Pékin lance ses acolytes dans une lutte préolympique

Les évènements violents entourant le relais de la torche olympique ne se sont pas complètement éteints avec la fin de sa tournée internationale. Après le tremblement de terre dans la province du Sichuan le 12 mai dernier, le gouvernement chinois a propagé dans ses médias que les pratiquants de la méthode de méditation Falun Gong interfèrent avec les collectes de fonds pour venir en aide aux victimes.

Ces allégations incitent, depuis plus de deux semaines, des Chinois de la diaspora sympathique au régime de Pékin à attaquer physiquement et verbalement les pratiquants de Falun Gong dans les communautés chinoises. Ces pratiquants sont habituellement identifiables par les activités de sensibilisation qu’ils tiennent pour dénoncer la persécution dont ils sont victimes en Chine.

Le quartier chinois de Flushing (New York), entre autres, a été la scène de multiples attaques violentes. La police new-yorkaise (NYPD) a d’ailleurs procédé à au moins six arrestations, dont trois pour troubler l’ordre public et trois pour voies de fait. Le NYPD a même dû ériger des clôtures pour empêcher des hordes de Chinois en colère de s’attaquer aux pratiquants de Falun Gong.

Ces derniers ont convergé par centaines sur Flushing, le 31 mai dernier, pour tenir une activité visant à apaiser les tensions et ils ont demandé aux Chinois du quartier de ne pas croire les allégations du régime chinois.

«Qui peut interférer avec vous si vous voulez donner de l’argent [aux victimes du séisme]? Vous pouvez donner de l’argent sur Internet et dans plusieurs endroits. Les rumeurs du Parti communiste chinois [PCC] sont ridicules», a déclaré dans un discours Sen Yang, président de l’Association du Falun Gong des États-Unis. «Toute la persécution [du Falun Gong] est basée sur des mensonges. Maintenant, ils essaient d’exporter ces tactiques dans ce pays.»

Malgré le dispositif de sécurité, des insultes sont constamment proférés et de multiples incidents isolés surviennent, les pires concernent des menaces de mort et des personnes âgées bousculées ou battues.
Le cas de Judy Chen, une dame dans la cinquantaine, semble être typique parmi les différents rapports. Elle a raconté son expérience personnelle à un journaliste de La Grande Époque à New York. Alors qu’elle se tenait à un kiosque d’information dénonçant la dictature chinoise, elle a été prise à partie : «Ils nous ont insultés, disant que nous sommes des traîtres, que nous ne sommes pas Chinois et que nous devrions mourir […] Ils nous ont aussi craché dessus et lancé des pierres.»

Mme Chen a par la suite été attaquée physiquement. Elle se rappelle : «Vers 11 h, une femme d’âge moyen a commencé à nous insulter. Lorsque j’ai voulu prendre une photo d’elle, la femme a essayé de m’arracher ma caméra. Lorsque j’ai essayé de protéger ma caméra, elle m’a battue.»

«Elle m’a frappé à la tête, agrippé le cou, tiré la main et m’a donné un coup de poing; c’était rude et assez atroce […] Ensuite, elle s’est éloignée en disant : “Tu es Américaine, je n’ai pas peur de te tuer”. Un homme à ses côtés a ajouté : “Tu as intérêt à faire attention, je vais te tuer. Je veux voir ton visage clairement, je veux te tuer”.»

Chez les victimes, il ne fait aucun doute que le régime chinois tente d’exporter sa persécution à l’étranger et, d’après eux, le haut dirigeant chinois Zhou Yongkang pourrait être derrière tout ça. Zhou Yongkang a déjà déclaré, selon Amnesty International : «Nous devons nous efforcer de créer une société harmonieuse et un bon environnement social pour la bonne tenue du 17e Congrès du Parti communiste et des Jeux olympiques de Pékin [...] Nous devons frapper les forces hostiles à domicile et à l’étranger, comme les séparatistes ethniques, les extrémistes religieux, les violents terroristes et les organisations hérétiques, comme le Falun Gong, qui prennent part à des organisations de déstabilisation.»

Si l’intervention directe de ce dirigeant communiste est difficile à prouver, celle des missions diplomatiques l’est maintenant de moins en moins.

Selon une conservation téléphonique rendue publique entre le consul général de Chine à New York, Peng Keyu, et un enquêteur se faisant passer pour quelqu’un d’autre, M. Peng aurait un rôle de premier plan dans l’organisation de la violence à Flushing. Il aurait déclaré : «… nous devons être très prudents avec ce genre de chose! Autrement, les gens vont dire que le consulat chinois est derrière cela, manipulant les gens. Certains de nos hommes étaient parmi la foule et se sont rapportés à moi après coup. Je suis très familier avec ceci! Mais nous les encourageons secrètement!»

Chen Yonglin, ex-diplomate du consulat chinois de Sydney, en Australie, estime qu’il s’agit d’un «des plus gros scandales diplomatiques du Parti communiste chinois (PCC) depuis l’établissement de son régime». Néanmoins, les autorités américaines ne sont pas encore intervenues, si ce n’est que l’envoi d’une présence policière massive sur les lieux pour réduire les agressions.

«Les consulats contrôlent les Chinois locaux pour diviser la communauté chinoise et ils n’ont jamais cessé d’inciter à la haine. La stratégie du PCC est d’utiliser les Chinois pour infiltrer la société de manière à conserver son contrôle. De cette façon, il peut contrer l’opposition à son pouvoir tout en trompant la communauté internationale. Nous, les gens de Chine, le savons tous et ça s’appelle le “front uni”», ajoute M. Chen dans une entrevue avec la Radio Son de l’Espoir.

«D’après moi le responsable consulaire chinois qui a orchestré tout cela devrait être expulsé des États-Unis. Il ne devrait pas essayer de museler la liberté d’expression aux États-Unis. Il ne devrait certainement pas essayer d’intimider des citoyens quelconques», suggère pour sa part David Matas, avocat canadien spécialiste des droits de l’homme.

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Répression olympique
On a beaucoup écrit au sujet du prétexte des Jeux olympiques pour amplifier la répression en Chine et les récentes violences pourraient être un signe que Pékin cherche à faire taire les critiques même à l’extérieur de ses frontières.

Tous les groupes habituellement persécutés par le régime chinois ont signalé une augmentation des abus alors que le pays cherche à tout prix à garantir «l’harmonie sociale». Même son de cloche, que ce soit chez les musulmans ouighours, accusés régulièrement et sans preuve de fomenter des attentats terroristes; les Tibétains, sévèrement réprimés ce printemps et eux aussi accusés de terrorisme; ou les pratiquants de Falun Gong, victimes d’une récente vague massive d’arrestations.

Ces purges ne touchent pas seulement les ethnies ou les groupes religieux, mais aussi les célèbres défenseurs des droits de l’homme comme Hu Jia, emprisonné pour subversion, et l’avocat Gao Zhisheng, dont on est sans nouvelle depuis son enlèvement par le régime. Autant Amnesty International, Human Rights Watch que Reporters sans frontières soulignent que le gouvernement chinois, plutôt que de tenir sa promesse de s’améliorer avant les Olympiques, s’est plutôt servi des Jeux pour opprimer davantage la population.

Une torche qui met le feu aux poudres
La tenue des Olympiques en Chine a créé cette tribune pour les personnes désirant attirer l’attention sur une cause touchant le respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine.

Dès le début du relais de la flamme olympique en Grèce, différents actes ont été posés pour signifier que la tenue des Jeux dans un pays ne respectant pas certains principes olympiques est difficile à accepter. Mais une stratégie exhaustive a également été mise en branle par le régime chinois pour contrer les critiques, autant au niveau de l’information que sur le terrain.

Après avoir «perdu la face» dans les étapes du relais de Londres et de Paris, le gouvernement chinois a engagé un front commun par l’entremise de ses missions diplomatiques. La manifestation la plus évidente de cette politique a été les «armées du peuple» mobilisées en Australie, au Japon et en Corée du Sud pour «protéger la flamme olympique». Des milliers de Chinois, dont beaucoup d’étudiants, ont été transportés par autobus nolisés vers les lieux du relais pour opposer une présence physique aux manifestants anti-régime chinois et pro-Tibétains.

Beaucoup de ces manifestants ont été injuriés et battus par des partisans du régime de Pékin. Les plus graves cas sont survenus à Séoul, en Corée du Sud, où des pro-Tibétains ont été lynchés par des hordes de Chinois en colère. La tension a frôlé l’incident diplomatique entre la Chine et la Corée du Sud, alors que Séoul a promis d’expulser les Chinois impliqués.

Nationalisme?
Comme beaucoup d’observateurs avaient prédit, les critiques formulées contre le régime chinois ont été utilisées par ce dernier pour stimuler une forme de nationalisme parmi la population chinoise. Cette forme de nationalisme ne soude pas les gens ensemble derrière un objectif commun pour la défense d’un idéal, mais plutôt derrière le régime.

Ceci peut être démontré par l’épisode où le gouvernement chinois a demandé des excuses formelles de la part du réseau américain CNN. Un des analystes du réseau, commentant la répression au Tibet, avait qualifié les dirigeants communistes chinois de «malfrats». Pékin a alors affirmé que les déclarations de l’analyste avaient «heurté les sentiments du peuple chinois», et a stimulé une campagne virulente de critiques des médias occidentaux à laquelle bon nombre de Chinois ont pris part. CNN a précisé que les critiques de son analyste visaient le régime et non le peuple chinois, mais cela n’a pas désamorcé la crise.

Un sentiment anti-occidental exacerbé pourrait causer des problèmes aux autorités chinoises en août prochain, alors que des milliers d’athlètes, de touristes et de journalistes vont se rendre dans la capitale chinoise pour les Jeux. Le régime se fait souvent prendre dans ce jeu d’agitation. Ce fut le cas lors des manifestations antijaponaises en 2005 puis, plus récemment, avec le mouvement antifrançais.

Mise en garde sur les vols d’organes en Chine

Lors d’un forum, qui a eu lieu à Montréal le 9 mai dernier, sur le prélèvement illégal d’organes et les violations des droits de l’homme en Chine, deux experts ont partagé leurs connaissances du sujet et ont dénoncé cette pratique qui aurait, jusqu’à maintenant, coûté des dizaines de milliers de vies.

Plus de 40 000 transplantations dont la source des organes est non documentée auraient été pratiquées ces dernières années en Chine, a révélé David Kilgour, ex-député fédéral. Selon une enquête qu’il a réalisée avec David Matas, avocat spécialiste des droits de l’homme, les pratiquants de la discipline spirituelle Falun Gong feraient largement les frais de ces vols d’organes, en raison de leur état de santé au-dessus de la moyenne et de la persécution dont ils sont victimes.

Le régime chinois veut éradiquer le Falun Gong depuis 1999. Ainsi, des centaines de milliers de pratiquants de la discipline ont été envoyés dans des prisons, des centres de détention, des centres de lavage de cerveaux et des camps de travail forcé.

Un survivant du système répressif chinois était présent à ce forum et a livré son expérience personnelle. M. Wang a été arrêté plusieurs fois et envoyé dans ces différents lieux où l’on tente de briser l’esprit humain tout en exploitant la force de travail. Il aurait lui-même été forcé de fabriquer des articles composés de produits chimiques dangereux pour la santé et d’autres produits destinés à l’exportation, comme des objets décoratifs.

M. Wang a également raconté comment lui, et les autres pratiquants de Falun Gong incarcérés, avait subi des examens médicaux approfondis. Pourquoi se souciait-on de notre santé alors que, innocents, nous étions emprisonnés, se demandait M. Wang à l’époque.

M. Wang a dit que c’est après avoir pris connaissance du rapport d’enquête Prélèvements meurtriers de Kilgour-Matas, publié en 2006, qu’il a compris que les tests médicaux servaient à établir une base de données pour d’éventuelles transplantations. C’est ce qui explique la rapidité avec laquelle on peut obtenir une transplantation d’organe en Chine. Alors que plusieurs mois, voire des années, sont nécessaires dans les autres pays, le temps d’attente en Chine peut être aussi court que deux semaines.

Un reportage de CNN a démontré ce fait. Un Américain s’est rendu en Chine pour une transplantation. L’hôpital où il faisait affaire lui a remis un téléavertisseur. Lorsqu’on trouverait un organe compatible, le téléavertisseur sonnerait. En attendant l’organe, il pouvait aller prendre du bon temps, visiter les lieux, magasiner, etc. Seulement quelques jours ont suffi. «Organe sur commande», mais le «donneur» en est probablement mort et de gros sont encaissés par les hôpitaux qui participent à cette histoire d’horreur.
Selon M. Kilgour, ces atrocités sont imputables à la «combinaison meurtrière d’un gouvernement totalitaire et du capitalisme sauvage».

Dr Gerry Koffman, responsable canadien de l’organisation Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH) – une organisation qui regroupe des médecins contre les prélèvements d’organes sans consentement – a également élaboré sur le sujet, notant que la «plupart des organes en Chine proviennent de donneurs non consentants». En effet, le don d’organe ne fait pas partie de la culture du peuple chinois. Selon Dr Koffman, les prélèvements forcés sur les pratiquants de Falun Gong équivalent à un génocide. «Je suis Juif et de nombreux membres de ma famille sont morts dans les camps de concentration nazis. Face à de telles atrocités, ma conscience m’interdit de rester silencieux», explique-t-il.

DAFOH a pour mission de sensibiliser le corps médical aux problèmes éthiques des transplantations en Chine. Parmi ses revendications, il insiste qu’on ne devrait pas permettre à des chirurgiens chinois d’étudier la transplantation à l’étranger, de peur qu’ils n’utilisent leurs techniques pour commettre ces crimes contre l’humanité. Aussi, l’organisation demande un accès, sans restriction, aux prisons et hôpitaux chinois pour enquêter.

M. Kilgour juge qu’avec les Jeux de Pékin en août, le moment est idéal pour faire pression sur le régime chinois.

Il a aussi souligné que les autorités chinoises ont été incapables de contrer un seul des 32 éléments de preuve documentant les prélèvements d’organes forcés dans son rapport d’enquête (http://organharvestinvestigation.net/)

Falun Gong : appel à l’aide sur la Colline parlementaire

OTTAWA – La persécution de la discipline spirituelle Falun Gong dure depuis bientôt dix ans en Chine, mais la tenue des Olympiques à Pékin en août prochain serait devenue un prétexte pour accélérer son élimination. C’est le message qu’ont livré une centaine de manifestants sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 2 mai dernier. Amnesty International, un député libéral et un ex-diplomate canadien ont appuyé les allégations, tout en demandant une action du gouvernement canadien et de la communauté internationale.

Selon un communiqué diffusé par l’Association du Falun Dafa [Falun Gong] du Canada (AFDC), au moins 1878 pratiquants de Falun Gong auraient été arrêtés en Chine depuis janvier 2008. Cette vague d’arrestations massives serait alimentée par un système de récompenses mis en place par le régime : les individus livrant de l’information sur les pratiquants de la discipline recevraient une somme d’argent allant jusqu’à 650 $.

Un de ces cas d’arrestation a été rapporté par le journal britannique Times. Le pratiquant de Falun Gong et populaire musicien folk Yu Zhou a été arrêté après un concert et torturé à mort en janvier dernier. Les autorités ont dit à sa famille qu’il était mort du diabète, alors qu’il n’avait pas cette maladie, et ont insisté pour incinérer sa dépouille rapidement.

Le prétexte olympique

Les Jeux olympiques ont été octroyés à la Chine en 2001, soit à un moment où la persécution contre le Falun Gong était à son paroxysme. Tandis que Pékin promettait l’amélioration des droits de l’homme, ses dirigeants maintenaient leur objectif d’éliminer la discipline spirituelle pour nettoyer le pays des «ennemis de l’État».

La campagne de propagande massive dont sont victimes les Tibétains et le Dalaï-lama dernièrement, visant à les marginaliser et à les diaboliser, est très semblable à ce que les pratiquants de Falun Gong subissent depuis 1999. «Des millions de pratiquants ont perdu leur emploi, leur domicile, leur éducation et leurs droits fondamentaux, on les a incarcérés et torturés pour les forcer à abandonner leur croyance. Aucun avocat n’a le droit de les représenter et ceux qui sont intervenus en leur faveur croupissent dans les goulags chinois», écrit l’AFDC dans son communiqué.

Malgré cette répression, «l’esprit humain ne peut être écrasé», estime le député libéral à Ottawa Borys Wrzesnewskyj. Dans son allocution prononcée lors du rassemblement, il a fait remarquer que les protecteurs actuels de la torche olympique, les paramilitaires chinois en vêtements bleus, sont de la même unité responsable du massacre sur la place Tiananmen en 1989. Le climat est donc malsain et imprégné de totalitarisme. M. Wrzesnewskyj espère que les Jeux seront un catalyseur pour la liberté en Chine.

Ce député a récemment présenté un projet de loi privé ayant pour objectif de contrer le trafic d’organes. Un geste visant, entre autres, à assurer que les Canadiens ne puissent aller en Chine pour recevoir une transplantation d’organe, car des prisonniers y sont exécutés – y compris des pratiquants du Falun Gong – pour alimenter le marché.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, a tracé un sombre portrait de la situation des droits de l’homme en Chine depuis 2001 et, particulièrement, dernièrement. Selon lui, les «améliorations ont été minimales» et, «en général, c’est extrêmement inquiétant». Il note les violations qui ont lieu directement à cause des Olympiques, comme l’emprisonnement de militants des droits de la personne et des personnes déplacées brutalement pour la construction des installations. Il déplore également «les efforts très minimes de la communauté internationale» pour faire avancer les choses.

M. Neve met aussi en cause les responsables du Comité olympique canadien qui ont fermé toutes les portes à une discussion au sujet des droits de l’homme, se défendant que ce n’est pas leur tasse de thé. Puis les responsables du Comité international olympique se terrent dans la position que «les Olympiques ne devraient pas être mélangées à la politique.» Mais Alex Neve estime qu’il faut faire la différence entre droits de l’homme et politique et il rappelle que les principes de respect de la dignité humaine sont à la base du mouvement olympique et de sa Charte.

De Berlin 1936 à Pékin 2008

Différents analystes et politiciens ont souligné des similitudes entre les Olympiques de Berlin 1936 et ceux de Pékin 2008. Régimes totalitaires de propagande massive, persécutions internes de toutes sortes visant minorités ethniques, groupes religieux et dissidents, mouvement de militarisation effréné, etc.

Un député conservateur, Rob Anders, a fait la comparaison dernièrement et s’est fait vilipender par différents défenseurs du régime chinois et des relations commerciales que le Canada a avec lui.

Brian McAdam, un ex-diplomate canadien posté à Hong Kong ayant perdu son poste pour avoir dénoncer la corruption de la mission canadienne, juge la comparaison d’Anders «absolument exacte». Selon lui, l’attitude complaisante du Canada envers le régime chinois provient d’une «longue histoire de premiers ministres» tissant des liens avec le Parti communiste chinois (PCC) et de médias ne rapportant pas la vérité. Il souligne que Mao Zedong a tué beaucoup plus de gens que Hitler et Staline ensemble. L’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau n’avait-il pas cette admiration pour Mao, ayant fraternisé avec lui durant ses années au pouvoir?

Selon le site de Federal Accountability Initiative for Reform, la «carrière de 30 années de M. McAdam aux Affaires étrangères s’est terminée brusquement en 1993 après qu’il a exposé la corruption au consulat canadien à Hong Kong et l’infiltration du crime organisé et des espions chinois au Canada.»

Pour Xun Li, président de l’AFDC, la persécution actuelle est une «violation de l’esprit olympique». Quant aux messages du PCC disant qu’un accent mis sur les droits de l’homme «politise les Jeux», M. Li dit qu’il faut «cesser d’être trompés par une telle propagande». Il a fait remarquer qu’en 1936, la communauté internationale s’est défendue en disant qu’elle ne savait pas ce qui se préparait en Allemagne nazie, tandis qu’aujourd’hui, on sait fort bien ce qui se passe en Chine mais on refuse d’agir. «Le Canada ne doit pas porter la honte d’échouer de voir à travers le mal», a-t-il déclaré en conférence de presse.

MM. Li et Neve croient que le Canada devrait prendre les devants dans ce dossier. «Pas un jour ne devrait passer sans que nous fassions pressions sur la Chine sur la question des droits de l’homme», suggère Alex Neve. Selon lui, il s’agit d’un geste politique que de demeurer silencieux sur la question.

Tâche difficile que de « séparer sport et politique »

Les deux athlètes ont été bannis des Jeux, mais le symbole de résistance perdure.
Les sprinters américains Tommie Smith (centre) et John Carlos (droite) brandissent leur poing en signe de protestation contre le racisme aux États-Unis et en Afrique du Sud, lors des Jeux olympiques de Mexico le 17 octobre 1968. Les deux athlètes ont été bannis des Jeux, mais le symbole de résistance perdure. (AFP)

En demandant de «séparer sport et politique», le Comité international olympique (CIO) et Pékin demandent le respect d’un principe sportif. Pour eux, l’attention ne devrait être portée que sur les performances athlétiques et non sur divers problèmes pouvant accabler le pays hôte. Mais ces appels constants risquent de demeurer vains, alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour refuser la séparation entre les prouesses du corps et celles de la conscience.

«Séparer sport et politique» est devenu le message principal des défenseurs de la tenue des Jeux olympiques en Chine. Leurs détracteurs rappellent de leur côté que le mouvement olympique a initialement lié dignité et fraternité humaines. En Chine, revendiquer publiquement ces valeurs peut vous conduire en prison.

Le président du CIO, Jacques Rogge, utilise continuellement ledit slogan dernièrement pour rejeter les critiques, alors qu’il subit la pression de différents groupes de défense des droits de l’Homme rappellant les engagements pris par la Chine lors de l’obtention des Jeux en 2001. Les ONG font tous le même constat : non seulement la situation des droits ne s’est pas améliorée globalement, mais elle est encore pire dans certains domaines.

Le régime chinois insiste particulièrement sur cette séparation du «sport» et de la «politique». À prime abord, il sait très bien que les Olympiques représentent une occasion en or pour tous ceux ayant une cause chinoise ou souhaitant un redressement des torts. Mais l’expulsion de la «politique» n’est pas, dans le cas chinois, qu’une mode passagère motivée par la tenue d’un événement sportif mondial.

En Chine, «politique» est plutôt une étiquette que l’on appose sur quelqu’un pour le persécuter. Tandis que durant la Révolution culturelle (1966-76) c’était l’individu «apolitique» ou le «réactionnaire» qui subissait torture et humiliation, maintenant, depuis les réformes économiques, de la promotion par les élites communistes du slogan capitaliste «Enrichissez-vous!», ainsi que du massacre de la place Tiananmen en 1989, la «politique» est devenue un épouvantail dont il faut se tenir bien loin pour éviter tout problème avec les autorités.

Dans un sens large, la non-politisation des Jeux olympiques a toujours été un sujet important pour les pays les recevant. Mais l’Histoire démontre une certaine inévitabilité et un danger sérieux d’ignorer les intentions profondes des nations hôtes. Berlin 1936 en est un exemple frappant, alors qu’Adolf Hitler profitait d’une grande fenêtre pour exhiber les accomplissements de son régime national-socialiste. À cette époque, les autres puissances mondiales étaient aveuglées et elles-mêmes rongées à un certain niveau par l’antisémitisme.

En 1968, les autorités mexicaines massacraient les étudiants sur la place Tlatelolco quelques jours avant les Jeux. Puis le CIO bannissait, durant les Olympiques, deux sprinters américains, Tommie Smith et John Carlos, qui avaient brandi leur poing sur le podium en guise de protestation contre le traitement des Noirs. L’autre sprinter, l’Australien Peter Norman, de même que Smith et Carlos, portaient tous un macaron du Projet olympique pour les droits de l’Homme, une organisation demandant le boycott des Jeux de Mexico pour protester contre l’apartheid en Afrique du Sud et la ségrégation aux États-Unis. Pour ces athlètes, la justice passait avant la gloire.

En 1980, les États-Unis ont mené un boycott des Jeux de Moscou pour protester contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. À cette époque, il était correct pour le Parti communiste chinois de mélanger sport et politique, la Chine ayant refusé d’envoyer des athlètes en URSS.

Les Jeux qui ont suivi, à Los Angeles en 1984, subissaient à leur tour un boycott de l’URSS et des pays du Pacte de Varsovie, pour protester contre «l’impérialisme américain» en général.

Devant cette quasi-inévitabilité vers une «politisation» des Jeux, ou peut-être plus précisément vers des appels à la conscience, à la justice et aux droits de l’Homme, il sera intéressant d’observer les règlements des organisations sportives des différents pays participants.

L’Association olympique britannique a été sévèrement critiquée dernièrement pour avoir voulu imposer un contrat à ses athlètes, les obligeant à se taire sur toute question «politique» lors de leur séjour en Chine. Elle a finalement dû se rétracter face aux diverses pressions de politiciens et d’organisations des droits de la personne.

Le journal anglais Mail on Sunday rapportait dernièrement que seules la Belgique et la Nouvelle-Zélande ont décidé d’imposer l’omerta à leurs athlètes.

Au Canada, rien de tel n’est envisagé, quoique les athlètes recevront une formation pour «mieux comprendre» le pays visité. Une opération normalement routinière, mais qui devrait comporter une certaine dose d’éléments controversés, alors que les autorités chinoises subiront un stress particulièrement élevé durant les deux semaines d’activités «sportives». Peut-être verrons-nous un athlète canadien sortir un drapeau tibétain lors de la cérémonie d’ouverture? Ou encore plus osé : un téméraire pratiquera peut-être quelques mouvements de la méthode Falun Gong sur une marche du podium…

http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/3578/33/