La haine anti-France en Chine motivée par une mise en scène?

L’athlète chinoise en chaise roulante, Jin Jing, porte la torche olympique durant le relais parisien,
L’athlète chinoise en chaise roulante, Jin Jing, porte la torche olympique durant le relais parisien, le 7 avril 2008. Sur les vidéos et photos la concernant, aucun paramilitaire chinois n’est visible, eux qui normalement constituent la barrière ultime entre les manifestants et la torche. Aussi, le dispositif policier français est extrêmement poreux, permettant à plusieurs protestataires de s’approcher très près de Jin Jing. Les images de cet évènement servent actuellement à alimenter le patriotisme en Chine et dans les communautés chinoises à l’étranger. Avec succès, car un mouvement anti-France est en branle. (Thomas Coex/AFP/Getty Images)

Des manifestations patriotiques ont eu lieu dans plusieurs grandes villes de Chine dernièrement. Elles sont à peu près identiques en substance à celles que nous avons vues au Canada. Sauf que la cible privilégiée, en plus du Tibet et des médias occidentaux, est la France.

La France, en raison du comportement de certains Français lors du passage de la torche olympique dans les rues de Paris le 7 avril. Avec Londres, c’est l’endroit où les manifestations contre le régime chinois ont été les plus importantes.

Mais un évènement en particulier a créé une véritable tempête, alimentée par les internautes et les médias chinois. Il s’agit des images de l’athlète chinoise en fauteuil roulant, Jin Jing, devant résister à des vagues d’assaillants essayant de lui arracher la torche des mains alors qu’elle portait l’objet dans une partie du relais parisien.

Jin Jing est devenue le symbole de la résistance de la Chine à tous les «délinquants» qui critiquent son dossier des droits de l’Homme. Car les vrais «délinquants», selon la propagande officielle, sont les «violents séparatistes tibétains qui ont essayé d’arracher le plus pur symbole de l’olympisme des mains d’une personne en fauteuil roulant».

Un athlète non identifié porte la torche olympique à Paris,
Un athlète non identifié porte la torche olympique à Paris, protégé par la police française et des paramilitaires chinois. (Patrick Kovarik/AFP/Getty Images)

Mais une observation des différentes vidéos et photos ayant capté l’évènement laisse planer plusieurs doutes. En effet, la protection autour de Jin Jing est minimale, ce qui est louche, considérant son handicap. Aucun des «hommes en bleu», ces paramilitaires chinois ayant pour mission de protéger la torche, n’est présent pour se porter à la défense de l’athlète en détresse. Pourtant, tous les autres porteurs de la torche à Paris, selon les archives d’images, étaient entourés des «hommes en bleu». Puis lors du relais de Londres, on les a vus intervenir directement contre un manifestant ayant réussi à mettre sa main sur la torche olympique.

Ces faits, jumelés à la manière avec laquelle les autorités chinoises ont récupéré l’évènement, montrent qu’il y a anguille sous roche.

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Le mystère est levé sur l’origine des « hommes en bleu »

Les gardiens de la flamme sont des paramilitaires chinois
Les gardiens de la flamme sont des paramilitaires chinois qui ont jeté la consternation par leurs actions à Londres et à Paris. (Warren Little/Getty Images)

Nous les avons vus pour la première fois en action à Londres, le 6 avril dernier. Tous habillés d’un vêtement sportif bleu et blanc et portant la casquette, ils effectuaient le cordon ultime entre les porteurs de la flamme olympique et les vagues de manifestants anti-régime chinois. Le lendemain à Paris, ils ajoutaient un autre élément à leur tenue commune : des lunettes fumées noires. Si leur attirail ne pouvait qu’attirer l’attention, c’est plutôt leur comportement puis les doutes sur leur origine qui ont commencé à soulever des questions.

Pour un habitué des tactiques de Pékin, il n’y avait aucun doute. Ces hommes n’étaient pas de simples «bénévoles», comme le laissait entendre les autorités olympiques chinoises. Il ne s’agissait pas non plus de simples étudiants chinois à l’étranger. Trop identiques, trop en forme, trop organisés. Il restait deux options : soit des agents spéciaux, soit des militaires.

Après la diffusion publique des propos de deux porteurs de la flamme à Londres concernant les mystérieux «hommes en bleu», différents groupes médiatiques ont commencé à chercher qui ils étaient en réalité. Car les critiques ne venaient pas de n’importe qui. Le plus haut responsable olympique britannique, Lord Sebastian Coe, a été choqué par leur comportement lorsqu’il a porté la flamme. Un journaliste de la chaîne Channel 4 s’est fait brancher par mégarde à une conversation téléphonique privée entre Lord Coe et un autre individu, dans cette conversation, les gardiens de la flamme ont été qualifiés de «brutes», tout en souhaitant que Paris n’aille pas à les accueillir. Un porte-parole de M. Coe a par la suite confirmé que ses propos reflétaient bel et bien son opinion.

Alors, agents spéciaux ou militaires? Compte tenu de la situation actuelle au Tibet, ça n’aurait pas pu tomber plus mal pour les organisateurs olympiques chinois. Mi-agents spéciaux, mi-militaires, les «hommes en bleu» font partie de la Police armée du peuple, soit l’unité paramilitaire déployée actuellement au Tibet pour réprimer la population.

Non seulement sont-ils de cette unité, ils en représentent la crème de la crème. Selon le quotidien britannique Telegraph, ils ont tous le rang de lieutenant, sauf leur commandant qui est major. Pour accomplir leur «mission» actuelle, ils ont été spécialement sélectionnés selon leur taille, leur «beauté» et leur aptitude à suivre la ligne idéologique du régime. On rapporte que leur entraînement a été très rigoureux, comprenant de longues courses en montagne pour, bien entendu, coller la flamme de près et faire le ménage de toute interférence.

À ce titre, ils poursuivent un rôle identique à celui de leurs camarades qu’ils ont laissés derrière, en Chine. Mais ils peuvent se conforter d’avoir été épaulés par des policiers étrangers prêts à appliquer des tactiques autoritaires. Images et vidéos ont montré la police française confisquant les drapeaux tibétains, puis même interdisant de filmer à un caméraman de la chaîne publique France 2 (le reportage de France 2 est disponible sur [www.dailymotion.com]).

Les «gardiens de la flamme sacrée», leur nom officiel, ne seront pas bienvenus pour le relais de Canberra, en Australie. Le premier ministre australien, Kevin Rudd, a déclaré que son pays pouvait assurer lui-même la sécurité. Même son de cloche du côté du Japon.

Alors que les relais de Buenos Aires et San Francisco se sont déroulés sans trop de problèmes pour la flamme, le relais de Delhi, en Inde, le 17 avril, pourrait s’avérer problématique. L’Inde abrite environ 200 000 exilés tibétains, dont le plus célèbre, le Dalaï-lama.

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