Falun Gong : appel à l’aide sur la Colline parlementaire

OTTAWA – La persécution de la discipline spirituelle Falun Gong dure depuis bientôt dix ans en Chine, mais la tenue des Olympiques à Pékin en août prochain serait devenue un prétexte pour accélérer son élimination. C’est le message qu’ont livré une centaine de manifestants sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 2 mai dernier. Amnesty International, un député libéral et un ex-diplomate canadien ont appuyé les allégations, tout en demandant une action du gouvernement canadien et de la communauté internationale.

Selon un communiqué diffusé par l’Association du Falun Dafa [Falun Gong] du Canada (AFDC), au moins 1878 pratiquants de Falun Gong auraient été arrêtés en Chine depuis janvier 2008. Cette vague d’arrestations massives serait alimentée par un système de récompenses mis en place par le régime : les individus livrant de l’information sur les pratiquants de la discipline recevraient une somme d’argent allant jusqu’à 650 $.

Un de ces cas d’arrestation a été rapporté par le journal britannique Times. Le pratiquant de Falun Gong et populaire musicien folk Yu Zhou a été arrêté après un concert et torturé à mort en janvier dernier. Les autorités ont dit à sa famille qu’il était mort du diabète, alors qu’il n’avait pas cette maladie, et ont insisté pour incinérer sa dépouille rapidement.

Le prétexte olympique

Les Jeux olympiques ont été octroyés à la Chine en 2001, soit à un moment où la persécution contre le Falun Gong était à son paroxysme. Tandis que Pékin promettait l’amélioration des droits de l’homme, ses dirigeants maintenaient leur objectif d’éliminer la discipline spirituelle pour nettoyer le pays des «ennemis de l’État».

La campagne de propagande massive dont sont victimes les Tibétains et le Dalaï-lama dernièrement, visant à les marginaliser et à les diaboliser, est très semblable à ce que les pratiquants de Falun Gong subissent depuis 1999. «Des millions de pratiquants ont perdu leur emploi, leur domicile, leur éducation et leurs droits fondamentaux, on les a incarcérés et torturés pour les forcer à abandonner leur croyance. Aucun avocat n’a le droit de les représenter et ceux qui sont intervenus en leur faveur croupissent dans les goulags chinois», écrit l’AFDC dans son communiqué.

Malgré cette répression, «l’esprit humain ne peut être écrasé», estime le député libéral à Ottawa Borys Wrzesnewskyj. Dans son allocution prononcée lors du rassemblement, il a fait remarquer que les protecteurs actuels de la torche olympique, les paramilitaires chinois en vêtements bleus, sont de la même unité responsable du massacre sur la place Tiananmen en 1989. Le climat est donc malsain et imprégné de totalitarisme. M. Wrzesnewskyj espère que les Jeux seront un catalyseur pour la liberté en Chine.

Ce député a récemment présenté un projet de loi privé ayant pour objectif de contrer le trafic d’organes. Un geste visant, entre autres, à assurer que les Canadiens ne puissent aller en Chine pour recevoir une transplantation d’organe, car des prisonniers y sont exécutés – y compris des pratiquants du Falun Gong – pour alimenter le marché.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, a tracé un sombre portrait de la situation des droits de l’homme en Chine depuis 2001 et, particulièrement, dernièrement. Selon lui, les «améliorations ont été minimales» et, «en général, c’est extrêmement inquiétant». Il note les violations qui ont lieu directement à cause des Olympiques, comme l’emprisonnement de militants des droits de la personne et des personnes déplacées brutalement pour la construction des installations. Il déplore également «les efforts très minimes de la communauté internationale» pour faire avancer les choses.

M. Neve met aussi en cause les responsables du Comité olympique canadien qui ont fermé toutes les portes à une discussion au sujet des droits de l’homme, se défendant que ce n’est pas leur tasse de thé. Puis les responsables du Comité international olympique se terrent dans la position que «les Olympiques ne devraient pas être mélangées à la politique.» Mais Alex Neve estime qu’il faut faire la différence entre droits de l’homme et politique et il rappelle que les principes de respect de la dignité humaine sont à la base du mouvement olympique et de sa Charte.

De Berlin 1936 à Pékin 2008

Différents analystes et politiciens ont souligné des similitudes entre les Olympiques de Berlin 1936 et ceux de Pékin 2008. Régimes totalitaires de propagande massive, persécutions internes de toutes sortes visant minorités ethniques, groupes religieux et dissidents, mouvement de militarisation effréné, etc.

Un député conservateur, Rob Anders, a fait la comparaison dernièrement et s’est fait vilipender par différents défenseurs du régime chinois et des relations commerciales que le Canada a avec lui.

Brian McAdam, un ex-diplomate canadien posté à Hong Kong ayant perdu son poste pour avoir dénoncer la corruption de la mission canadienne, juge la comparaison d’Anders «absolument exacte». Selon lui, l’attitude complaisante du Canada envers le régime chinois provient d’une «longue histoire de premiers ministres» tissant des liens avec le Parti communiste chinois (PCC) et de médias ne rapportant pas la vérité. Il souligne que Mao Zedong a tué beaucoup plus de gens que Hitler et Staline ensemble. L’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau n’avait-il pas cette admiration pour Mao, ayant fraternisé avec lui durant ses années au pouvoir?

Selon le site de Federal Accountability Initiative for Reform, la «carrière de 30 années de M. McAdam aux Affaires étrangères s’est terminée brusquement en 1993 après qu’il a exposé la corruption au consulat canadien à Hong Kong et l’infiltration du crime organisé et des espions chinois au Canada.»

Pour Xun Li, président de l’AFDC, la persécution actuelle est une «violation de l’esprit olympique». Quant aux messages du PCC disant qu’un accent mis sur les droits de l’homme «politise les Jeux», M. Li dit qu’il faut «cesser d’être trompés par une telle propagande». Il a fait remarquer qu’en 1936, la communauté internationale s’est défendue en disant qu’elle ne savait pas ce qui se préparait en Allemagne nazie, tandis qu’aujourd’hui, on sait fort bien ce qui se passe en Chine mais on refuse d’agir. «Le Canada ne doit pas porter la honte d’échouer de voir à travers le mal», a-t-il déclaré en conférence de presse.

MM. Li et Neve croient que le Canada devrait prendre les devants dans ce dossier. «Pas un jour ne devrait passer sans que nous fassions pressions sur la Chine sur la question des droits de l’homme», suggère Alex Neve. Selon lui, il s’agit d’un geste politique que de demeurer silencieux sur la question.

La Chine a-t-elle décidé de mettre ses menaces à exécution ?

Le passage du Dalaï-lama, cet automne, dans quelques pays occidentaux avait provoqué une tempête diplomatique. Trois chefs d’État de pays du G7 l’avaient rencontré, en adoptant tous des protocoles différents, mais recevant tous la même dose de furie provenant du régime communiste chinois. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a rencontré le chef spirituel en privé. Aux États-Unis, ce dernier a reçu une haute distinction du Congrès américain, et le président George W. Bush s’est montré en public en sa présence. Au Canada, le premier ministre Stephen Harper a accueilli le Dalaï-lama dans son bureau du parlement. Ottawa remporte la palme de la rencontre la plus officielle parmi les trois.

Partout, analystes économiques et gens d’affaires ont sonné l’alarme, craignant que les relations diplomatiques s’enveniment et que les opportunités commerciales subissent les contrecoups. De l’autre côté, se liguaient les défenseurs des droits de l’Homme. On exprimait la nécessité de ne pas céder aux menaces d’un pays étranger, en l’occurrence une dictature, et on démontrait que, par le passé, les menaces du géant chinois n’étaient que des coquilles vides.

Alors qu’au Canada, rien jusqu’à maintenant n’a laissé entrevoir des mesures de rétorsion de la part de la Chine (du moins rien n’en fait mention dans les nouvelles), l’Allemagne subit des ondes de choc qui viennent ébranler sa politique intérieure. Les États-Unis aussi se sont butés, la semaine dernière, à un coup d’éclat diplomatique lorsque les autorités chinoises ont refusé à une flotte de la US Navy d’accoster à Hong Kong à l’occasion de l’Action de grâce américaine.

Le USS Kitty Hawk rebrousse chemin
Le 21 novembre, le porte-avions Kitty Hawk de la marine américaine, ayant à son bord 8000 personnes, devait accoster à Hong Kong, une procédure routinière, pour une pause de cinq jours à l’occasion de Thanksgiving. Les familles des marins étaient arrivées par avion dans l’ancienne colonie britannique avec espoir de passer du bon temps en compagnie de leur proche militaire. Tout cela était prévu bien à l’avance et tout était en règle jusqu’à ce que le ministère des Affaires étrangères chinois retire l’autorisation d’accoster.

Immédiatement, journaux et analystes ont commencé à soulever différentes hypothèses pour ce refus soudain, car Pékin s’est fait complètement avare de commentaires : aucune déclaration publique, aucune explication auprès des Américains.

Le Los Angeles Times a soulevé ces interprétations : la colère de Pékin au sujet de la rencontre du président Bush avec le Dalaï-lama; la colère au sujet de l’annonce d’une amélioration de la batterie antimissile Patriot II de Taiwan, une valeur de 940 millions de dollars; le désir d’envoyer un message avant les élections imminentes à Hong Kong et une vengeance par rapport à un récent rapport aux États-Unis qui décrit les activités d’espionnage de la Chine en sol américain comme l’une des plus importantes menaces.

Le lendemain, Liu Jianchao, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, a déclaré aux journalistes que Pékin avait changé d’avis, justifiant la décision comme étant seulement le fruit de «considérations humanitaires», rapporte le LA Times.

Mais le mal était déjà fait, car la flotte américaine avait déjà décidé de rebrousser chemin, regagnant sa base navale à Yokosuna, Japon.

Merkel sous pression
La chancelière allemande, Angela Merkel, fait face aux pressions dernièrement, en raison de sa «position de principes» sur la Chine. En plus du milieu des affaires qui s’est alarmé de l’annulation de la visite en Chine du ministre des Finances, Peer Steinbrück – sous le prétexte que son homologue était trop occupé pour le recevoir – l’ex-chancelier Gerhard Schröder a qualifié «d’erreur» la rencontre entre Merkel et le Dalaï-lama. M. Schröder avait privilégié, durant son mandat, une politique étrangère axée sur les contrats et les profits, adoptant, entre autres, un ton très amical envers la Russie. Ceci lui avait valu l’amitié du président Vladimir Poutine et un poste à la direction de la compagnie d’État russe, Gazprom, immédiatement après avoir quitté la politique allemande.

En plus de l’annulation de la visite de M. Steinbrück, Pékin a annulé une série de rencontres bilatérales avec Berlin, notamment sur le nucléaire iranien. Merkel fait donc face aux frondes de membres de son propre gouvernement, eux qui croient qu’il vaut mieux cultiver de bonnes relations avec la Chine pour que cette dernière agisse positivement dans le dossier iranien.

Mais Merkel a défendu vigoureusement, la semaine dernière, sa rencontre avec le chef spirituel tibétain rappelant l’importance de mener une politique étrangère qui soit digne. «Comme chancelière, c’est à moi seule de décider qui je reçois, qui je ne reçois pas et où», a-t-elle affirmé au quotidien allemand Bild, selon l’AFP. «Le mieux serait que les dirigeants chinois cherchent eux-mêmes le dialogue avec le Dalaï-lama qui demande l’autonomie culturelle pour le Tibet et la garantie des droits de l’Homme», a-t-elle ajouté.

La crainte la plus viscérale pour les dirigeants chinois, mise à part une révolte massive de leur propre population, est que les pays étrangers adoptent de plus en plus ce genre de discours et ce genre d’actions. Habitués aux rencontres à huis clos où il est plus difficile de «perdre la face», un discours renforcé pour la défense des droits de l’Homme – particulièrement avec l’approche des Jeux olympiques de 2008 – est terriblement négatif pour eux qui souhaitent que cet événement célèbre l’aboutissement de la «montée de la Chine».

Les récents événements en matière de représailles démontrent que la Chine peut mettre ses menaces à exécution, mais il est peu probable que l’intimidation puisse adoucir les relations. Il y a de moins en moins de tabous sur l’espionnage de la Chine, qui rafle les palmarès de plusieurs pays, il y a une méfiance plus grande par rapport au Made in China, et l’indignation stimulée par les promesses non tenues en matière de droits de l’Homme et de liberté de presse avant les Jeux olympiques sont un cocktail explosif qui promet une drôle de fête en août prochain.

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