« Vendre la guerre au public » : un ex-porte-parole de Bush livre ses secrets

Traître. Héros. Opportuniste. Courageux. À travers les États-Unis, ses médias et ses analystes, l’auteur d’un nouveau livre sur l’administration Bush est taxé d’une gamme de qualificatifs contradictoires. Scott McClellan, ex-porte-parole de la Maison-Blanche, est le dernier de l’entourage du président américain à avoir rendu public ses expériences de service, et l’onde de choc est grande.

Pour certains, c’est une droite au visage de son ancien patron. Pour d’autres, un coup d’épée dans l’eau. Mais une chose était certaine avant même la mise en vente du livre : ce serait un best-seller.

What Happened: Inside the Bush White House and Washington’s Culture of Deception est déjà le livre le plus en demande sur Amazon, bien qu’il ne sera disponible chez le libraire en ligne que le 11 juin. Ce qui pousse certains à critiquer non pas le contenu du livre, mais bien le phénomène lui-même, comme quoi «quiconque sortant de cette administration semble quitter avec un manuscrit à moitié complété sous le bras et un éditeur prêt à aider», assène Tim Rutten du Los Angeles Times.

Mais l’enthousiasme pour ce dernier épisode est particulier. Scott McClellan était un loyaliste du clan Bush depuis que ce dernier était gouverneur du Texas. Il a suivi George W. Bush jusqu’à Washington où il a occupé pendant près de trois ans le rôle de porte-parole de l’administration. Il n’était peut-être pas un des plus hauts placés, mais il a quand même été témoin et acteur de nombreux évènements importants. De la guerre en Irak, en passant par l’affaire Valerie Plame et l’ouragan Katrina, McClellan a servi de rempart contre les journalistes de Washington.

Après avoir subi une telle pression et avoir appris qu’il avait menti à son insu à la population américaine, il aurait déchanté. McClellan avait été chargé, entre autres, de nier la responsabilité de deux responsables de l’administration dans la fuite de renseignement ayant démasqué la couverture de l’agente de la CIA Valerie Plame. Afin de porter un coup au critique de la guerre en Irak et mari de Mme Plame, Joseph Wilson, Karl Rove et Lewis Libby auraient volontairement transmis l’information compromettante à la presse.

Après avoir défendu la guerre en Irak, McClellan juge à présent qu’il s’agissait d’une erreur. «Avec le temps, quand vous quittez la Maison-Blanche et sortez de la bulle, vous êtes en mesure d’enlever votre chapeau partisan et de regarder les choses en face avec lucidité», a-t-il confié au Washington Post.

Agilité de l’expert en relations publiques ou sincérité authentique, l’auteur écrit avoir quand même du respect pour son ex-patron, M. Bush. Mais son livre ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer la culture de tromperie qui gangrène la capitale américaine. Néanmoins, McClellan a affirmé ne pas chercher à obtenir revanche ou à augmenter sa visibilité. Selon lui, son but est seulement de «transmettre ce que je sais».

McClellan n’était pas le «visage» de la Maison-Blanche alors qu’une opération de relations publiques visait à convaincre l’opinion publique de la nécessité d’aller en guerre contre l’Irak, mais il faisait tout de même partie de l’équipe de communications du président.

«Je n’étais pas impliqué dans l’établissement de la politique sur l’Irak ou le développement de la stratégie de marketing générale pour vendre la guerre au public. [En tant qu’assistant secrétaire de presse], je remplaçais parfois mon prédécesseur et j’ai même participé à certains White House Iraq Group, ou rencontres WHIG. Le WHIG a été établi comme bras marketing pour vendre la guerre au public», explique McClellan dans une réponse à un internaute, formulée sur le site du Washington Post.

What Happened sert en quelque sorte de mea culpa pour McClellan selon certains journaux américains. Mais en aucun cas, il y a unanimité sur le produit final. À gauche comme à droite, on retrouve des critiques acerbes.

Le chroniqueur Bob Herbert du NY Times n’y va pas de main morte : «La guerre en Irak, qui a pris plus de 100 000 vies irakiennes, qui coûtera aux États-Unis plus de 3 trillions $, et qui continue indéfiniment, est un scandale et un crime. Scott McClellan arrive un peu tard pour dénoncer cette folie.»

Chez les conservateurs, les termes «traître» et «opportuniste» ont la cote, mais on va plus loin également, allant même jusqu’à suggérer une conspiration. En effet, le livre tombe à un mauvais moment pour les républicains et John McCain, alors que les élections ne sont plus qu’à quelques mois.

«M. McClellan a scrupuleusement défendu la guerre en tant que porte-parole présidentiel entre 2003-2006, mais il est depuis “devenu vraiment convaincu” que c’était une erreur. Il a aussi eu la révélation que l’administration a utilisé la “propagande” pour vendre la guerre, même si cela signifie que lui-même a été le ministre en chef de la propagande pendant trois ans, durant lesquels il n’a exprimé aucun malaise», écrit le Wall Street Journal.

Le journal poursuit : «L’éditeur du livre est PublicAffairs, une maison d’édition fondée par le rédacteur gauchiste Peter Osnos […] PublicAffairs est propriété de Perseus Books, qui est elle-même propriété de Perseus LLC, une banque marchande dont le conseil d’administration inclut les démocrates Richard Holbrooke et Jim Johnson», ce dernier pourrait devenir le vice-président de Barrack Obama.

D’autres critiques de McClellan, comme un autre ex-porte-parole présidentiel, Ari Fleischer, estiment que le livre aurait pu être écrit par une tierce personne, jugeant que le ton n’est pas celui de l’auteur présumé. Peter Osnos a de son côté affirmé avoir exercer une certaine guidance éditoriale pour s’assurer que le livre ne soit «pas seulement une défense de l’administration Bush».

À travers les condamnations, il y a également des échos positifs dans la presse américaine. Michael Hirsch de Newsweek estime qu’à l’instar de McClellan, beaucoup de commentateurs devraient ouvertement dire qu’ils se sont trompés en appuyant la guerre en Irak.

«Ce qui est vraiment extraordinaire, c’est à quel point peu d’analystes et de chroniqueurs importants ont fait la moitié du chemin qu’a fait McClellan en admettant qu’ils se sont vraiment trompés lorsqu’ils ont donné leur appui total au revirement de Bush vers Saddam après la “victoire” de l’Amérique sur les talibans en Afghanistan», écrit-il.

Avec : Washington Post, New York Times, Los Angeles Times, Newsweek et Wall Street Journal.

Publié dans: on juin 2, 2008 at 11:28 Commentaires (0)
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Investiture démocrate : la lutte fratricide appelée à se poursuivre

John McCain, sénateur républicain de l’Arizona et candidat de son parti à l’élection présidentielle américaine de novembre prochain, prend du bon temps. Il n’est pas trop perturbé, pas trop importuné : il relaxe et observe le spectacle. Un spectacle sur lequel beaucoup de démocrates aimeraient voir tomber le rideau. Un spectacle qui se poursuit depuis plusieurs mois et qui trouve toujours un second souffle lorsque l’increvable ex-première dame et sénatrice de l’État de New York, Hillary Clinton, trouve les moyens de remporter la primaire décisive. Mais plus elle s’accroche, plus ils, le sénateur de l’Illinois Barack Obama et elle-même, s’épuisent et perdent des plumes.

La victoire de Hillary Clinton en Pennsylvanie la semaine dernière a maintenu en vie l’espoir présidentiel de celle que certains ont commencé à appeler le «lapin Energizer». Puis la défaite d’Obama a soulevé certaines questions quant à sa capacité d’aller chercher le vote du travailleur moyen blanc qui l’aurait boudé autant en Pennsylvanie qu’en Ohio. Malgré cette fragmentation de l’électorat, les stratèges d’Obama n’annoncent aucun changement majeur dans le plan de match qui a porté leur candidat jusqu’ici.

Avec le prolongement de la lutte chez les démocrates, on commence à noter certains signes d’épuisement. Outre les cheveux gris d’Obama qui seraient plus nombreux qu’en début de campagne, on le sent moins pétillant et frais qu’auparavant. On a noté dernièrement un manque de tact lorsqu’il a tenu des propos jugés condescendants envers les habitants des petites villes et des campagnes. Il les a qualifiés d’«amers», se rabattant sur les «armes à feu et la religion».

Autant John McCain que Hillary Clinton ont sauté sur ce dérapage pour taxer Obama d’élitiste. Ce dernier s’est défendu en rappelant qu’il est d’origine beaucoup plus modeste qu’eux, ayant été élevé par une mère monoparentale. Mais il est vrai que le style d’Obama, ancré dans la rhétorique imagée plutôt que dans l’apport de solutions politiques et économiques concrètes, a jusqu’à maintenant résonné avec plus de force chez les universitaires que chez les travailleurs.

Au début de la lutte Clinton-Obama, on sentait un enthousiasme certain devant cette première historique, soit la possibilité que la présidence soit remportée par une femme ou un homme de couleur. Mais il semble que l’accent mis sur cette distinction ait justement transformé le débat en une question de race et de genre. On remarque effectivement qu’entre les deux candidats, il y a peu de différences notables sur le plan politique, et elles ont été révélées lors de certains débats où les deux candidats se félicitaient mutuellement plutôt que d’opposer leurs points de vue.

Mais tandis qu’on joue la carte raciale du côté des Clinton, faisant remarquer qu’Obama est incapable de recueillir un vaste appui chez l’électorat blanc, des tensions émergent normalement du côté afro-américain qui ne peut accepter de voir son importance reléguée à un second plan. Sur ce point, l’Afro-Américain le plus haut placé du Congrès américain, le démocrate James E. Clyburn, a sonné l’alarme. Selon lui, si Clinton maintient sa ligne d’attaque sur Obama, essayant de le tailler en pièces, le dommage sera «irréparable». En effet, si les super délégués choisissent Clinton alors que le public a choisi Obama, l’électorat noir sera complètement désillusionné et perdra tout intérêt dans la campagne présidentielle. Ceci propulserait très probablement McCain à la présidence.

Mauvaise stratégie
Beaucoup d’électeurs démocrates ont, tôt dans la campagne, été déçus par le style agressif de Hillary Clinton. Des basses tactiques et des attaques sournoises personnelles contre Obama ont finalement joué en sa faveur, lui qui se présente comme quelqu’un voulant se détourner de ces pratiques.

L’approche forte de Hillary Clinton a été qualifiée de «dégueulasse» par le très influent réalisateur Michael Moore qui a donné son appui à Obama. Et selon la chroniqueuse du Globe and Mail Judith Timson, certaines femmes commenceraient à trouver que Clinton en met un peu trop. Timson estime qu’Obama aurait besoin d’une injection de testostérone pour rivaliser avec la fougue de Hillary Clinton. «À quel point est-elle macho?», demande Timson. «À côté d’elle, George W. Bush a l’air d’une mauviette, John McCain a l’air d’être un cœur tendre et son adversaire principal, Barack Obama, ressemble à un chien battu.»

Pour attaquer Obama
On l’a remarqué, Obama ne paraît plus si invincible qu’en début de campagne. Outre ses discours jugés sans substance par ses détracteurs, l’homme a plusieurs squelettes dans le placard. La controverse autour de son pasteur de Chicago, Jeremiah Wright, est toujours vivante et peut revenir le hanter à tout moment. Wright prêche une sorte de théologie de la libération afro-américaine et est accusé d’avoir tenu des propos anti-Blancs. Cela représente surtout une faille de choix que les républicains pourront exploiter advenant un duel avec McCain.

Mais il y a autre chose. Selon le site Internet Politico, la raison pour laquelle Clinton n’abandonne pas la course, c’est qu’elle craint qu’Obama ne détruise le Parti démocrate. Les positions ultralibérales d’Obama sont connues de tous, mais ses liens de jeunesse avec des radicaux et des communistes sont perçus dangereusement et n’ont pas été largement rapportés dans les médias. Certains craignent peut-être qu’Obama n’ait certaines intentions cachées par rapport à l’Amérique… Le site Accuracy in Media rapporte également que le mentor d’Obama dans sa jeunesse était Frank Marshall Davis, soit un important militant communiste américain.

Que tout cela soit exact ou pertinent a peu d’importance. Advenant une lutte McCain-Obama, les républicains seront sans pitié et exploiteront le passé mystérieux de leur adversaire.

Aux yeux des conservateurs, Obama est un menteur en raison du NAFTA-Gate, un scandale impliquant le gouvernement canadien. Puis son message d’espoir est qualifié d’essentiellement sans substance. Quant à Clinton, ça fait des dizaines d’années qu’ils ont appris à la détester, elle, ainsi que son mari.

Mais pour l’instant, ils peuvent apprécier leur déchirement, apprendre à connaître leurs points faibles et préparer tout un bagage de faits pour les démonter.

Après huit ans avec George W. Bush à la présidence, on aurait cru à une victoire haut la main de n’importe quel candidat démocrate. Maintenant, ce n’est plus sûr. Puis, John McCain n’est pas un républicain «normal», du moins sur des questions comme l’immigration, la torture et l’environnement. Il n’est donc pas très chéri des ultraconservateurs. Mais sa position sur la guerre en Irak est sans équivoque : il ne veut pas d’un retrait humiliant «à la Vietnam», lui-même vétéran de cette guerre; et se désengager mettrait en péril la sécurité de la région, tout en laissant l’Iran tirer avantage du vide.

Au centre et à gauche, on apprécie Obama pour sa position toujours ferme contre la guerre, un point qu’il ramène sans cesse. Mais sa politique étrangère, qu’il n’explicite pas tellement souvent, serait de retirer les troupes américaines d’Irak pour les envoyer sur d’autres fronts comme en Afghanistan. C’est-à-dire qu’aucun candidat ne semble en mesure de se désengager de l’actuelle «guerre à la terreur». Et quel président pourra se défaire de l’influence des lobbyistes, des multinationales, des courants religieux et des pétrolières?

L’Amérique devait changer en novembre prochain. Voyons si ceux qui rêvaient d’espoir verront leur rêve s’exaucer.

En attendant, Clinton et Obama seront à nouveau sur le ring pour l’importante primaire de l’Indiana, le 6 mai prochain.

http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/4065/105/

Politique étrangère américaine: quels défis pour le prochain président ?

Un système de santé accessible aux gens avec de l’argent; l’extermination passée et l’isolation actuelle des populations autochtones; une culture populaire guidée par le cinéma hollywoodien, une pratique médiatique jugée biaisée et basée sur le divertissement; un traitement incohérent de l’immigration venant du Sud; une ségrégation se manifestant dans les rapports sociaux-économiques, voici certains des points de critique de la situation domestique américaine. S’ils sont assez significatifs, la mauvaise réputation des États-Unis vient davantage de ses pratiques de politique étrangère. À ce titre, la liste de reproches est longue et bien connue. Disons que ces dernières années, sous l’administration Bush, elle s’est allongée avec une pièce maîtresse : la «guerre à la terreur», produisant l’invasion de l’Afghanistan, de l’Irak et d’autres «malaises» comme Guantanamo.

Il est clair pour tous que le prochain président des États-Unis héritera de problèmes complexes. En plus des quelques conflits majeurs énumérés ci-dessus, le nouvel homme (ou, dans un cas historique, la nouvelle femme) de Washington devra gérer grand nombre d’autres situations compliquées sur la scène internationale, qui ne sont pas isolées des points de friction majeurs.

Le maintien d’une politique étrangère réaliste, alimentant nombre d’antagonismes, tout en conservant un discours de doubles standards, est une voie ne pouvant mener qu’à une aliénation plus sévère des différentes tendances discordantes.

À moins de rétablir une base de principes fondamentaux, souvent énoncés en discours mais rarement présents en gestes, et d’éliminer au maximum les contradictions et de reconnaître ouvertement celles qui demeurent, l’influence américaine continuera de s’effriter au profit du cynisme et autres idéologies néfastes.

Amériques
Plus près de chez eux, dans leur traditionnelle «cour arrière», les États-Unis devront gérer adéquatement leur perte d’influence en Amérique du Sud, ayant connu ces dernières années un virage à gauche massif, excluant presque seulement les deux alliés principaux dans la région que sont le Mexique et la Colombie.

Mais à part la Colombie, toujours aux prises avec des guérillas, et la Bolivie, avec les tensions autonomistes, l’Amérique latine est politiquement assez stable.

Hugo Chavez a été blessée par la perte de son référendum, mais quelques autres coups d’éclat diplomatiques, comme dans la crise des otages en Colombie, pourraient le relancer. Son affection pour l’Iran, Cuba, le Belarus et autres pays autoritaires ennemis de Washington, sa passion pour le communisme (qu’il présente en des termes plus vagues comme «socialisme du 21e siècle») et sa personnalité militaire sont différents ingrédients faisant de lui une bonne épine dans le pied de l’Oncle Sam.

Mais au-delà de la rhétorique et des divergences d’avenues politiques, les États-Unis sont, selon le site Internet du Département d’État américain, le principal partenaire commercial du Venezuela.

Asie
À l’ouest, la montée de la Chine est le phénomène le plus préoccupant. Il y a l’aspect militaire, que les deux pays tentent d’atténuer en se faisant quelques visites et courbettes, mais l’arme économique de Pékin paralyse l’administration américaine. Avec une réserve de dollars américains, estimée à 700 milliards en 2006, et la perte de vitesse du billet vert, une vente de feu pour acheter de l’euro ou du yen serait un désastre monumental pour les États-Unis, mais en retour aussi pour l’économie mondiale. L’économie chinoise étant encore largement dépendante des investissements étrangers et des exportations, le statu quo devrait tenir un certain temps.

Mais Washington sent que Pékin prend plus de place et un partage de l’hégémonie mondiale ne figure certainement pas dans les plans des stratèges de la Maison Blanche et du Pentagone. Surtout lorsque l’adversaire affectionne particulièrement les pays lui donnant du fil à retorde (Iran, Corée du Nord) ou stratégiquement importants (Asie centrale).

L’allié américain principal dans la région, le Japon, est pour sa part en train de tenter de se détacher un tant soit peu de sa relation de parrainage héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale, ou du moins de réclamer la place qui lui revient sur la scène internationale en tant que puissance économique et pays donateur principal. Si le Japon comprend toujours la nécessité de conserver l’actuelle protection américaine, une partie de la population et plusieurs politiciens ne veulent pas d’un Japon qui suit l’Amérique dans ses interventions militaires.

La décision, à la fin de 2007, de la Chambre haute du Parlement de ne pas renouveler la mission de ravitaillement de la marine japonaise dans l’océan Indien pour appuyer la guerre en Afghanistan en est un exemple. Mais cette décision vient d’être battue par la Chambre basse, signe des tensions internes et du poids de Washington.

La question nord-coréenne est également loin d’être réglée. Si le président Bush croyait bénéficier d’un vent diplomatique en sa faveur – avec les quelques promesses de l’obscur dictateur Kim Jong-il de démanteler son programme nucléaire – les derniers jours remettent sur la table le peu de soucis du régime communiste pour les échéances, et son hésitation ou son bluff à se départir de l’atout le plus important dans son arsenal de chantage.

La pacification de l’Afghanistan s’annonce dans les présentes conditions un échec, et cela est certainement lié à la faillite du Pakistan. L’attitude qu’adoptera le prochain président américain vis-à-vis cette région devra pouvoir inspirer d’autres membres de la communauté internationale à s’y impliquer sincèrement. Le maintien d’un dictateur au pouvoir au Pakistan pour empêcher une révolution islamiste, alors que le pays est une puissance nucléaire, est compréhensible d’un point de vue stratégique détaché. Mais la réalité sur le terrain est pleine de contradictions, alors que les sympathisants terroristes sont présents dans différents organes de l’administration.

Le refus du président Musharraf d’autoriser une enquête indépendante de l’ONU sur l’assassinat de l’ex-première ministre Benazir Bhutto, sous prétexte que son pays «n’est pas le Liban» – où l’interférence étrangère était considérée dans le cas de l’assassinat de Rafik Hariri – ne fait qu’alimenter les soupçons pesant sur lui et son entourage.

Si la carte américaine pour relancer le pays s’appelait Bhutto… En tous cas, cette relation Musharraf-Washington devra être examinée de près par le nouveau venu à la Maison Blanche. Déjà, des théories émergent sur le plan américain au Pakistan, les moins communes suggérant une balkanisation du pays pour mieux contrôler la région et ses ressources. C’est en fait ce qu’avance le professeur Michel Chossudovsky de l’Université d’Ottawa. Mais il prétend aussi que les services secrets pakistanais sont un «appendice de la CIA», qu’Al-Qaïda est une création de la CIA, et que cette dernière connaissait ou a été impliquée dans l’assassinat de Bhutto.

Proche et Moyen-Orient
Peu de gens arrivent à croire en la sincérité de l’administration Bush de vouloir rétablir la paix au Proche-Orient. Même en lui octroyant le bénéfice du doute, les jours, les semaines, les mois ont passé depuis la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza, et la profonde division au sein même de la société palestinienne, alimentant quotidiennement le ressentiment, rend toute solution négociée absolument fragmentée et non globale.

Quant à l’Irak, l’augmentation des troupes à Bagdad, appelée le surge, a vraisemblablement porté fruits avec une diminution des violences. L’écœurement de la population face aux attaques qu’on dit venir d’Al-Qaïda a aussi réussi à pousser certains groupes d’insurgés à changer leur fusil d’épaule et se rallier aux Américains. Mais tous les détails de ce revirement demeurent nébuleux.

Le candidat républicain John McCain, vétéran de la guerre du Vietnam, ne veut rien de moins qu’une victoire en Irak. Un choix motivé par la stratégie ou par le désir de ne pas voir son pays se retirer humilié encore une fois, difficile à dire.

Quant aux démocrates Clinton et Obama, ils souhaitent un retrait des troupes, mais seulement pour mieux lutter contre la menace terroriste, Obama suggérant ainsi un regain d’attention sur le Pakistan et l’Afghanistan, «le front principal dans notre guerre contre Al-Qaïda», a-t-il écrit dans un essai publié dans les pages du magazine Foreign Affairs.

Il n’y a donc pas d’issue facile, considérant qu’un Irak non sécuritaire est tout aussi dangereux qu’un Afghanistan bourré de talibans.

Quant à l’Iran, les récentes tensions dans le détroit d’Ormuz, où circule une large quantité du pétrole destiné à l’approvisionnement mondial, démontrent que quelques niaiseries de militaires zélés, d’un côté ou de l’autre, pourraient fournir l’excuse idéale à une démonstration de force, alors que la dernière estimation sur la sécurité nationale aux États-Unis a forcé Bush à modifier son discours sur la menace iranienne.

L’arrivée des démocrates au pouvoir pourrait amener un regain de diplomatie autour de la question iranienne, mais il ne faut pas se faire d’illusion, «l’option militaire est toujours sur la table». «Bien que nous ne devons pas éliminer l’option d’utiliser la force militaire, nous ne devrions pas hésiter à discuter directement avec l’Iran», écrit Barack Obama.

Dans la turbulence du monde, la puissance militaire demeure le gage du respect.

Afrique
Les États-Unis qualifient la crise au Darfour de génocide. Les actes ne suivent pas les paroles. La faute incombe-t-elle à l’ONU, embourbée dans ses querelles politiques? Dans ce cas, le réalisme politique l’emporte, alors que Bush sait qu’il peut agir unilatéralement sans l’aval des Nations Unies. Pourtant le Soudan est plein de pétrole. Mais dans ce cas, c’est la Chine qui s’en empare, moyennant matériel militaire et protection diplomatique.

La Somalie est un autre bourbier où les États-Unis ne sont pas très loin. L’idée d’autoriser une invasion – devenue occupation – des forces éthiopiennes visait à déloger les islamistes. Il fallait éviter une «talibanisation» du pays pouvant servir de repère au terrorisme international. C’est maintenant une crise qui pourrit, faisant quelquefois la manchette, mais qui sombre néanmoins dans l’indifférence.

Russie
«Non, non, oubliez une autre guerre froide», disent les autorités russes et certains experts. Mais le chemin parcouru par la Russie sous Poutine en est nécessairement un dont la trajectoire invite à la collision, à quelque part, à un moment donné. Du terrible dictateur Staline réhabilité au gel du Traité sur les forces conventionnelles en Europe, du contrôle des médias à l’écrasement de l’opposition, les actions de la nouvelle Russie ne peuvent qu’inviter à un rappel de mémoires pas si lointaines.

Les éléments du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque sont-ils vraiment pour contrer la menace iranienne, ou plutôt, comme soutient Moscou, une tentative d’encerclement de la Russie? Diplomatiquement, il semble important de faire la nuance, mais dans les faits, Washington peut certainement considérer la question globale comme un problème conjoint, Moscou et Téhéran étant actifs dans la coopération militaire, nucléaire, énergétique et politique.

Europe
Avec la perte d’influence des États-Unis, l’Europe a une chance en or d’assumer un leadership plus dynamique. À bien des égards, elle a encore, aux yeux du Sud, ce «je ne sais quoi» attribuable au passé colonial, mais sa voix unie qui ne résonne pas si fort pourrait prendre plus de place et véhiculer un message plus conséquent en matière de démocratie, de droits de l’homme et de bonne gouvernance.

L’encouragement de mise en pratique de ces principes ne peut être abandonné alors que le cynisme et les intérêts égoïstes prennent la place sous les projecteurs.

Les États-Unis et l’Europe peuvent continuer de mener dans le 21e siècle, mais ils doivent bâtir une force d’attraction qui résulte d’une mise en pratique des principes qu’ils prêchent.

http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/3274/31/

9/11 - Six ans après, l’Amérique n’est pas plus sûre

Le triste anniversaire du 11-septembre est maintenant devenu un rituel pour évaluer les progrès réalisés depuis les attaques contre le World Trade Center (WTC). D’année en année, les Américains se posent la même question: est-ce que notre pays est plus sûr? S’ils peuvent déclarer qu’aucun autre acte terroriste d’envergure n’a été perpétré depuis, grâce à une sécurité intérieure renforcée, le portrait à l’extérieur des frontières est des plus sombres et la menace toujours aussi élevée.

Faillite annoncée
La déclaration de «guerre à la terreur» du président américain, George W. Bush, quelques heures après les attentats contre le WTC, était un présage des années de chaos à venir : une solution militaire contre un ennemi non défini. Les résultats concrets de cette stratégie après six ans parlent d’eux-mêmes.

Philip H. Gordon, analyste senior chez le think tank de Washington Brookings Institution et ex-membre du Conseil de sécurité nationale américain, trace un portrait clair et cinglant des échecs ou défaillances des politiques de l’administration Bush dans son livre récemment paru, Winning the Right War: The Path to Security for America and the World.

«Six ans après le début de la “guerre contre la terreur”, les Américains sont moins en sécurité, nos ennemis sont plus forts et le point focal géographique du champ de bataille – le Moyen-Orient – est dangereusement instable», écrit-il.

Pour illustrer son point, il mentionne la guerre en Irak, qui coûte 300 millions de dollars par jour, où les pertes de tous les côtés montent toujours en flèche et où les États-Unis doivent maîtriser une insurrection en plus d’une guerre civile; le régime fondamentaliste en Iran est toujours bien en place, cherchant à se doter d’armes nucléaires, alimentant les conflits irakien et afghan et commanditant des groupes terroristes; la bande de Gaza est sous le contrôle du Hamas, organisation islamiste radicale; le Hezbollah est populaire au Liban, ayant déclaré sa «victoire» sur Israël à l’été 2006; la Syrie est dominée par une dictature antiaméricaine, alliée de l’Iran; et Israël n’a pas amélioré les relations avec aucun de ses voisins, les possibilités de paix étant bien loin.

À travers tout cela, M. Gordon remarque la faillite de l’autorité morale des États-Unis, qui sont de moins en moins respectés partout dans le monde, même par leurs alliés, et de plus en plus viscéralement détestés dans le monde arabo-musulman.

Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, respectivement ex-président et ex-vice-président de la commission américaine sur le 11-septembre, arrivent aux mêmes conclusions dans un article publié, le 9 septembre 2007, dans le Washington Post.

Ils écrivent : «Le progrès à domicile – dans notre capacité de détecter, prévenir et répondre aux attaques terroristes – a été difficile, incomplet et lent, mais il a été réel. À l’extérieur de nos frontières, toutefois, la menace d’un échec pèse [sur nous]. Nous faisons face à une vague de radicalisation et de rage dans le monde musulman, une tendance à laquelle nos propres actions ont contribué. La menace continuelle ne vient pas d’Oussama Ben Ladena, mais des jeunes musulmans sans travail ni espoir, qui en ont contre leurs propres gouvernements et qui voient de plus en plus les États-Unis comme un ennemi de l’Islam.»

Autorité morale
La perte d’autorité morale est aussi abordée par MM. Kean et Hamilton dans leur essai. Pour eux, elle a un nom : Guantanamo. «Aucun mot n’est plus empoisonné pour la réputation des États-Unis que Guantanamo», estiment-ils. Les deux hommes affirment que la prison devrait être fermée immédiatement et qu’une politique légale et viable internationalement devrait être instaurée pour restaurer la crédibilité américaine.

Mais au-delà de Guantanamo, il y a la guerre d’Irak déclenchée sans l’accord de la communauté internationale, le scandale de la prison d’Abu Ghraïb pour lequel aucune justice réelle n’a été accomplie et d’autres dérapages moindres ou inconnus.

Pour les critiques plus sévères, c’est un demi-siècle de politique étrangère questionnable, avec le soutien de régimes totalitaires en Amérique du Sud et ailleurs.

L’Amérique est-elle devenue «faible», comme le prétend Oussama Ben Laden dans sa dernière vidéo?

L’Irak draine
Une chose est certaine, l’Irak est en train de drainer les ressources américaines. Ces derniers jours ont été particulièrement périlleux, alors que tous attendaient le bilan du général Petraeus, en charge des forces américaines en Irak, supposé être déterminant dans la planification de la prochaine marche à suivre.

On se bat à Washington et dans les pages des grands quotidiens pour déterminer si la surge (surtension, augmentation drastique) de troupes à Bagdad a réussi à réduire les pertes de la coalition et les attaques interconfessionnelles. Car il s’agissait d’un tour de force, ou d’une obstination, que d’envoyer des milliers de soldats en plus en Irak alors qu’un mouvement très fort demande une réduction planifiée ou un retrait total.

On commence à critiquer aussi cette stratégie de mettre tous les œufs dans le même panier, tandis que des foyers terroristes comme l’Afghanistan sont aux prises avec un manque d’effectifs. L’importance accordée à l’Irak est aussi en train de rendre les États-Unis aveugles ou impuissants face à d’autres facteurs pouvant leur causer problème.

Par exemple, la politique de détente avec la Chine est peut-être ce qui pourrait faire le plus grand tort aux États-Unis. Le déficit commercial entre les pays est immense (200 milliards en 2005), en faveur de la Chine, et cette dernière possède un surplus de devises américaines d’environ 700 milliards. Non seulement l’économie américaine se voit-elle fragilisée, ou même projetée dans un état de dépendance, mais les investissements américains en Chine financent le réarmement de Pékin, elle qui vend massivement du matériel militaire aux pays ennemis des États-Unis, l’Iran en tête. Ces armes se retrouvent ensuite dans les mains d’insurgés qui tuent les soldats américains ou de l’OTAN.

Le fantôme Ben Laden
À la veille du 11-septembre, Ben Laden a refait surface pour donner la frousse aux Américains. Est-il vraiment l’homme le plus recherché de la planète? Si c’est le cas, plusieurs questions se posent et certaines d’entre elles se rapportent à l’éternelle question pakistanaise. Selon certaines informations, il serait réfugié dans les zones tribales de l’ouest du Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan. Les États-Unis considèrent toujours le régime du général Musharraf comme un allié.

Il y a division sur la mesure de la sincérité de ce pays, aux prises avec une panoplie de problèmes politiques et sociaux dont la montée de l’intégrisme radical est le plus sérieux.

Certains pourfendent le Pakistan, l’accusant d’immobilisme et critiquent sévèrement l’approche américaine. C’est le cas du journaliste britannique Robert Fisk, expert du Moyen-Orient et interviewé dans la dernière édition de la revue L’Actualité. Il avance que le Pakistan représente une bien plus grande menace que l’Iran, car il a déjà la bombe atomique, pourrait être victime d’un coup d’État islamiste et ces services secrets (l’ISI) devraient se retrouver sur la liste des organisation terroristes en raison de ses liens étroits avec les talibans et son appui d’actions politiques violentes à l’étranger.

Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton sont à peu près du même avis. Ils ont écrit dans leur rapport pour la Commission du 11-septembre qu’il était «impératif d’éliminer les sanctuaires de terroristes». «La plus grande menace à la jeune démocratie afghane vient de l’autre côté de la frontière pakistanaise, d’une résurgence des talibans. Le Pakistan devrait mener le bal dans la fermeture des camps et déraciner Al-Qaïda. Mais les États-Unis doivent agir si le Pakistan ne le fait pas», ont-ils écrit dans le Washington Post.

Mais il existe des avis contraires. Anthony C. Zinni, un général des Marines à la retraite, a écrit une lettre d’opinion dans le Washington Post également, intitulée Stand by Our Man in Pakistan. Il insiste qu’on devrait être moins rudes à l’égard du général Musharraf et reconnaître ses efforts déjà accomplis pour combattre le terrorisme. Selon lui, malgré les déficiences du régime, les États-Unis devraient continuer d’entretenir des bonnes relations avec ce pays et même d’en faire plus pour l’aider dans sa difficile tâche.

Et pour en revenir à Ben Laden, est-il autant dangereux qu’avant? Il est évident que l’organisation terroriste qu’il a mise sur pied continue à prospérer, mais certains analystes affirment qu’il n’a plus le même poids. La vraie menace proviendrait davantage de l’Égyptien Ayman Al-Zawahiri, lui qui a aidé à renflouer les coffres de l’organisation et qui mène une campagne de relations publiques beaucoup plus soutenue que «l’homme le plus recherché de la planète», qui doit vivre dans la clandestinité absolue.

Changement de cap
Comment les États-Unis pourront-ils gagner la guerre «juste», comme l’appelle M. Gordon, et ainsi réellement éliminer les menaces terroristes qui pèsent sur eux? Il entrevoit, dans son livre, une série d’actions loin d’être farfelues, mais qui nécessiteraient un leadership politique hors du commun.

Selon lui, l’Amérique a plus de chance de gagner cette guerre en «conservant sa force, sa cohésion et son attrait qu’en détruisant ses ennemis par les armes».

Il n’élimine pas la nécessité de continuer à mener des opérations militaires, mais pour lui aussi la question morale est centrale. Puis vient la question du pétrole : «La guerre juste demandera une réduction dramatique de la dépendance de l’Amérique au pétrole importé, qui en retour ne va pas seulement réduire le financement de ceux qui appuient le terrorisme, mais aussi promouvoir la démocratie au Moyen-Orient en retirant les pétrodollars qui permettent aux régimes de cette région d’opprimer leur population.»

Ajoutez à cela une médiation sincère au Proche-Orient. Essentiellement, M. Gordon avance que le combat doit se faire davantage dans le champ idéologique, prenant exemple sur la défaite du bloc soviétique de l’intérieur. L’idéologie terroriste prend racine dans des contextes particuliers qui ne sont pas du tout indépendants des événements et politiques locaux et internationaux.

Conspirations
Le 11-septembre est également l’occasion de rappeler que les théories de conspirations sur l’événement vont toujours bon train. Un bon nombre de gens croient que ces attentats ont été perpétrés par l’administration Bush elle-même, dans le but de se donner des raisons pour renforcer son contrôle sur la population et mener des guerres à l’étranger.

Quoi qu’il en soit, Ben Laden semble croire que c’était bel et bien une œuvre de son camp, comme mentionné dans sa dernière vidéo : «Bien que l’Amérique détienne la plus grande puissance économique et qu’elle possède l’arsenal militaire le plus grand et le plus sophistiqué […], dix-neuf jeunes ont réussi, avec la volonté de Dieu, à dévier sa boussole.» Quoique certains disent que Bush et Ben Laden sont copains…

http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/2436/31/

Le clivage US-Russie s’élargit

Dîners de homards et coquettes promenades en bateau le long de la côte du Maine, plus tôt cet été, n’ont pu briser la glace entre messieurs George W. Bush et Vladimir Poutine. Sans être alarmante, l’escalade de la tension entre les faux amis et vieux rivaux nous réserve de nouvelles surprises chaque semaine. Dans le dernier épisode de la saga, le président russe a annoncé, le 17 août dernier, la reprise des vols permanents de bombardiers stratégiques, une pratique qui avait été délaissée suite à l’effondrement de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie. La plupart des analystes s’abstiennent de parler de nouvelle guerre froide, mais peu nient le caractère de plus en plus frisquet des relations Washington-Moscou.

«J’ai décidé de relancer les vols opérationnels de l’aviation stratégique russe. Quatorze avions porte-missiles stratégiques, avions d’appui et ravitailleurs ont décollé de sept aérodromes russes vendredi à minuit. Vingt avions assurent un service opérationnel en permanence», a déclaré M. Poutine, rapporte l’agence russe Ria Novosti.

La Russie a maintenant les reins assez solides pour reprendre ces opérations et M. Poutine se justifie en faisant remarquer que les vols stratégiques d’autres pays – pour ne pas nommer les États-Unis – n’ont, eux, jamais cessé.

Quelques jours plus tôt, avant l’annonce de la reprise des vols de la Russie, deux bombardiers russes Tu-95 s’étaient approchés de la base militaire américaine sur l’île de Guam, dans l’océan Pacifique. Selon le major-général russe Pavel Androsov cité par la BBC, les équipages des Tu-95 ont «échangé des sourires» avec les pilotes des chasseurs américains.

«Nous étions préparés à intercepter les bombardiers, mais ils ne se sont pas assez rapprochés d’un vaisseau de la US Navy ou de l’île de Guam pour devoir ordonner une interception en plein vol», a expliqué un porte-parole du Pentagone.

Ces nouvelles activités de l’aviation russe n’ont pas suscité de vives réactions de la part des États-Unis, bien que ces Tu-95, aussi appelés Bear dans le langage de l’OTAN, aient la capacité de transporter des missiles nucléaires.

Le porte-parole du Département d’État américain, Sean McCormack, lors d’un point de presse le 9 août dernier, était peu impressionné par ce déploiement russe, blaguant que «ces machins [de la guerre froide] peuvent encore voler?»

Arrogance d’une super-puissance ou simple bluff, peu importe. Le Pentagone devra à présent gérer un mouvement militaire de plus venant de son «ami hostile». Les avions de chasse de l’OTAN devront sortir plus souvent, «comme dans le bon vieux temps», pour escorter les gros Bear qui font du zèle, frôlant les frontières et espaces aériens proscrits.

Cette affirmation par les airs de Moscou vient peu de temps après son coup d’éclat dans les glaces du pôle Nord, où ses sous-marins ont planté un drapeau russe en titanium. L’expédition russe avait pour but d’amasser des preuves démontrant que cette région leur appartient. Ce petit drapeau va donc beaucoup plus loin que le symbole, alors que la fonte des glaces causée par le réchauffement climatique a créé un tout nouveau champ de bataille où des ressources immenses n’attendraient que d’être exploitées par quelconque multinationale ou superpuissance.

Donc, si en apparence les États-Unis se montrent peu concernés par l’avancée russe, ils ne font peut-être que masquer leurs inquiétudes. La question de l’installation d’éléments du système de bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque, supposément pour pallier à une éventuelle frappe de l’Iran, est perçue comme un affront direct par Moscou. Il s’agit vraisemblablement de la pomme de discorde la plus acide entre les deux puissances, qui a déclenché cette vague d’actions significatives de la Russie, notamment le gèle de sa participation au traité sur les Forces conventionnelles en Europe le 14 juillet dernier.

L’ours russe se sent menacé. «Il est bien que nous ayons enfin renoncé au point de vue selon lequel personne ne nous menace. La réalité atteste juste le contraire», commente le général russe Deinekine à Ria Novosti, concernant la reprise des vols de bombardiers stratégiques.

Les États-Unis menacent-ils vraiment la Russie? Il semble difficile de le démontrer concrètement. La menace pour Moscou provient davantage du rapprochement à l’Occident et de l’adhésion à l’OTAN d’anciennes républiques soviétiques. La perte de cette zone d’influence nuit à l’expansion de la puissance russe, dernièrement décuplée par l’immense secteur gazier directement sous contrôle étatique.

Le processus de réarmement et de reconstruction des forces armées va aussi bon train. Depuis le début du mois d’août seulement, Vladimir Poutine a visité une nouvelle station radar ultramoderne dans la région de Leningrad faisant partie du système antimissile; le chef de l’État-major des forces armées russes, Iouri Balouïevski, a annoncé qu’une vingtaine de divisions seraient dotées de missiles sol-air S-400 avant 2015, renforçant ainsi le bouclier antimissile russe; et il a été annoncé que, d’ici 2009, les forces aériennes seront équipées de bombardiers tactiques Su-34 de la génération «4+».

Cette production massive d’armement n’est pas seulement destinée à l’intérieur des frontières. La Russie est, avec la Chine, le plus gros fournisseur de matériel militaire à l’Iran, accusé de semer la pagaille dans les théâtres opérationnels américains ou de laisser filer des armes dans les mains d’organisations terroristes. Un autre pays à couteaux tirés avec Washington, la Syrie, aurait, selon divers rapports, reçu une première livraison de missiles russes antiaériens Sa-22 E, avant même qu’ils soient déployés en Russie, selon le Jerusalem Post. Les liens entre le Hezbollah et Damas sont souvent décriés, de même que le passage d’insurgés traversant en Irak par la Syrie.

Selon la commentatrice politique russe de Ria Novosti, Marianna Belenkaya, de telles ventes sont parfaitement justifiables et devraient être encouragées. Elle estime qu’il est mieux que ces régimes obtiennent des armes provenant de vendeurs «respectables» comme la Russie. Elle avance que les armes que vendent les États-Unis à l’Arabie saoudite ou à l’Égypte peuvent tout aussi bien se retrouver dans les mains de terroristes. Elle fait remarquer également le récent rapprochement de la France avec le régime libyen de Kadhafi, ancien ennemi de l’Occident, à qui l’on vend maintenant massivement des armes et qui construira une centrale nucléaire.

OCS
Ayant perdu en grande partie l’Europe de l’Est, la Russie se replie dorénavant sur ses anciennes républiques d’Asie centrale. Avec celles-ci et son ancien ennemi chinois, rassemblés dans l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ils conduisent au mois d’août de vastes exercices militaires conjoints.
Le 17 août, M. Poutine et le dirigeant chinois, Hu Jintao, étaient réunis dans une région russe éloignée pour observer le travail de leurs militaires et machines de guerre. Les chefs d’État des autres pays (Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan) étaient également présents. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, membre observateur de l’organisation, a fait savoir son désir de rejoindre en bonne et due forme les rangs de ce regroupement militaire visant à combattre «le terrorisme» et «l’extrémisme».

Des pays riches en carburants fossiles associés à des pays rêvant de puissance mondiale ainsi que des armes qui s’écoulent vers des forces non conventionnelles qui combattent l’Occident, voilà un cocktail explosif dans les pattes de Washington et de l’OTAN.