisme prononcé de Stallone en faveur de la Birmanie a été porté au grand écran avec Rambo IV dernièrement, alors que son personnage éradique à lui seul une division de l’armée birmane impliquée dans différents crimes contre l’humanité.

À l’ONU
Le Conseil de sécurité des Nations Unies, habituellement silencieux sur la Birmanie, s’est prononcé le 2 mai en faveur d’un processus référendaire respectant les «libertés politiques fondamentales». Mais Associated Press rapporte que la Chine s’est opposée à deux versions précédentes de la déclaration qui faisaient référence à Aung San Suu Kyi et à la liberté d’expression. C’est donc une déclaration diluée qui a été émise.

Quant à l’implication de l’ONU en Birmanie même, elle semble de plus en plus critiquée. Le magazine spécialisé sur la Birmanie et l’Asie du Sud-Est, The Irrawaddy, indique que les Birmans ont perdu confiance dans l’ONU suite à son incapacité d’aider à régler la crise et à l’impotence de son envoyé spécial, Ibrahim Gambari. Ce dernier est accusé de se soucier davantage de sa carrière et de vouloir maintenir le statu quo. Le fait qu’il n’ait même pas été en mesure de rencontrer les dirigeants lors de sa dernière visite démontre, selon le magazine, qu’il ne sert plus à rien.

Pam McLennan à Ottawa a contribué à cet article.

Falun Gong : appel à l’aide sur la Colline parlementaire

OTTAWA – La persécution de la discipline spirituelle Falun Gong dure depuis bientôt dix ans en Chine, mais la tenue des Olympiques à Pékin en août prochain serait devenue un prétexte pour accélérer son élimination. C’est le message qu’ont livré une centaine de manifestants sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 2 mai dernier. Amnesty International, un député libéral et un ex-diplomate canadien ont appuyé les allégations, tout en demandant une action du gouvernement canadien et de la communauté internationale.

Selon un communiqué diffusé par l’Association du Falun Dafa [Falun Gong] du Canada (AFDC), au moins 1878 pratiquants de Falun Gong auraient été arrêtés en Chine depuis janvier 2008. Cette vague d’arrestations massives serait alimentée par un système de récompenses mis en place par le régime : les individus livrant de l’information sur les pratiquants de la discipline recevraient une somme d’argent allant jusqu’à 650 $.

Un de ces cas d’arrestation a été rapporté par le journal britannique Times. Le pratiquant de Falun Gong et populaire musicien folk Yu Zhou a été arrêté après un concert et torturé à mort en janvier dernier. Les autorités ont dit à sa famille qu’il était mort du diabète, alors qu’il n’avait pas cette maladie, et ont insisté pour incinérer sa dépouille rapidement.

Le prétexte olympique

Les Jeux olympiques ont été octroyés à la Chine en 2001, soit à un moment où la persécution contre le Falun Gong était à son paroxysme. Tandis que Pékin promettait l’amélioration des droits de l’homme, ses dirigeants maintenaient leur objectif d’éliminer la discipline spirituelle pour nettoyer le pays des «ennemis de l’État».

La campagne de propagande massive dont sont victimes les Tibétains et le Dalaï-lama dernièrement, visant à les marginaliser et à les diaboliser, est très semblable à ce que les pratiquants de Falun Gong subissent depuis 1999. «Des millions de pratiquants ont perdu leur emploi, leur domicile, leur éducation et leurs droits fondamentaux, on les a incarcérés et torturés pour les forcer à abandonner leur croyance. Aucun avocat n’a le droit de les représenter et ceux qui sont intervenus en leur faveur croupissent dans les goulags chinois», écrit l’AFDC dans son communiqué.

Malgré cette répression, «l’esprit humain ne peut être écrasé», estime le député libéral à Ottawa Borys Wrzesnewskyj. Dans son allocution prononcée lors du rassemblement, il a fait remarquer que les protecteurs actuels de la torche olympique, les paramilitaires chinois en vêtements bleus, sont de la même unité responsable du massacre sur la place Tiananmen en 1989. Le climat est donc malsain et imprégné de totalitarisme. M. Wrzesnewskyj espère que les Jeux seront un catalyseur pour la liberté en Chine.

Ce député a récemment présenté un projet de loi privé ayant pour objectif de contrer le trafic d’organes. Un geste visant, entre autres, à assurer que les Canadiens ne puissent aller en Chine pour recevoir une transplantation d’organe, car des prisonniers y sont exécutés – y compris des pratiquants du Falun Gong – pour alimenter le marché.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, a tracé un sombre portrait de la situation des droits de l’homme en Chine depuis 2001 et, particulièrement, dernièrement. Selon lui, les «améliorations ont été minimales» et, «en général, c’est extrêmement inquiétant». Il note les violations qui ont lieu directement à cause des Olympiques, comme l’emprisonnement de militants des droits de la personne et des personnes déplacées brutalement pour la construction des installations. Il déplore également «les efforts très minimes de la communauté internationale» pour faire avancer les choses.

M. Neve met aussi en cause les responsables du Comité olympique canadien qui ont fermé toutes les portes à une discussion au sujet des droits de l’homme, se défendant que ce n’est pas leur tasse de thé. Puis les responsables du Comité international olympique se terrent dans la position que «les Olympiques ne devraient pas être mélangées à la politique.» Mais Alex Neve estime qu’il faut faire la différence entre droits de l’homme et politique et il rappelle que les principes de respect de la dignité humaine sont à la base du mouvement olympique et de sa Charte.

De Berlin 1936 à Pékin 2008

Différents analystes et politiciens ont souligné des similitudes entre les Olympiques de Berlin 1936 et ceux de Pékin 2008. Régimes totalitaires de propagande massive, persécutions internes de toutes sortes visant minorités ethniques, groupes religieux et dissidents, mouvement de militarisation effréné, etc.

Un député conservateur, Rob Anders, a fait la comparaison dernièrement et s’est fait vilipender par différents défenseurs du régime chinois et des relations commerciales que le Canada a avec lui.

Brian McAdam, un ex-diplomate canadien posté à Hong Kong ayant perdu son poste pour avoir dénoncer la corruption de la mission canadienne, juge la comparaison d’Anders «absolument exacte». Selon lui, l’attitude complaisante du Canada envers le régime chinois provient d’une «longue histoire de premiers ministres» tissant des liens avec le Parti communiste chinois (PCC) et de médias ne rapportant pas la vérité. Il souligne que Mao Zedong a tué beaucoup plus de gens que Hitler et Staline ensemble. L’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau n’avait-il pas cette admiration pour Mao, ayant fraternisé avec lui durant ses années au pouvoir?

Selon le site de Federal Accountability Initiative for Reform, la «carrière de 30 années de M. McAdam aux Affaires étrangères s’est terminée brusquement en 1993 après qu’il a exposé la corruption au consulat canadien à Hong Kong et l’infiltration du crime organisé et des espions chinois au Canada.»

Pour Xun Li, président de l’AFDC, la persécution actuelle est une «violation de l’esprit olympique». Quant aux messages du PCC disant qu’un accent mis sur les droits de l’homme «politise les Jeux», M. Li dit qu’il faut «cesser d’être trompés par une telle propagande». Il a fait remarquer qu’en 1936, la communauté internationale s’est défendue en disant qu’elle ne savait pas ce qui se préparait en Allemagne nazie, tandis qu’aujourd’hui, on sait fort bien ce qui se passe en Chine mais on refuse d’agir. «Le Canada ne doit pas porter la honte d’échouer de voir à travers le mal», a-t-il déclaré en conférence de presse.

MM. Li et Neve croient que le Canada devrait prendre les devants dans ce dossier. «Pas un jour ne devrait passer sans que nous fassions pressions sur la Chine sur la question des droits de l’homme», suggère Alex Neve. Selon lui, il s’agit d’un geste politique que de demeurer silencieux sur la question.