Un mois avant les Jeux olympiques

Les Jeux olympiques de Pékin débuteront dans un mois, le 8 août. Même si la menace d’un boycott n’a jamais été très sérieuse, la Chine peut se réjouir qu’aucun pays ne lui a fait le pied de nez ultime. Quant à la cérémonie d’ouverture, à laquelle certains chefs d’État n’assisteront pas – supposément pour des raisons personnelles et non pour afficher un désaccord avec la dictature chinoise – de gros noms y seront tout de même. Le président américain, George W. Bush, qui a subi un bon lot de pression venant de ses propres rangs, n’a toutefois jamais mis en doute son assistance à la messe sportive. Quant au président français, Nicolas Sarkozy, des médias français ont affirmé qu’il allait se rendre à Pékin, après avoir laissé durer le suspense depuis le début de la répression au Tibet ce printemps.

Cette information n’a pas été confirmée par l’État français. Sarkozy avait conditionné sa présence à la cérémonie d’ouverture selon le développement des pourparlers entre Pékin et les émissaires du chef spirituel tibétain, le Dalaï-lama. Mais pour beaucoup d’observateurs, ces pourparlers n’ont jamais signifié rien de plus qu’une tentative du gouvernement chinois d’atténuer les pressions et les critiques à son égard.

«Nous avons été contraints de faire savoir en toute franchise à nos homologues qu’en l’absence d’engagement sérieux et sincère de leur part, la poursuite du processus de dialogue actuel serait vaine», a déclaré à Reuters Lodi Gyari, un des émissaires du Dalaï-lama.

«Les Tibétains, les amis du Tibet, ont de plus en plus la conviction […] que toute la stratégie du gouvernement chinois, consistant à dialoguer avec nous, a pour objectif de gagner du temps», explique Gyari.

Cette ronde de négociations était la deuxième depuis la répression au Tibet au printemps dernier et, comme à la première occasion, les autorités chinoises ne se sont pas gênées pour lancer au même moment de virulentes attaques contre le Dalaï-lama.

«L’incident du 14 mars avait été planifié depuis longtemps par la clique du Dalaï-lama avec le soutien et à l’initiative de forces occidentales hostiles», a déclaré Zhang Qingli, chef du Parti communiste au Tibet, selon le Tibet Daily.

«Ils avaient l’intention de transformer l’incident en bain de sang, de perturber les Jeux olympiques de Pékin et de détruire la stabilité et l’harmonie politique du Tibet», a-t-il ajouté.

Cette redondance dans le mode de fonctionnement laisse présager une doctrine politique visant à maintenir une pression et un climat d’oppression sur les interlocuteurs, tout en montrant à la population la fermeté du gouvernement. De son côté, Sarkozy a probablement adopté une stratégie visant à redorer son prestige dans la «Patrie des droits de l’homme», en sachant fort bien que refuser d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux provoquerait une réaction violente de Pékin et de la partie de la population sous son joug idéologique.

Cette partie de la population est déjà franchement hostile à la France, depuis le passage de la torche olympique dans les rues de Paris. Cette hostilité s’était transformée à un point en campagne de boycott contre les produits français et les magasins français à grande surface, Carrefour. Alors, même si Sarkozy se rend en Chine, tout laisse croire qu’il ne sera pas le bienvenu.

«Le peuple chinois ne veut pas que le président français, Nicolas Sarkozy, assiste à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin», affirme l’organe communiste China Daily, se référant à un sondage.

D’un côté ou l’autre de la clôture, personne ne semble satisfait de la décision (non officielle au moment de mettre sous presse) du président français.

Chez Reporters sans frontières (RSF), l’organisation pour la liberté de presse qui a fait quelques coups d’éclat durant les évènements préolympiques, on s’est indigné que Sarkozy veuille aller à Pékin.

«C’est un coup de poignard dans le dos des dissidents chinois […] une vraie lâcheté, à l’opposé de ce qu’on attend de la France», a dénoncé Robert Ménard, le secrétaire-général de RSF. «Ce qu’on a constaté […] c’est qu’il y a encore plus d’arrestations», a-t-il ajouté. «S’il y a eu des négociations avec Nicolas Sarkozy, c’est du côté des chefs d’entreprise qu’il faut les chercher. Ce sont eux qui font pression parce qu’ils pensent que pour faire des affaires il faut cirer les pompes des dirigeants chinois. Cela ne paiera pas.»

Les violations se poursuivent

Tout ceux qui espéraient ou qui utilisaient comme argument que les Jeux olympiques (JO) apporteraient la démocratie ou un plus grand respect des droits de l’homme en Chine ne sont plus qu’à un mois d’être déçus ou contredits. Le pays reste fermement sous le contrôle d’une dictature communiste et le fait de ne pas «politiser les Jeux» n’enlève rien à cela.

Les violations commises au nom des Jeux demeurent titanesques, que ce soit chez les Tibétains ou chez les pratiquants de Falun Gong, emprisonnés et torturés pour leurs croyances.

La garantie de Jeux «sécuritaires» commence à se manifester au grand jour, avec l’apparition d’hommes armés de mitrailleuses dans les aéroports et le déploiement de batteries de missiles antiaériens à proximité des installations olympiques. Selon le journal Global Times, ces missiles auraient une portée de 12 kilomètres et un taux d’interception de 80 à 90 %.

Tous les athlètes, journalistes et touristes doivent s’attendre à être surveillés de près par l’appareil policier chinois, qui fera tout son possible pour que rien ne vienne perturber l’évènement.

À cet effet, différentes organisations ont préparé des petits guides pour orienter les gens qui iront travailler ou participer aux compétitions à Pékin.

Human Rights Watch (HRW), en compagnie du Committee to Protect Journalists, ont publié un «guide de survie» pour les journalistes, soulignant que même les journalistes d’expérience devront composer avec un environnement particulier. «Les journalistes vont rencontrer une étroite surveillance gouvernementale, la censure d’Internet et de sérieux risques pour leurs sources et facilitateurs chinois.»

HRW souligne la faillite des promesses de Pékin en matière de liberté de presse.

Amnistie internationale (AI) a quant à elle produit un petit livret intitulé le Guide du sportif lucide, qui se veut un guide de voyage de poche agrémenté d’informations concernant les violations des droits de l’homme en Chine. Amnistie semble avoir adopté cette optique pour rejoindre les athlètes, car le Comité olympique canadien n’est apparemment pas très intéressé à entendre parler du respect des droits fondamentaux en Chine.

«Il y a peu d’intérêt de la communauté sportive», déplore Béatrice Vaugrante, directrice de la section canadienne francophone d’Amnistie internationale. Selon elle, aucun athlète canadien n’a signalé un intérêt pour la cause, contrairement à certains athlètes européens.

AI n’a pourtant jamais poussé pour un boycott des Jeux, ajoute Mme Vaugrante. À un mois des Jeux, les revendications d’Amnistie sont la libération des défenseurs des droits de l’homme, l’imposition d’un moratoire sur la peine de mort, la liberté d’expression et la fin des détentions arbitraires survenant en raison des JO.

La section montréalaise d’Amnistie a organisé sa «dernière action avant le 8 août» dimanche dernier au parc Maisonneuve. En plus de faire signer des pétitions aux passants et sportifs dans le parc, des coureurs à pied et à vélo ont participé à une olympiade symbolique en faisant une course sur la piste cyclable.

«Je joins l’utile à l’agréable», explique Hubert Brochard, un des participants. «C’est bon pour la santé et ça aide à exposer le gouvernement chinois.»

Réplique sismique au Sichuan : augmentation des démissions du Parti communiste

Depuis le tremblement de terre dévastateur du 12 mai dans la province du Sichuan en Chine, l’agence Xinhua – porte-parole du gouvernement – indique qu’il y a eu plus de 180 répliques sismiques de magnitude supérieure à 4 sur l’échelle de Richter. La plus importante d’entre elles aurait réduit en ruines 420 000 maisons, toujours selon Xinhua.

Mais une réplique «sismique» d’une autre nature ne peut être divulguée ouvertement par l’agence officielle.

Selon le Sino-Américain David Gao, président du Centre de service mondial des démissions du Parti communiste chinois (PCC), le tremblement de terre a incité un grand nombre de Chinois de la région affectée à se distancer du régime. «Depuis le séisme, nous avons reçu des milliers et des milliers de déclarations de démissions du Parti provenant de la région sinistrée», affirme M. Gao.

Ces démissions sont généralement effectuées par l’entremise d’un site Internet accessible par l’utilisation de logiciels, comme DynaWeb, permettant de contourner la censure gouvernementale.

Selon David Gao, deux éléments déclenchés par le désastre semblent avoir incité les gens à déclarer leur démission du PCC. D’une part, plusieurs d’entre eux critiquent la décision du gouvernement de n’avoir pas tenu compte les avertissements concernant la menace du séisme, puis d’avoir tenté de les camoufler. D’autre part, l’effondrement des écoles mal construites a révélé la corruption des fonctionnaires locaux.

Des parents, dont les enfants sont décédés dans les décombres, ont été réprimés par la police la semaine dernière alors qu’ils demandaient justice. Devant l’absence d’avenue pour obtenir un redressement et devant la fermeté du régime, la démission du PCC est une option pour les Chinois ayant des griefs.

Alors que le PCC lui-même estime le nombre de ses membres à environ 70 millions, le mouvement anti-PCC clame pour sa part près de 40 millions de démissions depuis novembre 2004. On ne peut pas toutefois affirmer qu’il resterait 30 millions de membres au PCC puisque sont inclus dans les démissions totales celles des Jeunes pionniers et celles de la Ligue communiste jeunesse, deux organes du régime pour embrigader les enfants et les jeunes adultes.

Tandis que certains analystes avancent que le séisme du Sichuan a stimulé le nationalisme en Chine et permis au régime de redorer son image en s’ouvrant à l’étranger et en dépêchant sur les lieux le premier ministre, Wen Jiabao, le régime retourne à son mode d’opération normal, l’imposition d’un contrôle ferme. En période de deuil, cela peut causer des frictions avec la population.

«Nous offrons aux victimes du séisme une plateforme pour s’exprimer. Nous les appuyons à un niveau spirituel et émotif», estime David Gao. «Nous aidons les gens à se réveiller. Nous ne sommes pas intéressés par le pouvoir politique : tout ce qui nous importe c’est combien de gens peuvent sortir de l’ombre et du contrôle du PCC.»

Pékin lance ses acolytes dans une lutte préolympique

Les évènements violents entourant le relais de la torche olympique ne se sont pas complètement éteints avec la fin de sa tournée internationale. Après le tremblement de terre dans la province du Sichuan le 12 mai dernier, le gouvernement chinois a propagé dans ses médias que les pratiquants de la méthode de méditation Falun Gong interfèrent avec les collectes de fonds pour venir en aide aux victimes.

Ces allégations incitent, depuis plus de deux semaines, des Chinois de la diaspora sympathique au régime de Pékin à attaquer physiquement et verbalement les pratiquants de Falun Gong dans les communautés chinoises. Ces pratiquants sont habituellement identifiables par les activités de sensibilisation qu’ils tiennent pour dénoncer la persécution dont ils sont victimes en Chine.

Le quartier chinois de Flushing (New York), entre autres, a été la scène de multiples attaques violentes. La police new-yorkaise (NYPD) a d’ailleurs procédé à au moins six arrestations, dont trois pour troubler l’ordre public et trois pour voies de fait. Le NYPD a même dû ériger des clôtures pour empêcher des hordes de Chinois en colère de s’attaquer aux pratiquants de Falun Gong.

Ces derniers ont convergé par centaines sur Flushing, le 31 mai dernier, pour tenir une activité visant à apaiser les tensions et ils ont demandé aux Chinois du quartier de ne pas croire les allégations du régime chinois.

«Qui peut interférer avec vous si vous voulez donner de l’argent [aux victimes du séisme]? Vous pouvez donner de l’argent sur Internet et dans plusieurs endroits. Les rumeurs du Parti communiste chinois [PCC] sont ridicules», a déclaré dans un discours Sen Yang, président de l’Association du Falun Gong des États-Unis. «Toute la persécution [du Falun Gong] est basée sur des mensonges. Maintenant, ils essaient d’exporter ces tactiques dans ce pays.»

Malgré le dispositif de sécurité, des insultes sont constamment proférés et de multiples incidents isolés surviennent, les pires concernent des menaces de mort et des personnes âgées bousculées ou battues.
Le cas de Judy Chen, une dame dans la cinquantaine, semble être typique parmi les différents rapports. Elle a raconté son expérience personnelle à un journaliste de La Grande Époque à New York. Alors qu’elle se tenait à un kiosque d’information dénonçant la dictature chinoise, elle a été prise à partie : «Ils nous ont insultés, disant que nous sommes des traîtres, que nous ne sommes pas Chinois et que nous devrions mourir […] Ils nous ont aussi craché dessus et lancé des pierres.»

Mme Chen a par la suite été attaquée physiquement. Elle se rappelle : «Vers 11 h, une femme d’âge moyen a commencé à nous insulter. Lorsque j’ai voulu prendre une photo d’elle, la femme a essayé de m’arracher ma caméra. Lorsque j’ai essayé de protéger ma caméra, elle m’a battue.»

«Elle m’a frappé à la tête, agrippé le cou, tiré la main et m’a donné un coup de poing; c’était rude et assez atroce […] Ensuite, elle s’est éloignée en disant : “Tu es Américaine, je n’ai pas peur de te tuer”. Un homme à ses côtés a ajouté : “Tu as intérêt à faire attention, je vais te tuer. Je veux voir ton visage clairement, je veux te tuer”.»

Chez les victimes, il ne fait aucun doute que le régime chinois tente d’exporter sa persécution à l’étranger et, d’après eux, le haut dirigeant chinois Zhou Yongkang pourrait être derrière tout ça. Zhou Yongkang a déjà déclaré, selon Amnesty International : «Nous devons nous efforcer de créer une société harmonieuse et un bon environnement social pour la bonne tenue du 17e Congrès du Parti communiste et des Jeux olympiques de Pékin [...] Nous devons frapper les forces hostiles à domicile et à l’étranger, comme les séparatistes ethniques, les extrémistes religieux, les violents terroristes et les organisations hérétiques, comme le Falun Gong, qui prennent part à des organisations de déstabilisation.»

Si l’intervention directe de ce dirigeant communiste est difficile à prouver, celle des missions diplomatiques l’est maintenant de moins en moins.

Selon une conservation téléphonique rendue publique entre le consul général de Chine à New York, Peng Keyu, et un enquêteur se faisant passer pour quelqu’un d’autre, M. Peng aurait un rôle de premier plan dans l’organisation de la violence à Flushing. Il aurait déclaré : «… nous devons être très prudents avec ce genre de chose! Autrement, les gens vont dire que le consulat chinois est derrière cela, manipulant les gens. Certains de nos hommes étaient parmi la foule et se sont rapportés à moi après coup. Je suis très familier avec ceci! Mais nous les encourageons secrètement!»

Chen Yonglin, ex-diplomate du consulat chinois de Sydney, en Australie, estime qu’il s’agit d’un «des plus gros scandales diplomatiques du Parti communiste chinois (PCC) depuis l’établissement de son régime». Néanmoins, les autorités américaines ne sont pas encore intervenues, si ce n’est que l’envoi d’une présence policière massive sur les lieux pour réduire les agressions.

«Les consulats contrôlent les Chinois locaux pour diviser la communauté chinoise et ils n’ont jamais cessé d’inciter à la haine. La stratégie du PCC est d’utiliser les Chinois pour infiltrer la société de manière à conserver son contrôle. De cette façon, il peut contrer l’opposition à son pouvoir tout en trompant la communauté internationale. Nous, les gens de Chine, le savons tous et ça s’appelle le “front uni”», ajoute M. Chen dans une entrevue avec la Radio Son de l’Espoir.

«D’après moi le responsable consulaire chinois qui a orchestré tout cela devrait être expulsé des États-Unis. Il ne devrait pas essayer de museler la liberté d’expression aux États-Unis. Il ne devrait certainement pas essayer d’intimider des citoyens quelconques», suggère pour sa part David Matas, avocat canadien spécialiste des droits de l’homme.

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Répression olympique
On a beaucoup écrit au sujet du prétexte des Jeux olympiques pour amplifier la répression en Chine et les récentes violences pourraient être un signe que Pékin cherche à faire taire les critiques même à l’extérieur de ses frontières.

Tous les groupes habituellement persécutés par le régime chinois ont signalé une augmentation des abus alors que le pays cherche à tout prix à garantir «l’harmonie sociale». Même son de cloche, que ce soit chez les musulmans ouighours, accusés régulièrement et sans preuve de fomenter des attentats terroristes; les Tibétains, sévèrement réprimés ce printemps et eux aussi accusés de terrorisme; ou les pratiquants de Falun Gong, victimes d’une récente vague massive d’arrestations.

Ces purges ne touchent pas seulement les ethnies ou les groupes religieux, mais aussi les célèbres défenseurs des droits de l’homme comme Hu Jia, emprisonné pour subversion, et l’avocat Gao Zhisheng, dont on est sans nouvelle depuis son enlèvement par le régime. Autant Amnesty International, Human Rights Watch que Reporters sans frontières soulignent que le gouvernement chinois, plutôt que de tenir sa promesse de s’améliorer avant les Olympiques, s’est plutôt servi des Jeux pour opprimer davantage la population.

Une torche qui met le feu aux poudres
La tenue des Olympiques en Chine a créé cette tribune pour les personnes désirant attirer l’attention sur une cause touchant le respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine.

Dès le début du relais de la flamme olympique en Grèce, différents actes ont été posés pour signifier que la tenue des Jeux dans un pays ne respectant pas certains principes olympiques est difficile à accepter. Mais une stratégie exhaustive a également été mise en branle par le régime chinois pour contrer les critiques, autant au niveau de l’information que sur le terrain.

Après avoir «perdu la face» dans les étapes du relais de Londres et de Paris, le gouvernement chinois a engagé un front commun par l’entremise de ses missions diplomatiques. La manifestation la plus évidente de cette politique a été les «armées du peuple» mobilisées en Australie, au Japon et en Corée du Sud pour «protéger la flamme olympique». Des milliers de Chinois, dont beaucoup d’étudiants, ont été transportés par autobus nolisés vers les lieux du relais pour opposer une présence physique aux manifestants anti-régime chinois et pro-Tibétains.

Beaucoup de ces manifestants ont été injuriés et battus par des partisans du régime de Pékin. Les plus graves cas sont survenus à Séoul, en Corée du Sud, où des pro-Tibétains ont été lynchés par des hordes de Chinois en colère. La tension a frôlé l’incident diplomatique entre la Chine et la Corée du Sud, alors que Séoul a promis d’expulser les Chinois impliqués.

Nationalisme?
Comme beaucoup d’observateurs avaient prédit, les critiques formulées contre le régime chinois ont été utilisées par ce dernier pour stimuler une forme de nationalisme parmi la population chinoise. Cette forme de nationalisme ne soude pas les gens ensemble derrière un objectif commun pour la défense d’un idéal, mais plutôt derrière le régime.

Ceci peut être démontré par l’épisode où le gouvernement chinois a demandé des excuses formelles de la part du réseau américain CNN. Un des analystes du réseau, commentant la répression au Tibet, avait qualifié les dirigeants communistes chinois de «malfrats». Pékin a alors affirmé que les déclarations de l’analyste avaient «heurté les sentiments du peuple chinois», et a stimulé une campagne virulente de critiques des médias occidentaux à laquelle bon nombre de Chinois ont pris part. CNN a précisé que les critiques de son analyste visaient le régime et non le peuple chinois, mais cela n’a pas désamorcé la crise.

Un sentiment anti-occidental exacerbé pourrait causer des problèmes aux autorités chinoises en août prochain, alors que des milliers d’athlètes, de touristes et de journalistes vont se rendre dans la capitale chinoise pour les Jeux. Le régime se fait souvent prendre dans ce jeu d’agitation. Ce fut le cas lors des manifestations antijaponaises en 2005 puis, plus récemment, avec le mouvement antifrançais.

Mise en garde sur les vols d’organes en Chine

Lors d’un forum, qui a eu lieu à Montréal le 9 mai dernier, sur le prélèvement illégal d’organes et les violations des droits de l’homme en Chine, deux experts ont partagé leurs connaissances du sujet et ont dénoncé cette pratique qui aurait, jusqu’à maintenant, coûté des dizaines de milliers de vies.

Plus de 40 000 transplantations dont la source des organes est non documentée auraient été pratiquées ces dernières années en Chine, a révélé David Kilgour, ex-député fédéral. Selon une enquête qu’il a réalisée avec David Matas, avocat spécialiste des droits de l’homme, les pratiquants de la discipline spirituelle Falun Gong feraient largement les frais de ces vols d’organes, en raison de leur état de santé au-dessus de la moyenne et de la persécution dont ils sont victimes.

Le régime chinois veut éradiquer le Falun Gong depuis 1999. Ainsi, des centaines de milliers de pratiquants de la discipline ont été envoyés dans des prisons, des centres de détention, des centres de lavage de cerveaux et des camps de travail forcé.

Un survivant du système répressif chinois était présent à ce forum et a livré son expérience personnelle. M. Wang a été arrêté plusieurs fois et envoyé dans ces différents lieux où l’on tente de briser l’esprit humain tout en exploitant la force de travail. Il aurait lui-même été forcé de fabriquer des articles composés de produits chimiques dangereux pour la santé et d’autres produits destinés à l’exportation, comme des objets décoratifs.

M. Wang a également raconté comment lui, et les autres pratiquants de Falun Gong incarcérés, avait subi des examens médicaux approfondis. Pourquoi se souciait-on de notre santé alors que, innocents, nous étions emprisonnés, se demandait M. Wang à l’époque.

M. Wang a dit que c’est après avoir pris connaissance du rapport d’enquête Prélèvements meurtriers de Kilgour-Matas, publié en 2006, qu’il a compris que les tests médicaux servaient à établir une base de données pour d’éventuelles transplantations. C’est ce qui explique la rapidité avec laquelle on peut obtenir une transplantation d’organe en Chine. Alors que plusieurs mois, voire des années, sont nécessaires dans les autres pays, le temps d’attente en Chine peut être aussi court que deux semaines.

Un reportage de CNN a démontré ce fait. Un Américain s’est rendu en Chine pour une transplantation. L’hôpital où il faisait affaire lui a remis un téléavertisseur. Lorsqu’on trouverait un organe compatible, le téléavertisseur sonnerait. En attendant l’organe, il pouvait aller prendre du bon temps, visiter les lieux, magasiner, etc. Seulement quelques jours ont suffi. «Organe sur commande», mais le «donneur» en est probablement mort et de gros sont encaissés par les hôpitaux qui participent à cette histoire d’horreur.
Selon M. Kilgour, ces atrocités sont imputables à la «combinaison meurtrière d’un gouvernement totalitaire et du capitalisme sauvage».

Dr Gerry Koffman, responsable canadien de l’organisation Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH) – une organisation qui regroupe des médecins contre les prélèvements d’organes sans consentement – a également élaboré sur le sujet, notant que la «plupart des organes en Chine proviennent de donneurs non consentants». En effet, le don d’organe ne fait pas partie de la culture du peuple chinois. Selon Dr Koffman, les prélèvements forcés sur les pratiquants de Falun Gong équivalent à un génocide. «Je suis Juif et de nombreux membres de ma famille sont morts dans les camps de concentration nazis. Face à de telles atrocités, ma conscience m’interdit de rester silencieux», explique-t-il.

DAFOH a pour mission de sensibiliser le corps médical aux problèmes éthiques des transplantations en Chine. Parmi ses revendications, il insiste qu’on ne devrait pas permettre à des chirurgiens chinois d’étudier la transplantation à l’étranger, de peur qu’ils n’utilisent leurs techniques pour commettre ces crimes contre l’humanité. Aussi, l’organisation demande un accès, sans restriction, aux prisons et hôpitaux chinois pour enquêter.

M. Kilgour juge qu’avec les Jeux de Pékin en août, le moment est idéal pour faire pression sur le régime chinois.

Il a aussi souligné que les autorités chinoises ont été incapables de contrer un seul des 32 éléments de preuve documentant les prélèvements d’organes forcés dans son rapport d’enquête (http://organharvestinvestigation.net/)

Falun Gong : appel à l’aide sur la Colline parlementaire

OTTAWA – La persécution de la discipline spirituelle Falun Gong dure depuis bientôt dix ans en Chine, mais la tenue des Olympiques à Pékin en août prochain serait devenue un prétexte pour accélérer son élimination. C’est le message qu’ont livré une centaine de manifestants sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 2 mai dernier. Amnesty International, un député libéral et un ex-diplomate canadien ont appuyé les allégations, tout en demandant une action du gouvernement canadien et de la communauté internationale.

Selon un communiqué diffusé par l’Association du Falun Dafa [Falun Gong] du Canada (AFDC), au moins 1878 pratiquants de Falun Gong auraient été arrêtés en Chine depuis janvier 2008. Cette vague d’arrestations massives serait alimentée par un système de récompenses mis en place par le régime : les individus livrant de l’information sur les pratiquants de la discipline recevraient une somme d’argent allant jusqu’à 650 $.

Un de ces cas d’arrestation a été rapporté par le journal britannique Times. Le pratiquant de Falun Gong et populaire musicien folk Yu Zhou a été arrêté après un concert et torturé à mort en janvier dernier. Les autorités ont dit à sa famille qu’il était mort du diabète, alors qu’il n’avait pas cette maladie, et ont insisté pour incinérer sa dépouille rapidement.

Le prétexte olympique

Les Jeux olympiques ont été octroyés à la Chine en 2001, soit à un moment où la persécution contre le Falun Gong était à son paroxysme. Tandis que Pékin promettait l’amélioration des droits de l’homme, ses dirigeants maintenaient leur objectif d’éliminer la discipline spirituelle pour nettoyer le pays des «ennemis de l’État».

La campagne de propagande massive dont sont victimes les Tibétains et le Dalaï-lama dernièrement, visant à les marginaliser et à les diaboliser, est très semblable à ce que les pratiquants de Falun Gong subissent depuis 1999. «Des millions de pratiquants ont perdu leur emploi, leur domicile, leur éducation et leurs droits fondamentaux, on les a incarcérés et torturés pour les forcer à abandonner leur croyance. Aucun avocat n’a le droit de les représenter et ceux qui sont intervenus en leur faveur croupissent dans les goulags chinois», écrit l’AFDC dans son communiqué.

Malgré cette répression, «l’esprit humain ne peut être écrasé», estime le député libéral à Ottawa Borys Wrzesnewskyj. Dans son allocution prononcée lors du rassemblement, il a fait remarquer que les protecteurs actuels de la torche olympique, les paramilitaires chinois en vêtements bleus, sont de la même unité responsable du massacre sur la place Tiananmen en 1989. Le climat est donc malsain et imprégné de totalitarisme. M. Wrzesnewskyj espère que les Jeux seront un catalyseur pour la liberté en Chine.

Ce député a récemment présenté un projet de loi privé ayant pour objectif de contrer le trafic d’organes. Un geste visant, entre autres, à assurer que les Canadiens ne puissent aller en Chine pour recevoir une transplantation d’organe, car des prisonniers y sont exécutés – y compris des pratiquants du Falun Gong – pour alimenter le marché.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, a tracé un sombre portrait de la situation des droits de l’homme en Chine depuis 2001 et, particulièrement, dernièrement. Selon lui, les «améliorations ont été minimales» et, «en général, c’est extrêmement inquiétant». Il note les violations qui ont lieu directement à cause des Olympiques, comme l’emprisonnement de militants des droits de la personne et des personnes déplacées brutalement pour la construction des installations. Il déplore également «les efforts très minimes de la communauté internationale» pour faire avancer les choses.

M. Neve met aussi en cause les responsables du Comité olympique canadien qui ont fermé toutes les portes à une discussion au sujet des droits de l’homme, se défendant que ce n’est pas leur tasse de thé. Puis les responsables du Comité international olympique se terrent dans la position que «les Olympiques ne devraient pas être mélangées à la politique.» Mais Alex Neve estime qu’il faut faire la différence entre droits de l’homme et politique et il rappelle que les principes de respect de la dignité humaine sont à la base du mouvement olympique et de sa Charte.

De Berlin 1936 à Pékin 2008

Différents analystes et politiciens ont souligné des similitudes entre les Olympiques de Berlin 1936 et ceux de Pékin 2008. Régimes totalitaires de propagande massive, persécutions internes de toutes sortes visant minorités ethniques, groupes religieux et dissidents, mouvement de militarisation effréné, etc.

Un député conservateur, Rob Anders, a fait la comparaison dernièrement et s’est fait vilipender par différents défenseurs du régime chinois et des relations commerciales que le Canada a avec lui.

Brian McAdam, un ex-diplomate canadien posté à Hong Kong ayant perdu son poste pour avoir dénoncer la corruption de la mission canadienne, juge la comparaison d’Anders «absolument exacte». Selon lui, l’attitude complaisante du Canada envers le régime chinois provient d’une «longue histoire de premiers ministres» tissant des liens avec le Parti communiste chinois (PCC) et de médias ne rapportant pas la vérité. Il souligne que Mao Zedong a tué beaucoup plus de gens que Hitler et Staline ensemble. L’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau n’avait-il pas cette admiration pour Mao, ayant fraternisé avec lui durant ses années au pouvoir?

Selon le site de Federal Accountability Initiative for Reform, la «carrière de 30 années de M. McAdam aux Affaires étrangères s’est terminée brusquement en 1993 après qu’il a exposé la corruption au consulat canadien à Hong Kong et l’infiltration du crime organisé et des espions chinois au Canada.»

Pour Xun Li, président de l’AFDC, la persécution actuelle est une «violation de l’esprit olympique». Quant aux messages du PCC disant qu’un accent mis sur les droits de l’homme «politise les Jeux», M. Li dit qu’il faut «cesser d’être trompés par une telle propagande». Il a fait remarquer qu’en 1936, la communauté internationale s’est défendue en disant qu’elle ne savait pas ce qui se préparait en Allemagne nazie, tandis qu’aujourd’hui, on sait fort bien ce qui se passe en Chine mais on refuse d’agir. «Le Canada ne doit pas porter la honte d’échouer de voir à travers le mal», a-t-il déclaré en conférence de presse.

MM. Li et Neve croient que le Canada devrait prendre les devants dans ce dossier. «Pas un jour ne devrait passer sans que nous fassions pressions sur la Chine sur la question des droits de l’homme», suggère Alex Neve. Selon lui, il s’agit d’un geste politique que de demeurer silencieux sur la question.

Une guerre médiatique anti-Chine?

De grands médias québécois ne vont pas dans ce sens

«La guerre médiatique a bel et bien commencé.» Telle est l’analyse du politologue Loïc Tassé par rapport à la question du Tibet et de la République populaire de Chine (RPC) qui a ressurgi dernièrement. Selon sa lettre du 8 avril publiée dans La Presse, la Chine serait victime d’une campagne visant à la discréditer.

«La campagne médiatique antichinoise actuelle est déjà parvenue à entacher l’image que le gouvernement chinois veut donner des Jeux de Pékin. Où s’arrêtera-t-elle?», se demande M. Tassé, professeur à l’Université de Montréal (UdeM).

Ce dernier avait fortement critiqué le premier ministre Stephen Harper lorsqu’il avait décidé de recevoir le chef spirituel tibétain, le Dalaï-lama, l’automne dernier. Des critiques similaires étaient venues des milieux d’affaires, eux qui craignent qu’une position forte du Canada sur les droits de l’Homme nuise à leurs intérêts économiques. M. Tassé, en plus de ses tâches d’enseignant à l’UdeM, agit également comme consultant auprès d’entreprises voulant s’implanter en Chine.

Il mentionne qu’à côté des tentatives de ne pas froisser la Chine pour, entre autres, des raisons commerciales et obtenir son appui sur des questions comme la dénucléarisation de la Corée du Nord, une certaine animosité couve.

«Un véritable courant d’opinion publique contre la Chine ressurgit périodiquement en Occident, avec de plus en plus de force. Au-delà de la question du Tibet et des droits de la personne, le gouvernement chinois est accusé d’espionnage, de dumping, de soutien à des régimes extrémistes, de spoliation des ressources naturelles en Amérique latine et en Afrique ainsi que de manipulation de l’information. La liste des récriminations est longue», écrit M. Tassé, qui s’est retrouve à quelques reprises sur les ondes de Radio-Canada dernièrement pour donner son point de vue sur la question tibétaine.

On s’entend pour dire que le Tibet et le sujet des droits de l’Homme reçoivent une attention particulière en raison des derniers massacres et de l’approche des Jeux olympiques. Quant à l’espionnage, un tel constat avait été fait en avril 2007 par le chef du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Jim Judd, qui affirmait que 50 % des ressources de l’agence étaient destinées à contrer les espions chinois en sol canadien. En ce qui concerne le soutien à des régimes dictatoriaux, la répression du mouvement démocratique en Birmanie par la junte militaire l’automne dernier avait mis Pékin sous les projecteurs, en raison de l’appui inconditionnel qu’elle offre aux dirigeants militaires.

Pour soutenir son argument de «guerre médiatique» contre la RPC, M. Tassé note l’épisode récent des raviolis, fabriqués en Chine, qui ont empoisonné des gens au Japon. Une crise était survenue entre les deux pays, et tout un battage médiatique avait eu lieu au sujet de la sécurité des aliments provenant de Chine.

Pris hors contexte, tel que décrit par M. Tassé, cela peut en effet paraître comme une «vulgaire affaire». Si on l’ajoute à tous les autres problèmes ayant affligé l’empire du Milieu dans ce domaine dernièrement, particulièrement le cas des jouets contenant une dose de plomb trop élevée, le dentifrice chinois contenant de l’antigel ou la nourriture pour animaux empoisonnée, l’affaire est moins «vulgaire». Au moment de mettre sous presse, M. Tassé n’avait pas répondu à notre courriel demandant des éclaircissements.

M. Tassé n’est pas le seul à favoriser une approche plus ouverte vis-à-vis le régime chinois. La chroniqueuse de La Presse, Lysiane Gagnon, dont les articles se retrouvent toujours dans la page opposée aux éditoriaux, a publié des textes récemment qui se portent à la défense de Pékin. Son dernier s’en prend à l’organisation Reporters sans frontières (RSF) qu’elle accuse de manquer d’objectivité en critiquant trop la répression des journalistes en Chine.

Elle déplore surtout les actions chocs du groupe, auxquelles le président, Robert Ménard, a activement pris part. «Pourquoi monter ce genre d’actions à l’encontre de la Chine spécifiquement, alors qu’il y a des dizaines d’autres dictatures qui emprisonnent et torturent les journalistes?» Toutes les actions de RSF mentionnées concernaient les Jeux de Pékin, qui se tiendront en août. La Chine est le pays qui emprisonne le plus de journalistes et de cyberdissidents.

«Le mandat de RSF n’est pas de prendre parti pour la cause du Tibet, c’est de promouvoir la liberté de la presse et la sécurité des journalistes indépendants d’esprit», ajoute-t-elle.

La Grande Époque
a demandé à François Bugingo, président de RSF Canada, de réagir à l’article de Mme Gagnon. «Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi mal écrit», déplore-t-il. «Elle n’a même pas pris le temps de nous contacter» au sujet de cette affaire, enchaîne M. Bugingo. Ce dernier insiste pour rappeler que le Tibet est actuellement zone interdite pour les journalistes étrangers. Il est donc normal pour son organisation de demander une levée du blocus. «Reporters sans frontières ne s’est jamais ingéré dans les affaires politiques de la Chine», affirme-t-il.

La Presse a récemment publié deux gros cahiers spéciaux sur la Chine, orientés essentiellement sur les starlettes, le shopping, la bouffe, le sexe et le sport. Un genre de portrait idyllique, supposé offrir aux lecteurs une compréhension profonde de cette «puissance émergente».

Le régime chinois et des Chinois installés à l’étranger ont beaucoup critiqué la couverture médiatique occidentale des récents événements au Tibet. Mais la cause pro-Pékin a une place de choix dans plusieurs médias québécois. Selon M. Bugingo, cette situation n’est pas unique au Québec. Il y a, d’après lui, deux écoles de pensée principales pour interpréter ou interagir avec la Chine, sans compter celle des droits de l’Homme.

L’une d’elles se ferme les yeux sur les violations, ou les défend en citant des traits culturels. Un laisser-faire qui ne veut pas critiquer parce que d’autres pays sont aussi violateurs. Selon ce point de vue, il «faudrait être un saint pour critiquer, ce qui n’a pas de sens», estime M. Bugingo.

L’autre école veut que la stratégie de critiquer le régime chinois n’est pas payante et qu’il vaut mieux laisser la Chine évoluer à sa vitesse. Cette avenue est préconisée par le magazine L’actualité, qui a aussi publié dernièrement une édition spéciale sur la Chine (c’est à la mode), promettant également aux lecteurs de «mieux comprendre les Chinois». L’éditorial de Carole Beaulieu donne le ton dès les premières pages, avec le titre Non au boycottage des Jeux.

«Plus la Chine tisse des liens commerciaux internationaux – de l’Afrique à l’Amérique latine – plus sa politique étrangère se nuance. Wen Jiabao, le premier ministre chinois, a publiquement demandé à la junte du Myanmar [Birmanie] de se démocratiser! Pékin a aussi cessé récemment de s’opposer au déploiement de forces des Nations Unies au Darfour», écrit-elle.

Que le premier ministre de la plus grande dictature du monde demande à une junte militaire amie de se démocratiser, voilà qui devrait laisser perplexe. Le chef-adjoint du Parti libéral canadien, Michael Ignatieff, avait déclaré l’automne dernier que pour régler la question de la répression en Birmanie, il fallait «directement aller à Pékin», comme quoi le régime chinois a une grande part de responsabilités dans le maintien au pouvoir de dictatures dans son arrière-cour.

«La Chine n’est pas le premier colonisateur à violer les droits de la personne. Pensons à la France à l’époque où elle colonisait l’Indochine», écrit-elle pour qu’on lâche du lest sur la RPC.

Le général à la retraite Roméo Dallaire ne partage pas l’optimisme de Carole Beaulieu sur l’implication de la Chine au Darfour. C’est «le pays [Chine] le plus rapace. Je les considère comme des vautours de l’Afrique, pires que les empires colonisateurs. Ils n’ont absolument aucun respect pour aider à développer, à soutenir, à améliorer ces pays-là. Ils ne sont là que pour prendre», a dénoncé M. Dallaire sur les ondes de la radio de Radio-Canada. «Au Darfour, ils ont besoin de [pétrole]. Ils leur vendent des armes en sachant qu’elles vont être utilisées contre les Darfouriens et ça ne leur fait rien», a-t-il renchéri. Le gros du matériel militaire du Soudan et de la Birmanie est fourni par la Chine.

Quant à Radio-Canada, on rapporte les propos tendancieux de certains animateurs radio dernièrement, dont un citant Mao Zedong et un autre s’offusquant que le Canada et le Québec sont en train de «manquer le bateau» en ce qui concerne les opportunités d’affaires en Chine.

Selon Loïc Tassé, en entrevue à la radio avec Christiane Charette la semaine dernière, l’inaptitude des Canadiens et des Québécois à saisir l’opportunité proviendrait d’une «ignorance crasse de ce qui se passe en Asie de l’Est».

C’est vrai que peu de médias parlent du meurtre et du vol d’organes de pratiquants de Falun Gong en Chine, des femmes stérilisées de force au Tibet et ailleurs, des moines torturés parce qu’ils sont trouvés en possession d’une photo du Dalaï-lama. Aucun média ne parle des centaines de milliers de gens enfermés dans les goulags, dont le nom officiel est camp de «rééducation par le travail». Quel média parle de la Corée du Nord sous un autre angle que la question nucléaire? N’y a-t-il pas une famine là-bas, la terreur, l’oppression inimaginable? Qui parle du Vietnam autrement que pour le voyage ou les opportunités d’affaires? Puis, tout le monde a oublié la Birmanie…

Sommes-nous ignorants, mal informés ou amnésiques?

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La Chine a-t-elle décidé de mettre ses menaces à exécution ?

Le passage du Dalaï-lama, cet automne, dans quelques pays occidentaux avait provoqué une tempête diplomatique. Trois chefs d’État de pays du G7 l’avaient rencontré, en adoptant tous des protocoles différents, mais recevant tous la même dose de furie provenant du régime communiste chinois. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a rencontré le chef spirituel en privé. Aux États-Unis, ce dernier a reçu une haute distinction du Congrès américain, et le président George W. Bush s’est montré en public en sa présence. Au Canada, le premier ministre Stephen Harper a accueilli le Dalaï-lama dans son bureau du parlement. Ottawa remporte la palme de la rencontre la plus officielle parmi les trois.

Partout, analystes économiques et gens d’affaires ont sonné l’alarme, craignant que les relations diplomatiques s’enveniment et que les opportunités commerciales subissent les contrecoups. De l’autre côté, se liguaient les défenseurs des droits de l’Homme. On exprimait la nécessité de ne pas céder aux menaces d’un pays étranger, en l’occurrence une dictature, et on démontrait que, par le passé, les menaces du géant chinois n’étaient que des coquilles vides.

Alors qu’au Canada, rien jusqu’à maintenant n’a laissé entrevoir des mesures de rétorsion de la part de la Chine (du moins rien n’en fait mention dans les nouvelles), l’Allemagne subit des ondes de choc qui viennent ébranler sa politique intérieure. Les États-Unis aussi se sont butés, la semaine dernière, à un coup d’éclat diplomatique lorsque les autorités chinoises ont refusé à une flotte de la US Navy d’accoster à Hong Kong à l’occasion de l’Action de grâce américaine.

Le USS Kitty Hawk rebrousse chemin
Le 21 novembre, le porte-avions Kitty Hawk de la marine américaine, ayant à son bord 8000 personnes, devait accoster à Hong Kong, une procédure routinière, pour une pause de cinq jours à l’occasion de Thanksgiving. Les familles des marins étaient arrivées par avion dans l’ancienne colonie britannique avec espoir de passer du bon temps en compagnie de leur proche militaire. Tout cela était prévu bien à l’avance et tout était en règle jusqu’à ce que le ministère des Affaires étrangères chinois retire l’autorisation d’accoster.

Immédiatement, journaux et analystes ont commencé à soulever différentes hypothèses pour ce refus soudain, car Pékin s’est fait complètement avare de commentaires : aucune déclaration publique, aucune explication auprès des Américains.

Le Los Angeles Times a soulevé ces interprétations : la colère de Pékin au sujet de la rencontre du président Bush avec le Dalaï-lama; la colère au sujet de l’annonce d’une amélioration de la batterie antimissile Patriot II de Taiwan, une valeur de 940 millions de dollars; le désir d’envoyer un message avant les élections imminentes à Hong Kong et une vengeance par rapport à un récent rapport aux États-Unis qui décrit les activités d’espionnage de la Chine en sol américain comme l’une des plus importantes menaces.

Le lendemain, Liu Jianchao, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, a déclaré aux journalistes que Pékin avait changé d’avis, justifiant la décision comme étant seulement le fruit de «considérations humanitaires», rapporte le LA Times.

Mais le mal était déjà fait, car la flotte américaine avait déjà décidé de rebrousser chemin, regagnant sa base navale à Yokosuna, Japon.

Merkel sous pression
La chancelière allemande, Angela Merkel, fait face aux pressions dernièrement, en raison de sa «position de principes» sur la Chine. En plus du milieu des affaires qui s’est alarmé de l’annulation de la visite en Chine du ministre des Finances, Peer Steinbrück – sous le prétexte que son homologue était trop occupé pour le recevoir – l’ex-chancelier Gerhard Schröder a qualifié «d’erreur» la rencontre entre Merkel et le Dalaï-lama. M. Schröder avait privilégié, durant son mandat, une politique étrangère axée sur les contrats et les profits, adoptant, entre autres, un ton très amical envers la Russie. Ceci lui avait valu l’amitié du président Vladimir Poutine et un poste à la direction de la compagnie d’État russe, Gazprom, immédiatement après avoir quitté la politique allemande.

En plus de l’annulation de la visite de M. Steinbrück, Pékin a annulé une série de rencontres bilatérales avec Berlin, notamment sur le nucléaire iranien. Merkel fait donc face aux frondes de membres de son propre gouvernement, eux qui croient qu’il vaut mieux cultiver de bonnes relations avec la Chine pour que cette dernière agisse positivement dans le dossier iranien.

Mais Merkel a défendu vigoureusement, la semaine dernière, sa rencontre avec le chef spirituel tibétain rappelant l’importance de mener une politique étrangère qui soit digne. «Comme chancelière, c’est à moi seule de décider qui je reçois, qui je ne reçois pas et où», a-t-elle affirmé au quotidien allemand Bild, selon l’AFP. «Le mieux serait que les dirigeants chinois cherchent eux-mêmes le dialogue avec le Dalaï-lama qui demande l’autonomie culturelle pour le Tibet et la garantie des droits de l’Homme», a-t-elle ajouté.

La crainte la plus viscérale pour les dirigeants chinois, mise à part une révolte massive de leur propre population, est que les pays étrangers adoptent de plus en plus ce genre de discours et ce genre d’actions. Habitués aux rencontres à huis clos où il est plus difficile de «perdre la face», un discours renforcé pour la défense des droits de l’Homme – particulièrement avec l’approche des Jeux olympiques de 2008 – est terriblement négatif pour eux qui souhaitent que cet événement célèbre l’aboutissement de la «montée de la Chine».

Les récents événements en matière de représailles démontrent que la Chine peut mettre ses menaces à exécution, mais il est peu probable que l’intimidation puisse adoucir les relations. Il y a de moins en moins de tabous sur l’espionnage de la Chine, qui rafle les palmarès de plusieurs pays, il y a une méfiance plus grande par rapport au Made in China, et l’indignation stimulée par les promesses non tenues en matière de droits de l’Homme et de liberté de presse avant les Jeux olympiques sont un cocktail explosif qui promet une drôle de fête en août prochain.

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