« Vendre la guerre au public » : un ex-porte-parole de Bush livre ses secrets

Traître. Héros. Opportuniste. Courageux. À travers les États-Unis, ses médias et ses analystes, l’auteur d’un nouveau livre sur l’administration Bush est taxé d’une gamme de qualificatifs contradictoires. Scott McClellan, ex-porte-parole de la Maison-Blanche, est le dernier de l’entourage du président américain à avoir rendu public ses expériences de service, et l’onde de choc est grande.

Pour certains, c’est une droite au visage de son ancien patron. Pour d’autres, un coup d’épée dans l’eau. Mais une chose était certaine avant même la mise en vente du livre : ce serait un best-seller.

What Happened: Inside the Bush White House and Washington’s Culture of Deception est déjà le livre le plus en demande sur Amazon, bien qu’il ne sera disponible chez le libraire en ligne que le 11 juin. Ce qui pousse certains à critiquer non pas le contenu du livre, mais bien le phénomène lui-même, comme quoi «quiconque sortant de cette administration semble quitter avec un manuscrit à moitié complété sous le bras et un éditeur prêt à aider», assène Tim Rutten du Los Angeles Times.

Mais l’enthousiasme pour ce dernier épisode est particulier. Scott McClellan était un loyaliste du clan Bush depuis que ce dernier était gouverneur du Texas. Il a suivi George W. Bush jusqu’à Washington où il a occupé pendant près de trois ans le rôle de porte-parole de l’administration. Il n’était peut-être pas un des plus hauts placés, mais il a quand même été témoin et acteur de nombreux évènements importants. De la guerre en Irak, en passant par l’affaire Valerie Plame et l’ouragan Katrina, McClellan a servi de rempart contre les journalistes de Washington.

Après avoir subi une telle pression et avoir appris qu’il avait menti à son insu à la population américaine, il aurait déchanté. McClellan avait été chargé, entre autres, de nier la responsabilité de deux responsables de l’administration dans la fuite de renseignement ayant démasqué la couverture de l’agente de la CIA Valerie Plame. Afin de porter un coup au critique de la guerre en Irak et mari de Mme Plame, Joseph Wilson, Karl Rove et Lewis Libby auraient volontairement transmis l’information compromettante à la presse.

Après avoir défendu la guerre en Irak, McClellan juge à présent qu’il s’agissait d’une erreur. «Avec le temps, quand vous quittez la Maison-Blanche et sortez de la bulle, vous êtes en mesure d’enlever votre chapeau partisan et de regarder les choses en face avec lucidité», a-t-il confié au Washington Post.

Agilité de l’expert en relations publiques ou sincérité authentique, l’auteur écrit avoir quand même du respect pour son ex-patron, M. Bush. Mais son livre ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer la culture de tromperie qui gangrène la capitale américaine. Néanmoins, McClellan a affirmé ne pas chercher à obtenir revanche ou à augmenter sa visibilité. Selon lui, son but est seulement de «transmettre ce que je sais».

McClellan n’était pas le «visage» de la Maison-Blanche alors qu’une opération de relations publiques visait à convaincre l’opinion publique de la nécessité d’aller en guerre contre l’Irak, mais il faisait tout de même partie de l’équipe de communications du président.

«Je n’étais pas impliqué dans l’établissement de la politique sur l’Irak ou le développement de la stratégie de marketing générale pour vendre la guerre au public. [En tant qu’assistant secrétaire de presse], je remplaçais parfois mon prédécesseur et j’ai même participé à certains White House Iraq Group, ou rencontres WHIG. Le WHIG a été établi comme bras marketing pour vendre la guerre au public», explique McClellan dans une réponse à un internaute, formulée sur le site du Washington Post.

What Happened sert en quelque sorte de mea culpa pour McClellan selon certains journaux américains. Mais en aucun cas, il y a unanimité sur le produit final. À gauche comme à droite, on retrouve des critiques acerbes.

Le chroniqueur Bob Herbert du NY Times n’y va pas de main morte : «La guerre en Irak, qui a pris plus de 100 000 vies irakiennes, qui coûtera aux États-Unis plus de 3 trillions $, et qui continue indéfiniment, est un scandale et un crime. Scott McClellan arrive un peu tard pour dénoncer cette folie.»

Chez les conservateurs, les termes «traître» et «opportuniste» ont la cote, mais on va plus loin également, allant même jusqu’à suggérer une conspiration. En effet, le livre tombe à un mauvais moment pour les républicains et John McCain, alors que les élections ne sont plus qu’à quelques mois.

«M. McClellan a scrupuleusement défendu la guerre en tant que porte-parole présidentiel entre 2003-2006, mais il est depuis “devenu vraiment convaincu” que c’était une erreur. Il a aussi eu la révélation que l’administration a utilisé la “propagande” pour vendre la guerre, même si cela signifie que lui-même a été le ministre en chef de la propagande pendant trois ans, durant lesquels il n’a exprimé aucun malaise», écrit le Wall Street Journal.

Le journal poursuit : «L’éditeur du livre est PublicAffairs, une maison d’édition fondée par le rédacteur gauchiste Peter Osnos […] PublicAffairs est propriété de Perseus Books, qui est elle-même propriété de Perseus LLC, une banque marchande dont le conseil d’administration inclut les démocrates Richard Holbrooke et Jim Johnson», ce dernier pourrait devenir le vice-président de Barrack Obama.

D’autres critiques de McClellan, comme un autre ex-porte-parole présidentiel, Ari Fleischer, estiment que le livre aurait pu être écrit par une tierce personne, jugeant que le ton n’est pas celui de l’auteur présumé. Peter Osnos a de son côté affirmé avoir exercer une certaine guidance éditoriale pour s’assurer que le livre ne soit «pas seulement une défense de l’administration Bush».

À travers les condamnations, il y a également des échos positifs dans la presse américaine. Michael Hirsch de Newsweek estime qu’à l’instar de McClellan, beaucoup de commentateurs devraient ouvertement dire qu’ils se sont trompés en appuyant la guerre en Irak.

«Ce qui est vraiment extraordinaire, c’est à quel point peu d’analystes et de chroniqueurs importants ont fait la moitié du chemin qu’a fait McClellan en admettant qu’ils se sont vraiment trompés lorsqu’ils ont donné leur appui total au revirement de Bush vers Saddam après la “victoire” de l’Amérique sur les talibans en Afghanistan», écrit-il.

Avec : Washington Post, New York Times, Los Angeles Times, Newsweek et Wall Street Journal.

Publié dans: on juin 2, 2008 at 11:28 Commentaires (0)
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Rambo s’attaque à la junte birmane et elle réplique

Après George Clooney, Bono et Mia Farrow, voici qu’une autre vedette, cette fois peu reconnue pour ses prouesses intellectuelles, vient d’entrer dans la vague du militantisme artistique. Mais il s’agit peut-être seulement d’un «dommage collatéral», et l’idéal prêché semble loin du pacifisme que l’on pourrait associer aux stars mentionnées précédemment.

Le vieillissant et injecté aux hormones Sylvester Stallone s’est inséré, avec son dernier Rambo, dans la crise birmane en ne faisant rien d’autre que combattre, à sa manière, le tristement célèbre régime des militaires. Après une autre répression sanglante des espoirs démocratiques dans le pays d’Asie du Sud-Est l’automne dernier, l’arrivée du film de Stallone dernièrement dans les rues de Rangoon a une saveur toute subversive.

L’agence de presse Reuters rapportait, le 1er février dernier, que les autorités birmanes ont donné l’ordre strict aux vendeurs de DVD de ne pas tenir en stock le dernier film de Stallone. Malgré cela, des copies pirates continueraient à circuler abondamment.

On peut comprendre la nervosité du régime. Alors que certains ne voient dans Rambo qu’un type barbare représentant la somme de la cruauté mélangée au paternalo-impérialisme américain, certains Birmans se délectent de la raclée qu’il assène à l’armée qui les opprime.

Les scènes de fiction – quoique proches des constats d’organisations internationales – montrant la brutalité du régime militaire à travers les viols, le nettoyage ethnique et l’embrigadement d’enfants soldats, ne sont rien pour plaire aux généraux. Mais, en plus, des images d’ouverture du film sont entièrement réelles. Ceux qui ont suivi le soulèvement de la population et des moines bouddhistes l’automne dernier peuvent facilement reconnaître certaines images-chocs : scène du journaliste japonais abattu à bout portant par la police pendant une manifestation, photo de la dépouille d’un moine flottant dans une rivière après la répression, personnes sauvagement maltraitées, etc.

Si l’on considère les efforts mis en branle par la dictature pour empêcher que ces images et informations circulent – avec le contrôle total des médias, l’arrestation des gens tenant des caméras et l’interruption d’Internet – Rambo aura permis de contourner la censure.

De plus, certaines des rares phrases, prononcées par le personnage peu bavard, semblent avoir trouvé résonance chez certains Birmans exaspérés par l’oppression. Un habitant de la capitale économique du pays, Rangoon, aurait confié à Reuters que «Les gens virent fous pour la phrase “Live for nothing or die for something”» prononcée par John Rambo. Un slogan qu’ils peuvent traduire par «vivre libre ou mourir».

Alors que rien n’est subtil lorsque Rambo envoie une flèche dans la tête d’un soldat birman qui était sur le point d’exécuter sadiquement des villageois innocents, certains autres passages représentent des attaques plus raffinées contre le régime. Au début du film, alors que Rambo mène une vie paisible dans le nord de la Thaïlande, il utilise son arc et une flèche (à cette dernière est attaché un fil) pour pêcher le poisson. La scène suivante nous montre l’homme aux gros bras remettre le fruit de sa pêche à deux moines bouddhistes en guise d’aumône. Durant la crise en Birmanie en septembre dernier, des moines avaient décidé de ne plus accepter d’aumônes des militaires en guise de protestation contre les abus.

Sans en dévoiler davantage sur la trame de l’histoire, aucune personne prononçant facilement les mots «violence gratuite» ne devrait aller voir ce film. La violence est extrême, extrêmement explicite. Sans l’excuser, elle démontre, d’un côté, des violations des droits de l’Homme que l’on peut retrouver dans des films plus sérieux abordant les thèmes du génocide et de la guerre et, de l’autre, la vengeance justicière qu’incarne le personnage de John Rambo.
Cette façon de mélanger actualité et divertissement n’est pas neuve dans cette série. Dans Rambo III, le héros macho, devenu bouddhiste, doit aller secourir son ami, le colonel Trautman, fait prisonnier par les Soviétiques qui tentent de conquérir l’Afghanistan.

Ce film de 1988 vaut la peine d’être visionné vingt ans plus tard, avec le recul et les associations possibles à la question afghane actuelle. Les Américains fournissent des armes aux moudjahiddines pour qu’ils combattent l’Armée rouge envahissante. Depuis le 11-septembre, nombre de gens ont ainsi parlé d’Oussama Ben Laden comme une création des États-Unis, alors qu’à cette époque ils faisaient front commun contre l’URSS.

Revenons à la fiction. Le colonel Trautman est prisonnier. Voici le plaidoyer qu’il livre lorsque interrogé par le commandant russe :

«Il n’y aura pas de victoire. Chaque jour vos machines de guerre perdent du terrain contre une bande de combattants de la liberté mal armés et mal équipés. Le fait est que vous avez sous-estimé votre compétition. Si vous aviez étudiez votre histoire, vous auriez compris que ces gens ne se sont jamais soumis à personne. Ils aimeraient mieux mourir que d’être les esclaves d’une armée envahissante. Vous ne pouvez gagner contre un peuple comme ça. Nous avons essayé, nous l’avons eu notre Vietnam, maintenant vous allez avoir le vôtre.»

Finalement, Rambo secourt son compagnon en éradiquant, quasiment à lui seul, toute une garnison soviétique pour le bien aussi de ses frères d’armes afghans.

Dans Rambo II, sorti en 1985, le colonel Trautman vient sortir John Rambo de prison pour une mission spéciale. En tant que vétéran de la guerre du Vietnam, il possède les qualités requises pour retourner dans ce pays et déterminer si des prisonniers de guerre américains croupissent encore dans des camps. Il a l’ordre strict de ne pas sauver de prisonniers, mais seulement de prendre des photos. Il se rend vite compte que le bureaucrate de Washington qui commande la mission n’a aucun intérêt à ce que des prisonniers américains soient découverts plusieurs années après le retrait des troupes étasuniennes, ce qui ferait éclater un scandale.

Alors M. Rambo doit non seulement combattre les communistes vietnamiens et russes, mais aussi la corruption de ceux qui l’utilisent. On ressent dans ce film un dégoût plus profond envers certains Américains qu’envers les ennemis «naturels» du temps de la guerre froide.

Dans First Blood, le premier de la série, John Rambo fait face à l’accueil peu chaleureux, aux États-Unis, réservé aux soldats de retour du Vietnam. L’ancien des forces spéciales Green Berets combat seul une armée et une police bien américaines.

Rambo n’est-il donc qu’un symbole de l’impérialisme de l’Amérique? Peut-être davantage le symbole de son amour pour les armes.

Au-delà de la violence propre à l’œuvre entière, ou peut-être même aussi à travers cette violence, il existe une critique sociale et politique reliée à l’actualité.

Si Rambo est souvent perçu comme le maniaque du sang faisant cracher sa grosse mitrailleuse, trois de ses quatre films le dépeignent comme quelqu’un voulant éviter la violence, mais étant finalement entraîné par elle à cause des circonstances. Une fois engagée par contre, cette «machine à tuer» s’arrête difficilement et assure, par le chaos qu’elle engendre, que les armes règlent rarement vraiment un conflit.

http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/3481/31/

Politique étrangère américaine: quels défis pour le prochain président ?

Un système de santé accessible aux gens avec de l’argent; l’extermination passée et l’isolation actuelle des populations autochtones; une culture populaire guidée par le cinéma hollywoodien, une pratique médiatique jugée biaisée et basée sur le divertissement; un traitement incohérent de l’immigration venant du Sud; une ségrégation se manifestant dans les rapports sociaux-économiques, voici certains des points de critique de la situation domestique américaine. S’ils sont assez significatifs, la mauvaise réputation des États-Unis vient davantage de ses pratiques de politique étrangère. À ce titre, la liste de reproches est longue et bien connue. Disons que ces dernières années, sous l’administration Bush, elle s’est allongée avec une pièce maîtresse : la «guerre à la terreur», produisant l’invasion de l’Afghanistan, de l’Irak et d’autres «malaises» comme Guantanamo.

Il est clair pour tous que le prochain président des États-Unis héritera de problèmes complexes. En plus des quelques conflits majeurs énumérés ci-dessus, le nouvel homme (ou, dans un cas historique, la nouvelle femme) de Washington devra gérer grand nombre d’autres situations compliquées sur la scène internationale, qui ne sont pas isolées des points de friction majeurs.

Le maintien d’une politique étrangère réaliste, alimentant nombre d’antagonismes, tout en conservant un discours de doubles standards, est une voie ne pouvant mener qu’à une aliénation plus sévère des différentes tendances discordantes.

À moins de rétablir une base de principes fondamentaux, souvent énoncés en discours mais rarement présents en gestes, et d’éliminer au maximum les contradictions et de reconnaître ouvertement celles qui demeurent, l’influence américaine continuera de s’effriter au profit du cynisme et autres idéologies néfastes.

Amériques
Plus près de chez eux, dans leur traditionnelle «cour arrière», les États-Unis devront gérer adéquatement leur perte d’influence en Amérique du Sud, ayant connu ces dernières années un virage à gauche massif, excluant presque seulement les deux alliés principaux dans la région que sont le Mexique et la Colombie.

Mais à part la Colombie, toujours aux prises avec des guérillas, et la Bolivie, avec les tensions autonomistes, l’Amérique latine est politiquement assez stable.

Hugo Chavez a été blessée par la perte de son référendum, mais quelques autres coups d’éclat diplomatiques, comme dans la crise des otages en Colombie, pourraient le relancer. Son affection pour l’Iran, Cuba, le Belarus et autres pays autoritaires ennemis de Washington, sa passion pour le communisme (qu’il présente en des termes plus vagues comme «socialisme du 21e siècle») et sa personnalité militaire sont différents ingrédients faisant de lui une bonne épine dans le pied de l’Oncle Sam.

Mais au-delà de la rhétorique et des divergences d’avenues politiques, les États-Unis sont, selon le site Internet du Département d’État américain, le principal partenaire commercial du Venezuela.

Asie
À l’ouest, la montée de la Chine est le phénomène le plus préoccupant. Il y a l’aspect militaire, que les deux pays tentent d’atténuer en se faisant quelques visites et courbettes, mais l’arme économique de Pékin paralyse l’administration américaine. Avec une réserve de dollars américains, estimée à 700 milliards en 2006, et la perte de vitesse du billet vert, une vente de feu pour acheter de l’euro ou du yen serait un désastre monumental pour les États-Unis, mais en retour aussi pour l’économie mondiale. L’économie chinoise étant encore largement dépendante des investissements étrangers et des exportations, le statu quo devrait tenir un certain temps.

Mais Washington sent que Pékin prend plus de place et un partage de l’hégémonie mondiale ne figure certainement pas dans les plans des stratèges de la Maison Blanche et du Pentagone. Surtout lorsque l’adversaire affectionne particulièrement les pays lui donnant du fil à retorde (Iran, Corée du Nord) ou stratégiquement importants (Asie centrale).

L’allié américain principal dans la région, le Japon, est pour sa part en train de tenter de se détacher un tant soit peu de sa relation de parrainage héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale, ou du moins de réclamer la place qui lui revient sur la scène internationale en tant que puissance économique et pays donateur principal. Si le Japon comprend toujours la nécessité de conserver l’actuelle protection américaine, une partie de la population et plusieurs politiciens ne veulent pas d’un Japon qui suit l’Amérique dans ses interventions militaires.

La décision, à la fin de 2007, de la Chambre haute du Parlement de ne pas renouveler la mission de ravitaillement de la marine japonaise dans l’océan Indien pour appuyer la guerre en Afghanistan en est un exemple. Mais cette décision vient d’être battue par la Chambre basse, signe des tensions internes et du poids de Washington.

La question nord-coréenne est également loin d’être réglée. Si le président Bush croyait bénéficier d’un vent diplomatique en sa faveur – avec les quelques promesses de l’obscur dictateur Kim Jong-il de démanteler son programme nucléaire – les derniers jours remettent sur la table le peu de soucis du régime communiste pour les échéances, et son hésitation ou son bluff à se départir de l’atout le plus important dans son arsenal de chantage.

La pacification de l’Afghanistan s’annonce dans les présentes conditions un échec, et cela est certainement lié à la faillite du Pakistan. L’attitude qu’adoptera le prochain président américain vis-à-vis cette région devra pouvoir inspirer d’autres membres de la communauté internationale à s’y impliquer sincèrement. Le maintien d’un dictateur au pouvoir au Pakistan pour empêcher une révolution islamiste, alors que le pays est une puissance nucléaire, est compréhensible d’un point de vue stratégique détaché. Mais la réalité sur le terrain est pleine de contradictions, alors que les sympathisants terroristes sont présents dans différents organes de l’administration.

Le refus du président Musharraf d’autoriser une enquête indépendante de l’ONU sur l’assassinat de l’ex-première ministre Benazir Bhutto, sous prétexte que son pays «n’est pas le Liban» – où l’interférence étrangère était considérée dans le cas de l’assassinat de Rafik Hariri – ne fait qu’alimenter les soupçons pesant sur lui et son entourage.

Si la carte américaine pour relancer le pays s’appelait Bhutto… En tous cas, cette relation Musharraf-Washington devra être examinée de près par le nouveau venu à la Maison Blanche. Déjà, des théories émergent sur le plan américain au Pakistan, les moins communes suggérant une balkanisation du pays pour mieux contrôler la région et ses ressources. C’est en fait ce qu’avance le professeur Michel Chossudovsky de l’Université d’Ottawa. Mais il prétend aussi que les services secrets pakistanais sont un «appendice de la CIA», qu’Al-Qaïda est une création de la CIA, et que cette dernière connaissait ou a été impliquée dans l’assassinat de Bhutto.

Proche et Moyen-Orient
Peu de gens arrivent à croire en la sincérité de l’administration Bush de vouloir rétablir la paix au Proche-Orient. Même en lui octroyant le bénéfice du doute, les jours, les semaines, les mois ont passé depuis la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza, et la profonde division au sein même de la société palestinienne, alimentant quotidiennement le ressentiment, rend toute solution négociée absolument fragmentée et non globale.

Quant à l’Irak, l’augmentation des troupes à Bagdad, appelée le surge, a vraisemblablement porté fruits avec une diminution des violences. L’écœurement de la population face aux attaques qu’on dit venir d’Al-Qaïda a aussi réussi à pousser certains groupes d’insurgés à changer leur fusil d’épaule et se rallier aux Américains. Mais tous les détails de ce revirement demeurent nébuleux.

Le candidat républicain John McCain, vétéran de la guerre du Vietnam, ne veut rien de moins qu’une victoire en Irak. Un choix motivé par la stratégie ou par le désir de ne pas voir son pays se retirer humilié encore une fois, difficile à dire.

Quant aux démocrates Clinton et Obama, ils souhaitent un retrait des troupes, mais seulement pour mieux lutter contre la menace terroriste, Obama suggérant ainsi un regain d’attention sur le Pakistan et l’Afghanistan, «le front principal dans notre guerre contre Al-Qaïda», a-t-il écrit dans un essai publié dans les pages du magazine Foreign Affairs.

Il n’y a donc pas d’issue facile, considérant qu’un Irak non sécuritaire est tout aussi dangereux qu’un Afghanistan bourré de talibans.

Quant à l’Iran, les récentes tensions dans le détroit d’Ormuz, où circule une large quantité du pétrole destiné à l’approvisionnement mondial, démontrent que quelques niaiseries de militaires zélés, d’un côté ou de l’autre, pourraient fournir l’excuse idéale à une démonstration de force, alors que la dernière estimation sur la sécurité nationale aux États-Unis a forcé Bush à modifier son discours sur la menace iranienne.

L’arrivée des démocrates au pouvoir pourrait amener un regain de diplomatie autour de la question iranienne, mais il ne faut pas se faire d’illusion, «l’option militaire est toujours sur la table». «Bien que nous ne devons pas éliminer l’option d’utiliser la force militaire, nous ne devrions pas hésiter à discuter directement avec l’Iran», écrit Barack Obama.

Dans la turbulence du monde, la puissance militaire demeure le gage du respect.

Afrique
Les États-Unis qualifient la crise au Darfour de génocide. Les actes ne suivent pas les paroles. La faute incombe-t-elle à l’ONU, embourbée dans ses querelles politiques? Dans ce cas, le réalisme politique l’emporte, alors que Bush sait qu’il peut agir unilatéralement sans l’aval des Nations Unies. Pourtant le Soudan est plein de pétrole. Mais dans ce cas, c’est la Chine qui s’en empare, moyennant matériel militaire et protection diplomatique.

La Somalie est un autre bourbier où les États-Unis ne sont pas très loin. L’idée d’autoriser une invasion – devenue occupation – des forces éthiopiennes visait à déloger les islamistes. Il fallait éviter une «talibanisation» du pays pouvant servir de repère au terrorisme international. C’est maintenant une crise qui pourrit, faisant quelquefois la manchette, mais qui sombre néanmoins dans l’indifférence.

Russie
«Non, non, oubliez une autre guerre froide», disent les autorités russes et certains experts. Mais le chemin parcouru par la Russie sous Poutine en est nécessairement un dont la trajectoire invite à la collision, à quelque part, à un moment donné. Du terrible dictateur Staline réhabilité au gel du Traité sur les forces conventionnelles en Europe, du contrôle des médias à l’écrasement de l’opposition, les actions de la nouvelle Russie ne peuvent qu’inviter à un rappel de mémoires pas si lointaines.

Les éléments du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque sont-ils vraiment pour contrer la menace iranienne, ou plutôt, comme soutient Moscou, une tentative d’encerclement de la Russie? Diplomatiquement, il semble important de faire la nuance, mais dans les faits, Washington peut certainement considérer la question globale comme un problème conjoint, Moscou et Téhéran étant actifs dans la coopération militaire, nucléaire, énergétique et politique.

Europe
Avec la perte d’influence des États-Unis, l’Europe a une chance en or d’assumer un leadership plus dynamique. À bien des égards, elle a encore, aux yeux du Sud, ce «je ne sais quoi» attribuable au passé colonial, mais sa voix unie qui ne résonne pas si fort pourrait prendre plus de place et véhiculer un message plus conséquent en matière de démocratie, de droits de l’homme et de bonne gouvernance.

L’encouragement de mise en pratique de ces principes ne peut être abandonné alors que le cynisme et les intérêts égoïstes prennent la place sous les projecteurs.

Les États-Unis et l’Europe peuvent continuer de mener dans le 21e siècle, mais ils doivent bâtir une force d’attraction qui résulte d’une mise en pratique des principes qu’ils prêchent.

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